Changer la donne éducative, maintenant !

Les camarades de « l’Offensive socialiste » ont fait de leur travail de réflexion et d’analyse sur l’école une contribution thématique dans le cadre du congrès socialiste de Toulouse. Nous la reproduisons ci-dessous. Elle est également consultable -et surtout signable !- à l’adresse http://www.parti-socialiste.fr/congres/contribution/thematique/changer-la-donne-educative-maintenant.

L’école de la République est sinistrée. Elle a été méprisée, insultée, rabotée pendant trop longtemps. Ces dernières années, les signaux d’alerte se sont multipliés. Entre 2000 et 2008, la part des dépenses intérieures à l’éducation est passée de 7,3 à 6,6 % du PIB. Le taux de scolarisation en maternelle est passé de 85 % en 2001 à 78 % aujourd’hui. La France dispose, avec cinq enseignants pour 100 élèves, du taux d’encadrement dans le primaire le plus faible des pays industrialisés. Enfin, dans le second degré, la proportion d’élèves en difficulté a bondi de 15 à 20 %. Si la droite voulait détruire l’école publique et livrer la jeunesse aux sociétés de soutien scolaire, à l’école privée et à l’appétit d’un patronat toujours en quête d’une main d’œuvre bon marché, il est fort à parier qu’elle n’aurait pas agi autrement !

Ce n’est donc pas un hasard si les jeunes et les enseignants ont opté dans leur immense majorité pour le changement. Près de 50 % des professeurs du primaire et du secondaire ont voté pour notre candidat dès le 22 avril et 80 % des enseignants ont glissé dans l’urne lors du second tour un bulletin François Hollande pour chasser Sarkozy et ses ministres de l’Ignorance nationale. Quant aux jeunes de 18 à 30 ans, ce sont plus de 60 % d’entre eux qui se sont prononcés pour notre candidat le 6 mai dernier. C’est dire si nous ne pouvons pas décevoir le monde de l’éducation. Conformément aux engagements présidentiels, le gouvernement entend refaire de l’école publique sa priorité. Le ministre de l’Éducation nationale a tracé les premiers axes de son action. Il doit maintenant enclencher la vitesse supérieure tant les attentes sont grandes.

D’abord, mettre fin à la saignée et garantir les moyens !

Depuis dix ans, le service public d’éducation a été affaibli par une politique systématique de suppressions de postes (100 000 environ depuis 2002) et de recours à des contrats précaires mal payés (22 000 contractuels et vacataires en 2011-2012), tandis que la formation initiale des enseignants était purement et simplement supprimée. Triste constat des ravages que peuvent causer une bande d’intégristes libéraux… Puisque nous sommes socialistes, nous savons que nous pouvons redresser la barre dans un premier temps, puis la faire tourner à nouveau dans le sens de l’histoire. A nos yeux, ce sens est clair : démocratisation de l’enseignement, élévation du niveau des élèves, hausse des qualifications du corps enseignant.

Pour remettre l’école sur les rails du progrès, il est nécessaire de jeter aux oubliettes le dogme du non-remplacement d’un enseignant sur deux partant à la retraite. Pour nous, socialistes, un enseignant ne « coûte » rien à la nation, puisqu’il l’enrichit ! Il faut arriver au plus vite à un taux d’encadrement raisonnable, ainsi qu’à des seuils de 25 élèves maximum par classe en primaire et en collège, puis de 30 au lycée. Mille postes supplémentaires ont été créés pour la rentrée dans le premier degré. C’est un très bon début, puisque c’est dans le primaire qu’il faut concentrer les efforts, en ce début de mandat, tant il paraît évident qu’on ne peut élever le plafond sans élever son plancher. Vincent Peillon a eu raison de dire, dans sa « Lettre à tous les personnels de l’éducation nationale », que « les débuts de la scolarité sont essentiels pour la réussite de tous les élèves ». Le redressement éducatif ne peut commencer ailleurs que dans le premier degré, mais il faut aller plus loin et ne pas faire l’erreur de laisser le secondaire au bord de la route. Ce sont des milliers de postes qu’il faudra réinjecter chaque année d’ici 2017 pour réussir le changement et pour donner à la jeunesse de ce pays un cadre de travail lui permettant de s’instruire, de se former et devenir les citoyens éclairés dont le pays s’honorera dans une décennie.

