Changer la donne éducative, maintenant !

Cet article est le premier d’une série de quatre textes traitant de l’éducation dans la perspective du congrès national du Parti socialiste qui aura lieu en octobre prochain. Les camarades de l’Offensive socialiste ont été amenés à établir une plate-forme éducative à partir de leurs analyses antérieures afin de nourrir la contribution de la gauche du PS Pour réussir le changement, redistribuer les richesses, présentée par Gérard Filoche. Pour lire cette contribution, cliquez ici http://www.redistribuer-les-richesses.eu/

Le passage de la droite au pouvoir pendant dix longues années est loin d’être passé inaperçu dans l’éducation. A dire vrai, l’école de la république est sinistrée. Elle a été marginalisée, méprisée, insultée, rabotée pendant trop longtemps. Ces dernières années, les signaux d’alerte se sont d’ailleurs multipliés et ils prouvent à eux-seuls les dégâts qu’ont réussi à infliger les libéraux à ce fleuron de la république dont les salariés ont raison d’être si fiers. Entre 2000 et 2008, la part des dépenses éducatives (« dépenses intérieures d’éducation ») est passée de 7,3 à 6,6 % du PIB. Le budget de l’éducation nationale ne correspond plus aujourd’hui qu’à 21 % du budget de l’État, contre 28 % en 2007. Le taux global de scolarisation en maternelle (2-5 ans) est passé de 85 % en 2001 à 78 %. En 2011, la France disposait, avec cinq enseignants pour 100 élèves, du taux d’encadrement dans le primaire le plus faible des pays industrialisés. Dans le second degré, la proportion d’élèves en difficulté a bondi de 15 à 20 % dans la décennie 2000. Enfin, 150 000 jeunes sortent sans qualification du système scolaire chaque année… Si la droite voulait détruire l’école publique et livrer la jeunesse aux sociétés de soutien scolaire, aux institutions privées et à l’appétit vorace d’un patronat toujours en quête d’une main d’œuvre bon marché, il est fort à parier qu’elle n’aurait pas agi autrement !

Les enseignants sont avec nous ! Ce n’est donc pas un hasard si les enseignants ont opté dans leur immense majorité pour le changement. Près de 50 % des professeurs du primaire et du secondaire ont voté pour notre candidat dès le 6 mai et 80 % des enseignants ont glissé dans l’urne lors du second tour un bulletin François Hollande pour chasser Sarkozy et son cortège de ministres de l’Ignorance nationale. C’est dire si nous ne pouvons pas les décevoir. Le gouvernement, dans le sillage de la campagne des présidentielles, puis des législatives, affirme vouloir refaire de l’école publique sa priorité. Conformément aux engagements présidentiels, le ministre de l’Éducation nationale a tracé les premiers axes de son action. Il doit maintenant enclencher la vitesse supérieure tant les attentes sont grandes. Vincent Peillon entend déjà la sourde plainte qui monte des établissement scolaires et qui est relayée par les organisations syndicales enseignantes. Ce n’est pas un cri de défiance, mais bien un appel à une action politique énergique. Le ministre doit s’appuyer sur le mouvement enseignant, et non le contourner, afin de réussir le changement, car il aura le soutien systématique de la profession à chaque fois que son action ira dans le sens d’une refondation républicaine de l’école. Ce soutien vigilant sera d’autant plus vigoureux que le ministre s’appuiera, malgré des réserves légitimes de part et d’autre, sur la fédération syndicale structurant le monde enseignant, et non sur les organisations traditionnellement plus proches de la nébuleuse socialiste, mais qui ont l’inconvénient d’être minoritaires et bien peu représentatives.

D’abord, mettre fin à la saignée ! Depuis dix ans, le service public d’éducation a été affaibli par une politique de suppression de postes d’une ampleur inégalée. Ce ne sont pas moins de 100 000 postes d’enseignants qui ont été supprimés depuis 2002, dont 16 000 pour la seule année scolaire qui vient de s’achever. Cette hécatombe éducative et sociale a été en partie camouflée par le recours devenu systématique à des contrats précaires mal payés. L’éducation nationale emploie aujourd’hui 22 000 contractuels et vacataires, ce qui correspond à une hausse de 25 % du nombre de non-titulaires par rapport à 2007. Si ce n’est pas déjà le cas, l’État-patron est en passe de devenir le pire employeur qui soit, puisqu’il tolère chez lui ce qui lui paraîtrait inadmissible dans le privé ! Dans ce champ de ruines, la droite n’a rien trouvé de mieux à faire que de supprimer purement et simplement la formation initiale des enseignants. Bref, Sarkozy et ses sbires sont parvenus à faire du métier d’enseignant le seul qui ne nécessite aucune formation incluse dans le temps de travail ! Triste constat des ravages que peuvent causer une bande d’intégriste libéraux… Parce que nous sommes socialistes, nous voulons, non seulement redresser la barre, mais aussi la faire tourner à nouveau dans le sens de l’histoire. A nos yeux, ce sens est clair : massification et démocratisation de l’enseignement, élévation du niveau des élèves, hausse des qualifications du corps enseignant.

