« C’est une honte de voir l’université ainsi en train de mourir ».

Le nom d’Abdellah Taïa ne vous dit peut-être rien, et pourtant depuis un mois, il est victime d’une homophobie violente, insoutenable.

Les évènements remontent au vendredi 18 mai dernier, à la Faculté des Lettres d’El-Jadida au Maroc. Des jeunes islamistes se sont réunis devant le bureau de la présidente de la Faculté et manifestent violemment leur hostilité à l’instauration d’une journée d’étude des textes d’Abdellah Taïa. En cause, son homosexualité.

L’écrivain franco-marocain Abdellah Taïa a déjà publié plusieurs romans dans lesquels il aborde, entre autres, le thème de l’homosexualité. Il a obtenu le prix de Flore en 2010 pour Le Jour du Roi, ses articles ont été publiés par Le Monde, le New York Times, le magazine marocain Tel Quel. C’est d’ailleurs dans ce magazine, qu’il a publié en 2009, une lettre ouverte intitulée « L’homosexualité expliquée à ma mère », devenant le premier écrivain marocain a assumé son homosexualité : «Au-delà de mon homosexualité, que je revendique et assume, je sais que ce qui vous surprend, vous fait peur, c’est que je vous échappe: je suis le même, toujours maigre, toujours cet éternel visage d’enfant; je ne suis plus le même. Vous ne me reconnaissez plus et vous vous dites: « Mais d’où lui viennent ces idées bizarres? D’où lui vient cette audace? On ne l’a pas éduqué comme ça… Non seulement il parle publiquement de sexualité, non, non, cela ne lui suffit pas, il parle d’homosexualité, de politique, de liberté… Pour qui se prend-il?»

Ses romans commencent à être traduit à travers le monde, sa popularité grandit, et au Maroc, il devient une figure représentative de ces homosexuels qui s’affirment. C’est donc naturellement que la Faculté des Lettres d’El-Jadida décide d’organiser une journée d’étude des ses textes.

« L’université est pour les étudiants et non pour les homosexuels », « C’est une honte de voir l’université ainsi en train de mourir », « Comment peut-il prêcher la liberté, la noblesse et la droiture alors qu’il est lui-même sujet à une déviance sexuelle des plus basses et des plus ignobles ? », voici quelques uns des slogans que l’on a pu entendre ce fameux 18 mai. Les jeunes islamistes ne se contentent pas de mots, ils se montrent violent, tentent d’humilier l’auteur et le menacent. Sur son compte facebook, Abdellah Taïa essaie de calmer les esprits : « Le changement a commencé dans le monde arabe. Et, comme vous, je pense sincèrement que rien ne pourra l’arrêter. Les Marocains, les Arabes, se réapproprient enfin leur histoire, leur identité libre. Malgré les attaques, les obstacles, l’incompréhension des proches, ce combat va continuer. Doit continuer. Merci fort pour votre soutien. »

Je le dis sans détours, il faut défendre la liberté d’expression face aux intégrismes et aux dogmes religieux.

Le Printemps Arabe avait fait naître bien des espoirs. Un an après, les islamistes sont aux commandes et les libertés sont en danger. En terre arabo-musulmane, la grande majorité de la population appuie un islam modéré. Les partis islamistes modérés, qui ont gagné les élections démocratiquement au Maroc, en Tunisie et en Égypte, sont pris entre le marteau des salafistes, le Tea party des islamistes, et l’enclume des revendications des partis laïcs et modernistes soutenus par une société civile avide de liberté. Jusqu’à présent, ce mouvement progressiste tient bon, car il sait que l’économie de ces pays est tributaire du tourisme et que l’Occident a désormais ses caméras rivées sur la région. Petit à petit des médias indépendants bravent les lignes rouges et abordent le sujet de l’homosexualité. Déjà, en 2007, l’éditorialiste de Telquel, l’un des magazines marocains qui militent pour la démocratie, a pris la défense de Abdellah Taïa dans « Homosexuel Envers en contre tous ». Récemment, « L’observateur », un autre site marocain d’information générale, a lancé un débat en ligne avec un dossier sur le sort réservé aux minorités au royaume. Dans l’un des articles, l’auteur a appelé à ce que la société soit réellement démocratique en intégrant tous les citoyens, dans un esprit d’égalité parce qu’on ne peut pas construire une société de droit en excluant les minorités.

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