La régénération des postes supprimés permettra certes d’encadrer les élèves de façon quantitativement satisfaisante dans des classes à effectif réduit et dans le cadre de l’aide individualisée, mais elle s’attaquera également aux deux maux essentiels, responsables de la dégradation qualitative de l’enseignement prodigué depuis dix ans. L’arrivée en nombre de nouveaux enseignants dans les établissements aura en effet le mérite de stopper la course folle aux heures supplémentaires à laquelle se livraient des enseignants culpabilisés par le pouvoir ou désireux de compenser la chute de leur pouvoir d’achat. Puisqu’il est évident qu’un enseignant fait mieux son travail quand il en est à sa dixième heure de cours de la semaine que quand il entame péniblement sa vingt-troisième, le retour à des services horaires conformes aux statuts des enseignants augmentera mécaniquement la qualité de l’enseignement dispensé.

Par ailleurs, le recrutement massif d’enseignants titulaires contribuera à assécher le vivier de précaires dans lequel, sous la droite, l’administration allait piocher pour combler les vides créés par l’application aveugle du dogme du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux. Ainsi, la recréation massive de postes d’enseignants, mais aussi de conseillers prioritaires d’éducation (CPE), sera l’occasion d’un vaste mouvement de titularisation qui permettra à des personnels mal payés, précarisés et souvent isolés d’intégrer enfin les équipes enseignantes de façon durable et au plus grand profit des élèves.

 

Le cap de notre action : la réussite de tous les élèves

En France, un lycéen de milieu défavorisé a deux fois moins de chances d’entrer dans l’enseignement supérieur que s’il avait grandi en Espagne ou un Irlande  En contradiction flagrante avec ses principes fondateurs, l’école de la République s’est transformée en machine à amplifier les inégalités sociales. Voilà la réalité crue, celle contre laquelle nous devons lutter de toutes nos forces, parce que nous nous refusons de cautionner cette société inégalitaire que nous ont léguée des siècles d’exploitation. N’est-ce pas ce que voulait dire le Président de la République, quand il s’est écrié, le 15 mai dernier, lors de son discours en hommage à Jules Ferry : « Comment accepter qu’un enfant ait plus de chances de réussir s’il a grandi ici plutôt que là ? L’école, c’est l’arme de la justice. Et la justice, c’est la mixité sociale. C’est à cette tâche noble entre toutes que l’école se dévoue depuis plus d’un siècle » ?

Parce que nous sommes socialistes, nous voulons agir pour la réussite de tous les élèves, conscients que seul un gouvernement de gauche uni et appuyé sur le mouvement social peut relever l’exaltant défi de l’élévation du niveau scolaire moyen et affronter les féodalités économiques qui ont tant intérêt à disposer d’une main d’œuvre peu qualifiée afin de faire pression sur l’ensemble des salaires. Cette fonction « hiérarchisante » de l’école, chère aux libéraux, est d’ailleurs rappelée sans fausse honte dans le rapport Thélot où il est écrit que la notion de réussite pour tous « ne veut certainement pas dire que l’école doit se proposer de faire que tous les élèves atteignent les qualifications scolaires les plus élevées. Ce serait à la fois une illusion pour les individus et une absurdité sociale puisque les qualifications scolaires ne seraient plus associées, même vaguement à la structure des emplois ». Nous nous opposerons de toute notre force à cette vision rétrograde de l’école conçue comme une grande usine de tri dont on déclare fièrement la mission remplie quand un fils de caissière obtient son CAP. Pour gagner ce défi de l’excellence pour tous, il faut commencer par revenir sur les « réformes » régressives imposées par la droite à une communauté scolaire presque unanimement hostile.

