Réélection d’Obama : Et maintenant ?

Par Johann CESA (42)

Malgré un déficit de 8 millions de voix par rapport à 2008, Barack H. Obama a été réélu le 6 novembre dernier, barrant la route au candidat républicain Mitt Romney. Il convient de se satisfaire de ce résultat qui voit la victoire du candidat le moins pire opposé à celui qui avait l’étiquette du parti conservateur, de ses chrétiens fanatiques, de ses faucons et de ses Tea Parties, collée dans le dos. C’est la victoire du candidat des minorités soutenu par la principale fédération des syndicats de travailleurs face au candidat de Wall Street et des 1% d’Américains les plus riches.

Bien entendu, Barack Obama n’a pas gagné, ni même conservé la confiance des 99% restants et personne ne s’est, pour l’instant, sérieusement interrogé sur ces 8 millions de voix perdues en route. Or, c’est la première fois depuis 1944 et le dernier mandat de Franklin D. Roosevelt qu’un président réélu fait moins de voix que la fois précédente. Pour les éditorialistes, tous obamaniaques, cette victoire moins franche qu’en 2008 serait la conséquence de la perte d’une prétendue « magie » qui aurait fait son score. Rien à voir bien sûr avec le rejet des années Bush, les prémices de la crise économique, la campagne ridicule du ticket McCain-Palin et les propositions fortes du candidat démocrate notamment en faveur d’une couverture santé. Derrière ces 8 millions de voix en moins qui se sont réfugiées dans l’abstention, c’est toute une catégorie de la population américaine qui a réagi de façon claire aux atermoiements du premier mandat d’Obama entre 2008 et 2012.

Revenons sur « l’Affordable Care Act », plus connu sous le nom d’Obamacare. Alors que la pays bat le record des dépenses de santé (16% du PIB contre un peu de moins de 10% en France), 16% de la population n’a aucune couverture santé. 46 millions d’américains trop « riches » pour bénéficier du programme Medicaid -mis en place par les présidents démocrates dans les années 1960-, mais trop pauvres pour se payer une assurance santé. Les primes d’assurance sont trop chères et les prix ont doublé en l’espace de 10 ans, soit trois fois plus vite que l’inflation et les salaires réunies. Environ 60% des Américains sont couverts par une assurance fournie par leur entreprise avec une contribution salariale. Le second programme, Medicare, fournit aux plus de 65 ans et aux bénéficiaires d’une pension d’invalidité une protection de santé. Financé pour partie par le budget fédéral et à 85% par des cotisations patronales et salariales, l’ensemble est reversé via un système par répartition. Même partiellement, il s’agit là de ce qu’on nomme chez nous le salaire socialisé. C’est d’ailleurs la revendication que portaient la puissante Fédération américaine du travail et le Congrès des organisations industrielles (l’AFL-CIO regroupant 11 millions de salariés syndiqués) devant Barack Obama : « Depuis plus de cent ans, les syndicats américains revendiquent une couverture universelle construite sur le modèle de l’assurance sociale, modèle qui a prouvé son efficacité à travers le monde et que nous avons nous-même utilisé avec succès pendant des décennies pour fournir un revenu et une assurance santé aux plus anciens » (résolution adoptée à son Congrès de 2009). En clair, les syndicats souhaitaient purement et simplement une extension du programme Medicare à tous les salariés du bas de l’échelle.

Barack Obama était aussi favorable à un système d’assurance publique, mais il a trop cédé aux pressions des lobbys et a trop tardé à mettre en œuvre son programme. Il a payé lourdement son attentisme en subissant une culotte électorale aux élections de mi-mandat. Défaite qui a refréné ses ardeurs et l’a obligé à faire des compromis avec les républicains. Toutefois, l’Obamacare oblige les Américains dépourvus d’assurance santé à y recourir. En échange, les assureurs ne peuvent plus pratiquer la sélection du risque en interrompant par exemple le contrat au moment où le salarié tombe malade. Le programme Medicaid est étendu aux personnes vivant avec un revenu inférieur ou égale à 133% du seuil de pauvreté. A défaut d’une assurance publique, Obama tente de réguler le marché de l’assurance privé. L’Obamacare, qui devrait coûter près de 950 milliards d’euros sur dix ans, est considéré par l’AFL-CIO comme une étape historique. C’est aussi pour cela que cette fédération syndicale a soutenu publiquement la candidature du président sortant alors qu’en 2011, elle souhaitait rester indépendante.

La victoire finale de Barack Obama n’a tenue qu’à un fil… ou plutôt à quelques États-clefs. Par rapport à 2008, il perd deux États, la Caroline du Nord et l’Indiana, mais il gagne de peu dans la Virginie, la Floride et l’Ohio. Or, c’est notamment dans trois États industriels du Nord-Est du Pays que l’AFL-CIO réclame une part importante de la victoire d’Obama : « Labor’s massive voter turnout effort played a major role in helping President Barack Obama win Ohio, Nevada and Wisconsin, according to exit polls, and its leaders are now looking for a more liberal, pro-union agenda from the White House ».Ces quelques milliers de voix qui ont fait la différence proviennent de la classe ouvrière qui bien que « parfois en désaccord avec l’administration Obama, a reconnu son investissement pour l’emploi (American Jobs Act proposé en 2011 et refusé en partie par les républicains) et son offensive sur les questions de la protection des droits des travailleurs, du salaire et de la santé » estime, Richard Trumka, président de l’AFL-CIO. Bref, une sorte de seconde chance sous condition pour Obama.

Au pied de la falaise

Le premier défi que devra relever Obama est celui du « fiscal cliff » (falaise fiscale). S’il ne fait rien, des coupes budgétaires à hauteur de 1200 milliards de dollars étalées sur 10 ans dont 500 dès le 1er janvier 2013 (excusez du peu !) seront mises en œuvre et ceci en vertu d’un accord trouvé entre républicains et démocrates pour éviter que l’État américain soit en défaut de paiement. On n’ose imaginer les répercussions d’un système réduisant à la fois des droits d’indemnisations des chômeurs de 99 semaines à 26, des remboursements médicaux du programme Medicaire, et augmentant à la fois fortement les cotisations sociales et les impôts des salariés les plus pauvres. Les quelques 50 millions d’Américains qui utilisent déjà des bons alimentaires verraient leur rangs se dilater. Les conséquences économiques et sociales seraient catastrophiques pour un pays qui vit sous perfusion de la demande intérieur. Ajouter à cela les prêts étudiants que beaucoup ne pourront pas rembourser et vous ne décrivez plus une superpuissance économique, mais bel et bien un colosse aux pieds d’argiles. Petite lueur d’espoir tout de même, ce fiscal cliff prévoit également la suppression des exonérations d’impôts aux 2% des plus riches adoptées sous le mandat de Bush. Barack Obama ne l’avait pas abroger, mais il vient de déclarer qu’on ne pouvait pas « demander aux étudiants et aux personnes âgées de payer davantage sans que les personnes comme moi, gagnant plus de 250 000 dollars, ne paient un centime de plus ». Rêvons donc d’un Obama, libéré de la pression d’une réélection en 2016, plus en phase avec les aspirations sociales des salariés et avec les 99% des Américains délaissés par les républicains.

illustration : Barack Obama et Richard Trumka, président de l’AFL-CIO

 

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