Fin de la parenthèse libérale ou tournant conjoncturel ?

Par Johann CESA (BN MJS, 42)

Depuis la victoire aux élections régionales, les éditorialistes politiques parlent partout du  « Prin- -temps du PS ». Notre Parti serait à la fête, on nous prédit même une victoire aux sénatoriales de 2011 ! Plus étonnant encore, on entend même, ici où là, que la direction du Parti Socialiste voudrait fermer la parenthèse libérale ouverte depuis 1983. Guillaume Bachelay, un proche de Laurent Fabius, résume bien le dernier bureau national du Parti : « C’est l’Halloween des sociaux-libéraux, ils sont obligés de mettre un masque pour entrer dans la salle ». Martine Aubry lançait, et bien avant les régionales, des appels à l’Unité de la Gauche, dans ce qu’elle nomme, aujourd’hui la « Gauche Solidaire ». Laurent Fabius, en remet une couche en qualifiant le social-libéralisme de « résignation, […] comme une sorte de pâté des alouettes : on voit bien en quoi il est libéral, pas trop en quoi il est social ». On croirait entendre les arguments de notre sensibilité dans la bouche des dirigeants du Parti Socialiste. On n’ose y croire ! Peut-on toutefois sabrer le champagne ? Pas tout à fait, il est encore trop tôt.

Dire qu’on veut fermer la parenthèse libérale c’est tout d’abord admettre qu’elle était ouverte depuis 1983. Or, les socialistes ont depuis ce tournant, gouverné pendant 13 ans (1983-86, 1988-93 et 1997-02). Admettre cela, c’est permettre à la direction de dresser un inventaire. Inventaire que nous dressons depuis des années : Privatisations, ouvertures à la concurrence des services publics, suppression de l’indexation des salaires sur les prix, 35H sans obligation d’embauches, alignement sur l’Europe libérale et antidémocratique de Bruxelles, signature du traité de Barcelone, défiscalisation des stocks options, … et la liste n’est malheureusement pas exhaustive ! Si les ministres de l’époque avaient oublié cet inventaire, il n’est pas inutile de le leur rappeler. Avant de vouloir fermer la parenthèse de 1983, il serait de bon ton, pour eux, de faire amende honorable. Il reste encore quelques mois pour cela avant la campagne des présidentielles de 2012. On attend…

Deuxième élément : nous sommes en période de crise. C’est pour cela que le titre de cet article n’exclut pas l’hypothèse d’un tournant conjoncturel. Lorsque nous sommes dans l’opposition et encore plus dans une période de troubles économiques et sociaux, nos représentants ont la bonne habitude de retrouver un verbe socialiste et une vigueur de révolutionnaire. L’histoire a démontré que les meilleures périodes de gouvernement socialistes sont au moment où il débute la législature (été 1936, 1981-1983, 1997-2000). Période courte me diriez-vous, mais suffisante pour faire arracher des avancées sociales. Mais quand l’heure est au rebond économique, avec des chiffres de croissance inespérés, ces derniers perdent leurs repères. Souvenons-nous de la fameuse cagnotte lors du Gouvernement Jospin.  Quelques dizaines de milliards de Francs (et oui c’était au siècle dernier !) Les salariés auraient pu tout rafler, ils n’ont eu que quelques miettes. Jospin et Fabius pensaient qu’en baissant les impôts, ils gagneraient les élections en 2002. On sait ce qu’il est advenu. Ou quand l’heure est au défi économique, comme en 1983, les socialistes tournent le dos aux salariés et rejoignent le coté obscur : le libéralisme. Qu’aurait fait un Dominique Strauss-Khan, un Manuel Valls ou une Ségolène Royal, à l’automne 2008, au début de la crise ? On ne peut pas le dire mais on a quelques doutes…

Tournant conjoncturel qui est également la conséquence des raclées que s’est prises le MoDem depuis 2007 et les bons scores des partis se déclarant « plus à gauche » que le Parti Socialiste. Les suffrages électoraux depuis 2002, sans oublier la victoire du NON au TCE, devrait obliger le Parti Socialiste à s’ancrer durablement à gauche. Si les projets d’alliances avec le centre pour 2012 se sont faites rares après les résultats des Régionales, on attend toujours le programme.

C’est uniquement sur un programme, puis dans les faits, que nous pourrons juger sur pièces. Il n’y aura pas trente-six versions possibles de programmes socialistes, il n’y en aura que deux : soit un programme de transformation sociale capable à lui seul de répondre aux aspirations des classes populaires soit un programme d’accompagnement du libéralisme avec quelques réformes sociétales. C’est malheureux car, quand bien même la première  version ne nous assure pas, à elle toute seule, la victoire, on est certain que la deuxième nous fera perdre dans tous les cas de figure.

On le voit bien, on le sent bien autour de nous. L’attente du peuple de gauche est incommensurable. Tous les regards se tournent à nouveau vers le Parti Socialiste. Martine Aubry peut en quelques déclarations faire naître l’espoir du retour d’une gauche de combat et offensive. Mais elle doit d’abord fermer pour de bon cette parenthèse libérale !

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