Au collège, il convient d’abandonner le « socle commun de compétences et de connaissances » qui découpe artificiellement les apprentissages en de nombreuses compétences extrêmement vagues et contredit l’acquisition des savoirs qui s’opère par une construction progressive et patiente élaborée dans chaque discipline. L’évaluation systématique par compétences vise, non à aider les élèves en difficulté, contrairement à ce que la droite veut nous faire croire, mais à créer un vaste marché de l’éducation, forcément concurrentiel, où le client se substitue à l’élève et où la difficulté scolaire n’est plus l’ennemi du professeur, mais le gagne-pain du prestataire. Il en va de même pour le lycée, où la réforme Chatel impose la diminution des horaires disciplinaires pour la plus grande joie d’Acadomia et institue un accompagnement personnalisé qui n’a souvent de « personnalisé » que le nom, puisqu’il est justement financé par la diminution des horaires disciplinaires et rend caduque toute possibilité de travailler dans chaque discipline les difficultés des élèves…

En même temps que nous reviendrons sur les contre-réformes de la droite, il faudra reconstruire les bases d’une école de la réussite en relançant, dans le primaire, le « Réseau d’aides spéciales aux élèves en difficulté » (RASED) et en rétablissant un véritable enseignement prioritaire que le pouvoir s’est évertué à éradiquer méthodiquement depuis dix ans. Au-delà de ces mesures d’urgence éducative, il n’est pas besoin, pour rebâtir une école de tous, de grandes réformes censées tout régler par un coup de baguette magique. Il faut avant tout faire confiance à tous les personnels de l’éducation nationale et leur redonner les moyens matériels et moraux de mener à bien leurs missions. Il convient donc de recentrer les tâches des professeurs sur l’enseignement, tout en embauchant des personnels nouveaux, recrutés sur concours internes ou externes, qui assureraient les missions prises en charge, vaille que vaille, par les enseignants pendant des années, faute de moyens (éducation, soutien, orientation, assistance sociale…). C’est en leur permettant de se concentrer sur les tâches disciplinaires pour lesquelles ils ont été recrutés que les enseignants, dans le cadre de leur droit à la formation, pourront relever le défi de la réussite de tous et trouver de nouveaux biais didactiques et pédagogiques par lesquels la transmission des connaissances pourra se faire sur des bases plus élevées.

En outre, l’inscription dans le temps de service des enseignants d’un temps de concertation entre collègues peut permettre aux professeurs d’harmoniser leurs pratiques, de mettre en œuvre des projets motivants les élèves et même de réaliser les innovations pluridisciplinaires qu’on attend d’eux.

 

Pour ce faire, il faut s’attaquer aux racines du « malaise enseignant »

Pour préparer l’avenir, cette refondation scolaire doit être adossée à un plan d’embauche qui paraît à l’heure actuelle d’autant plus irréaliste que la droite a bien pris soin, avant d’être chassée, de tarir le vivier de recrutement dont pouvait profiter l’éducation nationale. En effet, alors que 52 % des enseignants tenteraient de décourager leur enfant de le devenir, le métier de professeur semble devenu en quelques années totalement répulsif. Lâchés brutalement à plein temps devant les élèves durant leur première année, les enseignants dits « stagiaires » n’en ont que le qualificatif, puisque des centaines d’entre eux sont mutés dans des zones difficiles, voire sur plusieurs établissements, et entrent parfois dans le métier sans l’aide d’un tuteur…. C’est à une crise de vocation inédite dans l’histoire de l’école publique que nous sommes aujourd’hui confrontés. Mais, fidèles à Jaurès qui nous enseigne encore aujourd’hui que« l’histoire apprend aux hommes la difficulté des grandes tâches et la lenteur des accomplissements, mais elle justifie l’invincible espoir », nous sommes prêts à relever le drapeau de la république que la droite a jeté au visage de la jeunesse de ce pays et qui gît maintenant au sol.

