140 ans et toutes ses dents : vive la Commune !

Par Jean-Fançois Claudon (75)

Le 18 mars 1871, en refusant son propre désarmement sur les pentes de Montmartre et en empêchant du même coup Thiers et consorts de s’asseoir dans le trône laissé vacant par la défaite de Napoléon III à Sedan, le peuple parisien s’est lancé dans une aventure enthousiasmante. Sans le savoir, en construisant une république généreuse, démocratique et sociale qui prenait le contre-pied du bonapartisme, il édifiait à tâtons un Etat d’un type nouveau qui, pour la première fois de l’Histoire, n’était pas dirigé pour et par des possédants alors en fuite, mais pour et par les travailleurs. L’Etat moderne, création de la monarchie adaptée ensuite par la bourgeoisie à ses propres intérêts historiques, laissait place à la première ébauche d’Etat ouvrier.

Les membres de la Commune, où se côtoyaient petits patrons, artisans, ouvriers, fonctionnaires, intellectuels et artistes, représentaient admirablement la richesse de ce peuple laborieux de la capitale martyre. Dans son activité incessante, poussée en avant qu’elle était par un peuple mobilisé qui comptait bien s’approprier la souveraineté populaire pour qu’elle ne soit plus un vain mot, la Commune a abattu un travail gigantesque. Dès sa naissance, elle a aboli la conscription remplacée par le peuple en arme, elle décrète des moratoires sur les loyers et les dettes. Par la suite, elle a imposé l’interdiction du travail de nuit dans certaines professions. Elle s’est également lancée dans l’organisation d’une véritable assistance sociale, en réformant le Mont de Piété, et dans l’édification d’un système de crédit permettant aux travailleurs de s’associer dans des coopératives. Sur le plan politique, elle a fait des élus des mandataires responsables et révocables et leur a imposé, tout comme aux fonctionnaires, un salaire moyen d’ouvrier. Selon Marx, la Commune a inventé « le gouvernement à bon marché, en abolissant les deux grandes sources de dépenses, l’armée permanente et le fonctionnarisme ».

Grâce à Edouard Vaillant, qui sera plus tard cofondateur de la SFIO en 1905 avec Guesde et Jaurès, elle a mis en place un enseignement général pour tous. Pour le délégué de la Commune à l’enseignement, « il importe que la Révolution communale affirme son caractère socialiste par une réforme de l’enseignement assurant à chacun la véritable base de l’égalité sociale, l’instruction intégrale à laquelle chacun a droit ». Pour ce faire, il fallait que la république soit maîtresse chez elle, ce qui fut fait. Dès le 2 avril, la Commune avait séparé l’Etat de l’Eglise, cette « infâme » qui trompait le peuple en ne lui promettant la félicité que dans l’au-delà, après une vie de souffrance vouée à la valorisation du capital… La Commune a enfin amélioré le sort des femmes plus que ne le firent des dizaines de prudentes réformes « progressistes » au XXe siècle. Les femmes participent avec passion aux discussions dans les clubs, sont nombreuses à rejoindre la Société pour l’éducation nouvelle et obtiennent la création de nombreuses écoles féminines. En outre, il est décidé que les institutrices gagneront désormais la même rémunération que leurs collègues masculins. Tous les féministes -hommes ou femmes- d’aujourd’hui sont les descendants du Comité de vigilance des femmes de Montmartre et de sa célèbre animatrice, Louise Michel. Elle qui voulait « que tous aient l’instruction […], que les champs ne soient plus engraissés de sang ni la boue des trottoirs pleine de prostituée », elle a réussi à imposer par sa force de conviction l’idée que la condition de la femme ne pourra être améliorée radicalement qu’en liant cette cause au combat pour la laïcité et pour l’éducation. Quelle modernité dans le propos de la « Vierge rouge »,   Politiques, démocratiques, sociaux, économiques et culturels ; que de changement en à peine 2 mois ! Car la réaction militariste et cléricale n’accorda à la Commune guère plus de 50 jours pour réaliser son œuvre…

Incontestablement, malgré ses erreurs, ses illusions et ses manquements parfois grave, la Commune nous montre la voie à suivre vers la République sociale, cette république que le peuple insurgé de Paris avait tentée de bâtir du soulèvement de Montmartre aux derniers coups de feu qui résonnèrent près du Mur des Fédérés, lors de ces 60 jours qui ébranlèrent le monde !

On ne peut finir cette évocation de la Commune sans citer La Guerre civile en France de Karl Marx. Il y affirmait : « le Paris ouvrier, avec sa Commune, sera célébré à jamais comme le glorieux fourrier d’une société nouvelle. Le souvenir de ses martyrs est conservé pieusement dans le grand cœur de la classe ouvrière. Ses exterminateurs, l’histoire les a déjà cloués à un pilori éternel, et toutes les prières de leurs prêtres n’arriveront pas à les en libérer ». Les salariés d’aujourd’hui doivent se réapproprier cet héritage. Il est encore si actuel !

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One Response to 140 ans et toutes ses dents : vive la Commune !

  1. VELY says:

    La « réaction militariste et cléricale »… la réaction, c’est d’abord l’aristocratie et les propriétaires terriens, et une grande partie de la bourgeoisie. Les offciers de carrière et le clergé, n’ont été que des instruments. Rappel : en 1848, le clergé catholique était majoritairement favorable à la République fraternelle issue des barricades. Alors pourquoi pas en 1871 ? La France, ce n’est pas que Paris, chers amis parisiens ! Le contexte explique largement ce refus de l’aventure, alors que la France est battue et en partie occupée.

    La défaite de la Commune est d’abord une défaite de la politique vue de gauche.

    Quelle différence y a-t-il entre « le peuple en armes » et la conscription ?

    La Garde nationale de Paris regroupait théoriquement +250 000 hommes, et en pratique, 3 fois moins… Le lyrisme, c’est beau, mais quand il s’agit de guerre, on peut en mourrir !

    Et de fait, la Commune en est morte.

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