Rousseau : une voix toujours émancipatrice

C’est dans une relative discrétion que le trois centième anniversaire de la naissance de Jean- Jacques Rousseau (1712-1778) a été célébré. Philosophe démocrate, partisan d’une pédagogie novatrice et inspirateur des grands combats révolutionnaires de 1789 et 1793, le citoyen de Genève sentirait-il encore le soufre en ce début de XXIème siècle ? Sa défense de l’égalité, son refus des injustices, sa constante dénonciation des privilèges et des coteries intellectuelles de son époque le placent comme un esprit majeur de son époque, en même temps qu’il reste un penseur pour nos combats actuels.

Une jeunesse mouvementée

Jean-Jacques Rousseau est né le 28 juin 1712 dans une famille d’horlogers genevois. Durant toute sa vie il gardera une grande admiration pour les travailleurs manuels dont il fera même la base sociale de son régime démocratique idéal. Le jeune Jean-Jacques grandit à Genève qui fait alors figure de cité républicaine où le peuple exerce la souveraineté politique. Bien que la réalité soit beaucoup plus nuancée, seule une petite minorité de riches « citoyens » pouvant effectivement voter, ce modèle genevois demeure une source d’inspiration pour les travaux ultérieurs de Rousseau. Le futur philosophe est également élevé dans un certain rigorisme calviniste qui, est alors la religion officielle et obligatoire depuis la conversion de la cité genevoise à la Réforme en 1534.

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Un clip de campagne qui donne le ton !

« Assez parlé d’égalité, faisons des égaux », se plaisait à répéter notre Jaurès à ses contemporains. Près de 100 ans après la mort tragique du tribun socialiste, cette assertion est malheureusement d’une actualité encore brûlante. Ce constat simple est le point de départ du clip de François Hollande, qui vient d’être dévoilé au public aujourd’hui, premier jour de la campagne officielle. L’égalité est perpétuellement en projet, toujours à accomplir. Elle est comme inachevée, mais elle hante les discours des hommes politiques depuis que la lutte des classes a progressivement imposé la démocratie et rendu impossible tout retour à une société fondée substantiellement sur l’inégalité. Sarko, lui, préfère le mot « équité » à la valeur que la Révolution a placé au cœur de notre belle devise républicaine. Il est vrai que, par « équité » -notion subjective postulant que droits, devoirs, mérite et richesses sont proportionnels dans la cité-, on peut sans peine approfondir les inégalités sociales nées de l’exploitation du travail salarié. Rappelez-vous, en 2009, quand la droit a décidé avec son cynisme coutumier de taxer les indemnités des accidentés du travail ! Ce fut là une de leurs pires vilénies sociales. Et pourtant, cette attaque frontale contre l’ensemble du salariat est passée comme une lettre à la poste, puisque Sarko, Bertrand, Fillon, Coppé et consorts pouvaient tous affirmer en chœur que, vraiment, ça ne les amusait pas d’agir de la sorte et que cette mesure leur était dictée par leur constant « souci d’équité »…

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Tout ça n’empêche pas, Nicolas, qu’la Commune n’est pas morte !

141 ans après l’explosion de l’insurrection parisienne sur les pentes de Montmartre, la Commune reste bien vivante. Elle constitue un pas décisif de l’humanité vers sa propre émancipation. Dans une période où l’union sacrée des actionnaires et des banquiers du monde entier détruisent les bribes de démocratie et de souveraineté populaire que nos ancêtres avaient conquises, comment ne pas faire le parallèle avec la situation de la capitale martyre qu’était Paris au début de l’année 1871 ? Car, à l’instar des peuples agressés conjointement par les plans d’austérité de leur gouvernement et par les spéculateurs internationaux, Paris était littéralement prise entre deux feux dans ces mois tragiques suivant la chute de l’aigle impériale à Sedan.

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Bourdieu : Un guide pour nos luttes quotidiennes

10 ans bourdieu Janvier 2002 – janvier 2012 : voilà dix ans que disparaissait Pierre Bourdieu, sociologue le plus important de ces dernières décennies, penseur majeur de la domination et de la reproduction sociale, infatigable combattant pour un autre monde. Il est étonnant de constater depuis quelques jours l’unanimisme de façade d’une certaine presse sociale-libérale et de ses relais politiques et universitaires, célébrant aujourd’hui Bourdieu après avoir impitoyablement combattu ses idées. On constate une tendance à séparer en deux l’œuvre et la vie de Bourdieu : d’un côté le chercheur respectable et distingué et de l’autre l’affreux idéologue du mouvement social de l’hiver 1995. Pour nous, il est impossible et même malhonnête de séparer ainsi l’intellectuel du militant, le sociologue du pourfendeur des élites médiatiques et politiques.