Pour faire face à cette crise de recrutement, il faut rendre à nouveau attractif le métier d’enseignant en rétablissant une formation digne de ce nom et en ayant comme perspective à court terme le retour à des services à six ou huit heures de cours hebdomadaires pour les stagiaires lors de leur première année d’enseignement. Nous avons pour tâche de remettre en place une formation initiale de qualité, à la fois généraliste et spécialisée, à même de préparer les jeunes enseignants aux enjeux majeurs de leur profession. Cette formation aura lieu sur deux ans et permettra aux stagiaires, bénéficiant d’une décharge modulable, d’entrer progressivement dans le métier et de faire l’expérience de différents publics et de situations pédagogiques variées. Plus généralement, il faut veiller à stabiliser les plus jeunes enseignants pour qu’ils fassent leurs premières armes dans de bonnes conditions. A des anciens volontaires, forts de leur expérience et de leur recul, reviendra la charge, en échange de rétributions supplémentaires ou de décharges horaires, d’enseigner en tant que remplaçants, mais aussi dans les zones difficiles où des moyens supplémentaires seront évidemment débloqués. Nous adjoindrons à ces mesures incitatives l’allégement des services pour les assistants d’éducation (AED) se destinant à l’enseignement et nous jetterons les bases, en lien avec les enseignants, les étudiants et leurs organisations syndicales, d’un pré-recrutement efficace dès la fin de la licence.

La revalorisation des salaires, dont le point d’indice a été gelé depuis 2010, est également un levier qui permettra de nouveau à des étudiants de se tourner vers les métiers de l’éducation, car l’austérité budgétaire imposée à l’école par la droite contribue elle-aussi à la désaffection pour les métiers de l’éducation d’une partie de la jeunesse scolarisée estimant que le travail d’enseignant, non content d’être ingrat, est en plus mal payé. Et on ne peut pas leur jeter la pierre. Si le salaire statutaire des enseignants du primaire et du secondaire des deux tiers des pays de l’OCDE a augmenté en valeur réelle depuis 1995, il a diminué en France alors qu’il est déjà inférieur à la moyenne. Ainsi, en 2009, un enseignant du primaire avec quinze années d’ancienneté touchait annuellement en moyenne guère plus de 29 000 euros par an en France, contre 50 000 en Allemagne et près de 35 000 en moyenne dans les pays de l’OCDE. La vocation et le dévouement ne peuvent suffire à attirer de nouveaux enseignants. Parce que nous sommes socialistes, nous ne diviserons par les personnels, comme l’a fait la droite, en attribuant des primes à tel ou tel corps : nous revaloriserons significativement le point d’indice pour toutes et tous, parce que nous avons conscience que les enseignants travaillent dur, qu’ils produisent des richesses et que, comme tous les salariés, ils n’en reçoivent pas la part qu’ils méritent.

Pour une refondation républicaine de l’école

Les dispositifs dérogatoires à la loi ont fait florès sous une droite qui n’a jamais totalement accepté le principe d’égalité devant les services publics. La liste de ces programmes où les horaires légaux et les contenus officiels ne sont pas respectés au nom d’une prétendue spécificité du public touché est longue : « réseau ambition réussite », programme « éclair », internat « d’excellence »… L’UMP a multiplié ces dispositifs qui ghettoïsent encore davantage les quartiers difficiles et stigmatisent les populations les plus exposées aux ravages du libéralisme. Il faut rompre avec ce cynisme éducatif qui consiste à organiser le déclassement scolaire des populations les plus fragiles au nom de la lutte contre l’échec scolaire, tout en les rendant responsables de la baisse de l’encadrement dans les établissements qui posent moins de problème.