Donner des moyens à l’école. Pour remettre l’école sur les rails du progrès et pour renvoyer à la jeunesse une autre image d’elle-même que ne l’ont fait cyniquement les gouvernements de droite successifs, il est nécessaire de jeter aux oubliettes le dogme absurde, irréaliste et antisocial du non remplacement d’un enseignant sur deux partant à la retraite. Pour nous, socialistes, un enseignant ne coûte rien à la nation. Bien au contraire, il l’enrichit, comme le fait une infirmière ou un chercheur. C’est probablement ce qui nous oppose le plus frontalement aux présupposés idéologiques de la droite. Il faut au plus vite revenir à un taux d’encadrement similaire à celui qui prévalait avant 2002, ainsi qu’à des seuils de 25 élèves maximum par classe en primaire et en collège, 30 au lycée. Mille postes supplémentaires ont été annoncés pour la rentrée 2012-2013 dans le primaire, nous nous en félicitons car on ne peut élever le plafond sans élever le plancher. Le redressement éducatif ne peut commencer ailleurs que dans le premier degré. Mais le secondaire ne doit pas être oublié pour autant. Ce sont des milliers de postes qu’il faudra réinjecter chaque année pour réussir le changement et pour donner à la jeunesse de ce pays un cadre de travail lui permettant de s’instruire, de se former et devenir progressivement les citoyens éclairés dont le pays s’honorera dans une décennie.

Temps de service et qualité de l’enseignement. La régénération des postes supprimés par la droite permettra tout d’abord d’encadrer les élèves de façon quantitativement satisfaisante. Les professeurs et les élèves pourront par exemple de nouveau travailler dans le cadre de groupes à effectifs réduits, Les enseignements optionnels redeviendront autre chose que le moyen donné aux familles pour éviter les « mauvaises » classes et permettront aux élèves de faire des choix, d’avoir le sentiment de prendre en main leur avenir. Par ailleurs, ils pourront profiter de renforcements horaires dans les disciplines fondamentales, ainsi que d’heures d’aide individualisée ou de soutien. C’est en premier lieu de la sorte que nous ferons vivre le changement à l’école. Mais la création massive de postes s’attaquera également aux deux maux essentiels responsables de la dégradation de la qualité de l’enseignement prodigué dans le premier et le second degré depuis dix ans. L’arrivée en nombre de nouveaux professeurs dans les établissements aura en effet le mérite de stopper la course folle aux heures supplémentaires à laquelle se livraient des enseignants culpabilisés par le pouvoir ou désireux de compenser la chute de leur pouvoir d’achat. Puisqu’il est évident qu’un enseignant fait mieux son travail quand il en est à sa dixième heure de cours de la semaine que quand il entame péniblement sa vingt-troisième, le retour à des services horaires conformes aux statuts des enseignants augmentera mécaniquement la qualité de l’enseignement dispensé.

En finir avec la précarité ! Par ailleurs, le recrutement massif d’enseignants titulaires contribuera à assécher le vivier de précaires dans lequel, sous la droite, l’administration allait piocher pour combler les trous créés artificiellement par l’application aveugle du dogme du non-remplacement d’un fonctionnaire partant à la retraite sur deux. C’est sûrement là la pire vilénie que la droite ait infligée à l’école pendant ses dix longues années, même si l’opinion publique n’a guère au vent de ce jeu de massacre dont la victime fut la jeunesse diplômée de ce pays. En diminuant le nombre de postes pourvus par concours, la politique unilatérale de Ferry-Darcos-Chatel a mécaniquement créé une génération de jeunes précaires qui se sont vus exclus de l’accès au recrutement définitif, alors que ces salariés non-titulaires avaient entendu pendant toute leur enfance le refrain leur annonçant des lendemains qui chantent, puisqu’on aurait forcément besoin d’eux pour remplacer la génération des papy-boomers au cours des années 2000… C’est cette blessure cuisante dont souffre des milliers de jeunes que la gauche au pouvoir doit maintenant soigner. En effet, la recréation massive de postes d’enseignants, mais aussi de conseillers prioritaires d’éducation (CPE), sera l’occasion d’un vaste mouvement de titularisation qui permettra à ces personnels mal payés, précarisés et souvent isolés d’intégrer enfin les équipes enseignantes de façon durable et au plus grand profit des élèves.

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