Les Héritiers, La reproduction sociale

Né en 193O dans une famille paysanne du Béarn, issu d’un milieu populaire qu’il ne reniera jamais, l’existence de Bourdieu est entièrement tournée vers la recherche des causes sociales et culturelles de la domination des puissants. Jeune agrégé de philosophie, il effectue son service militaire en Algérie où il se découvre une vocation de sociologue. Il observe finement les racines du colonialisme et la destruction par celui-ci des formes de solidarité et de sociabilité traditionnelle. De retour en France, il enseigne à l’école pratique des hautes études en sciences sociales. Un temps sous la protection de Raymond Aron, il rompt avec celui-ci au moment de la grève générale de mai 1968. Il commence, dès cette époque, avec son collègue Jean-Claude Passeron, son travail sur l’école comme lieu privilégié de la reproduction des inégalités sociales. Débutés  en 1964 avec Les héritiers, leurs travaux sont approfondis dans un nouvel ouvrage intitulé La reproduction. Paru en 1970, ce livre fait toujours autorité. La démonstration des deux sociologues bouscule bien des certitudes sur l’école républicaine, en montrant qu’elle est aussi un instrument de reproduction sociale qui a tendance à conforter le système en place. Les enfants issus des milieux populaires réussissent moins bien que ceux qui viennent de la bourgeoisie et qui possèdent déjà un important capital culturel. Cette notion de capital culturel devient un invariant de la pensée bourdieusienne. Le sociologue démontrera inlassablement, qu’au-delà du capital financier, le capital culturel participe autant voire davantage à l’organisation de la société en classes sociales antagonistes. En plaçant au cœur du système une forme de violence sociale symbolique, les puissants perpétuent et légitiment ainsi leur domination.

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Largo Caballero : une figure du socialisme espagnol à l’épreuve de l’histoire

Par Julien Guérin (77)

Aujourd’hui largement méconnue dans notre pays, la figure de Largo Caballero, décédé il y a soixante-cinq ans à Paris, mérite de sortir de l’ombre pour trouver sa place dans la galerie des grands dirigeants du mouvement ouvrier du XXème siècle. Syndicaliste, leader du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), orateur fougueux, homme à l’honnêteté extrême, président du gouvernement républicain durant la guerre civile, exilé puis déporté durant la seconde guerre mondiale, le parcours et la vie militante de Caballero furent intenses et sans répit. Au cours de ces terribles années 1930, la violence des affrontements idéologiques et politiques, liés à la montée de l’extrême-droite et à la terrible crise économique débutée en 1929, a façonné des parcours hors du commun. Surnommé le « Lénine espagnol » lors des chaudes journées de l’été 1936 où les masses ouvrières et paysannes d’Espagne parvinrent à bloquer provisoirement l’offensive fasciste du franquisme, l’itinéraire du militant Caballero ne fut pourtant pas rectiligne. Longtemps assimilé à l’aile la plus modérée du socialisme espagnol, c’est sous la pression des luttes sociales que Caballero adopte une ligne révolutionnaire et internationaliste de plus en plus intransigeante. Incarnation de la résistance des travailleurs au fascisme, le socialiste modéré se mue alors en orateur et propagandiste d’un anticapitalisme de masse. Envolées lyriques et révolutionnaires sans cohérence ou authentique évolution de fond ? Sans doute un peu des deux… Vaincu par la peste fasciste et écœuré par l’hydre stalinienne, c’est un homme fatigué et découragé qui meurt en 1946. Faire toute la lumière sur son parcours, ses combats et son évolution marquée vers la gauche mais aussi analyser lucidement ses limites à l’aune de cette révolution espagnole qui, victorieuse, aurait pu changer la face du monde et du XXème siècle, est ici notre modeste dessein.

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De la division de la gauche au Programme commun (1965-1972)

Vive le Programme Commun !

Depuis la scission de Tours, en 1920, la seule tentative de rapprochement concret entre socialistes et communistes en France a découlé de la tactique du « Front unique ouvrier », élaborée au sein de la Komintern en 1921. La rapide dégénérescence stalinienne de la IIIe Internationale eu pour conséquence la mise en place, dès le milieu des années 1920, de la tactique du « Front unique à la base », qui empêchait en pratique toute lutte commune avec les socialistes et éloignait de ce fait toute perspective unitaire. Les errements ultra-gauche de la « troisième période » et la théorie délirante du « social-fascisme », promue par Staline en personne, ne firent que confirmer cette division du mouvement ouvrier international. Après le mirage du Front populaire, où l’unité de la gauche s’était diluée dans une alliance avec des formations bourgeoises au nom de l’unité nationale, la rupture se fit encore plus nette, à l’issue de la Seconde Guerre mondiale, en raison de l’apparition des « Blocs ». Face à un PCF de nouveau contraint par Moscou au sectarisme le plus extrême, la SFIO fit le choix de l’Ouest dès 1947, ce qui lui imposait des alliances de « Troisième Force » avec des partis de droite et semblait justifier les oukases communistes.

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140 ans et toutes ses dents : vive la Commune !

Par Jean-Fançois Claudon (75)

Le 18 mars 1871, en refusant son propre désarmement sur les pentes de Montmartre et en empêchant du même coup Thiers et consorts de s’asseoir dans le trône laissé vacant par la défaite de Napoléon III à Sedan, le peuple parisien s’est lancé dans une aventure enthousiasmante. Sans le savoir, en construisant une république généreuse, démocratique et sociale qui prenait le contre-pied du bonapartisme, il édifiait à tâtons un Etat d’un type nouveau qui, pour la première fois de l’Histoire, n’était pas dirigé pour et par des possédants alors en fuite, mais pour et par les travailleurs. L’Etat moderne, création de la monarchie adaptée ensuite par la bourgeoisie à ses propres intérêts historiques, laissait place à la première ébauche d’Etat ouvrier.

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