La gauche a l’occasion historique de remettre l’école dans le droit chemin républicain et d’abroger tous ces dispositifs dérogatoires instillant partout le principe d’inégalité sur le territoire. Respect des règles nationales à tous les niveaux, telle sera notre règle d’or éducative ! Cette exigence républicaine impose d’abandonner la notion-même d’ « école du socle » dans laquelle le chef d’établissement, mis à la tête d’un collège et des écoles primaires avoisinantes, devient un manager doté d’une grande autonomie capable de déroger aux règles nationales en fonction de la « population » qu’il accueille et des exigences économiques du « bassin d’emplois ». C’est pour les mêmes raisons que nous abandonnerons le programme « éclair », qui crée explicitement des collèges de relégation où la logique de surveillance des jeunes prend le pas sur leur droit à l’instruction, ainsi que le « Livret Personnel de Compétences » dont le flou dans la mise en application met à mal le principe d’égalité des collégiens sur le territoire. Enfin, nous engagerons une réforme du lycée ambitieuse où le principe d’autonomie locale ne rimera pas avec inégalité des conditions d’enseignement, disparités horaires et concurrence entre établissements.

Pour refonder une école républicaine, face à une droite qui ne la brandit que pour cacher un communautarisme bien ancré, il nous faudra également réaffirmer la laïcité institutionnelle qui a offert au socialisme républicain l’occasion d’écrire quelques-unes de ses plus belles pages. La laïcité du système éducatif a été acquise de haute lutte par les générations militantes qui nous ont précédés. Nous devons redonner tout son lustre à ce concept émancipateur, car, comme tous les acquis du mouvement ouvrier et démocratique, il a dû subir depuis 2007 les coups de boutoir d’une droite revancharde. Promotion des valeurs chrétiennes de la France, discours du Latran affirmant la supériorité du prêtre sur l’instituteur, loi Carles de 2009 obligeant les communes qui n’ont pas d’école privée à financer l’enseignement confessionnel des communes voisines, reconnaissance des diplômes délivrés par les universités catholiques : le passif anti-laïque des gouvernements Sarkozy-Fillon est lourd. D’autant que les milliers de suppressions de postes dans l’éducation ont concerné en premier lieu l’école publique !

La laïcité demeure un acquis intangible permettant d’envisager l’émancipation humaine. Elle repose sur trois principes indissociables : la liberté de conscience, que l’école publique entend asseoir sur l’autonomie de jugement, l’égalité sans distinction d’options spirituelles et l’universalité d’une loi affectée exclusivement à la promotion du bien commun. Ainsi comprise, la laïcité, c’est le souci d’exclure tout privilège, mais aussi tout facteur de dépendance ou de mise en tutelle des individus. Cela doit nous conduire à faire vivre le mot d’ordre « fonds publics à l’école publique » et à nous prononcer pour l’abrogation du Concordat. La laïcité du XXIe siècle doit être aussi intransigeante avec la mise sous tutelle cléricale qu’avec l’invasion patronale et marchande de plus en plus prégnante au sein de l’école publique. « Laïcité de l’enseignement et progrès social, ce sont deux formules indivisibles. Nous lutterons pour les deux », disait Jaurès. En 2012, il est urgent de poursuivre ce combat pour une école qui tend à l’émancipation de tous.

 

Sauver l’université du diktat de la rentabilité

Attaquées sans relâche par la droite pendant dix ans, les Facultés sont, elles-aussi, dans un triste état. La gauche au pouvoir doit fixer comme priorité de reconstruire une université de la réussite pour tous, à l’heure où le taux d’échec en licence est de 50 % et où la part d’étudiants issus des milieux défavorisés a chuté de 10 % par rapport à 2006.

En premier lieu, il faut investir dans l’enseignement supérieur de façon raisonnée et financer les universités en fonction de leurs besoins, et non de leur taux de réussite, comme l’a fait la droite qui a instauré un cercle vicieux dans lequel ce sont les universités déjà les mieux loties qui reçoivent la part la plus importante du budget de l’enseignement supérieur. A l’heure actuelle, l’État investit du simple au triple en fonction des domaines de formation. Il en résulte de très fortes disparités et un taux d’échec qui est d’autant plus élevé que la filière est sous-financée. Le « Plan réussite en licence » qui a distribué des millions d’euros à quelques formations prestigieuses, quand seules des mesures-gadgets étaient prises pour le gros des facultés « de seconde zone », est l’exemple même de cette politique universitaire à deux vitesses. Toutes les disciplines nécessitent un financement en fonction d’exigences spécifiques qu’on ne saurait réduire à une prétendue « excellence » de la filière ou à sa seule « rentabilité » économique. Il faut prendre toute la mesure de ce principe fondamental, si l’on veut combler le fossé creusé par la droite au sein de l’enseignement supérieur.

