Bourdieu : Un guide pour nos luttes quotidiennes
24 janvier 2012 Laisser un commentaire
Janvier 2002 – janvier 2012 : voilà dix ans que disparaissait Pierre Bourdieu, sociologue le plus important de ces dernières décennies, penseur majeur de la domination et de la reproduction sociale, infatigable combattant pour un autre monde. Il est étonnant de constater depuis quelques jours l’unanimisme de façade d’une certaine presse sociale-libérale et de ses relais politiques et universitaires, célébrant aujourd’hui Bourdieu après avoir impitoyablement combattu ses idées. On constate une tendance à séparer en deux l’œuvre et la vie de Bourdieu : d’un côté le chercheur respectable et distingué et de l’autre l’affreux idéologue du mouvement social de l’hiver 1995. Pour nous, il est impossible et même malhonnête de séparer ainsi l’intellectuel du militant, le sociologue du pourfendeur des élites médiatiques et politiques.
Les Héritiers, La reproduction sociale
Né en 193O dans une famille paysanne du Béarn, issu d’un milieu populaire qu’il ne reniera jamais, l’existence de Bourdieu est entièrement tournée vers la recherche des causes sociales et culturelles de la domination des puissants. Jeune agrégé de philosophie, il effectue son service militaire en Algérie où il se découvre une vocation de sociologue. Il observe finement les racines du colonialisme et la destruction par celui-ci des formes de solidarité et de sociabilité traditionnelle. De retour en France, il enseigne à l’école pratique des hautes études en sciences sociales. Un temps sous la protection de Raymond Aron, il rompt avec celui-ci au moment de la grève générale de mai 1968. Il commence, dès cette époque, avec son collègue Jean-Claude Passeron, son travail sur l’école comme lieu privilégié de la reproduction des inégalités sociales. Débutés en 1964 avec Les héritiers, leurs travaux sont approfondis dans un nouvel ouvrage intitulé La reproduction. Paru en 1970, ce livre fait toujours autorité. La démonstration des deux sociologues bouscule bien des certitudes sur l’école républicaine, en montrant qu’elle est aussi un instrument de reproduction sociale qui a tendance à conforter le système en place. Les enfants issus des milieux populaires réussissent moins bien que ceux qui viennent de la bourgeoisie et qui possèdent déjà un important capital culturel. Cette notion de capital culturel devient un invariant de la pensée bourdieusienne. Le sociologue démontrera inlassablement, qu’au-delà du capital financier, le capital culturel participe autant voire davantage à l’organisation de la société en classes sociales antagonistes. En plaçant au cœur du système une forme de violence sociale symbolique, les puissants perpétuent et légitiment ainsi leur domination.



