La gauche aussi doit vouloir « l’excellence », mais une excellence pour tous et non pour les nantis affublés de quelques « méritants ». L’exigence de transformation sociale que nous portons ne pourra se réaliser qu’à travers une université publique de qualité financée à hauteur de ce que doit être sa mission première : élever le niveau de connaissances des futurs salariés, émanciper les individus, garantir l’accès à un emploi stable et de qualité. Investir dans l’université est une urgence, et nous affirmons qu’aucune avancée majeure au sein de celle-ci ne verra le jour tant que le dogme libéral lui imposera de fonctionner « à coût constant » et tant que l’État n’en reprendra pas le contrôle, aujourd’hui laissé aux lobbys privés et aux « personnalités extérieures » peuplant les conseils d’administration des Facultés. C’est à l’impôt, et non à de fumeux partenariats publics-privés, de garantir un financement de l’enseignement supérieur à la hauteur de ses besoins. Ce n’est en tout cas pas aux étudiants de supporter le coût des études : aucune augmentation des frais d’inscription ne saurait être envisageable de la part d’un gouvernement de gauche.

Outre cette question cruciale du financement, la gauche doit instaurer un cadrage national du diplôme. Il ne s’agit pas de faire disparaitre la liberté pédagogique de l’enseignant, mais bien de garantir à des diplômes qui sanctionnent la maîtrise de contenus variés une valeur équivalente sur tout le territoire et au-delà, quelle que soit la faculté dispensatrice. La gauche doit rompre avec la politique de l’université à la carte voulue par la droite et le patronat pour mieux précariser les jeunes rentrant sur le marché du travail. Les diplômes universitaires dérogatoires, et dont les droits d’inscription peuvent atteindre plusieurs milliers d’euros, se multiplient dans nos universités. Ils constituent l’un des effets les plus nocifs de cette politique de mise en concurrence de l’université publique. Pour mettre fin à la paupérisation des jeunes diplômés, la valeur du diplôme doit être reconnue de façon explicite dans les conventions collectives.

Enfin, il faudra revenir sur la « Loi de Responsabilité des Universités » (LRU), conçue pour une poignée de présidents d’université managers, leur conférant les pleins pouvoirs et acculant les universités sur la voie perverse de la rentabilité à tout prix et surtout à court terme. Cette concentration des pouvoirs, plus proche des canons du despotisme éclairé que de ceux de la démocratie sociale moderne, musèle ainsi les revendications des étudiants et des autres acteurs de l’université. La démocratie au sein de l’université étant consubstantielle à son bon fonctionnement, toutes ses composantes doivent être représentées, et en premier lieu les étudiants.

 

Pas de priorité à l’éducation sans redistribution des richesses !

Recrutement massif de professeurs et de personnels non-enseignants, refonte d’une véritable formation initiale, augmentation des salaires, réengagement de l’Etat dans l’université : tel est le programme éducatif que nous défendons. Il va de soi que toutes ces mesures resteront lettre morte si  nous acceptons la gangue de la rigueur que tentent de nous imposer Merkel et ses amis français. Mais, parce que nous sommes socialistes, nous savons que, malgré la propagande frénétique des libéraux, nous disposons de marges de manœuvre. Personne ne peut nous empêcher de restructurer cette dette qui est loin d’être entièrement légitime. Personne ne peut nous interdire d’augmenter les impôts pour les plus riches qui contribuent si peu à la richesse nationale. Personne ne peut nous empêcher de dépenser dans le plus beau champ d’investissement qui soit : notre jeunesse. C’est en regagnant les 8 points que le capital a pris au travail dans le partage de la valeur ajoutée depuis 30 ans que nous contribuerons, de nouveau, à changer la vie.

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