Etat d’urgence à l’Université !

Par Thomas Declercq (34)

Alors que le premier tour des élections législatives approche, il est nécessaire pour la gauche en général, et le PS en particulier, de mettre en avant un programme apte à rassembler la majorité des salariés et la jeunesse salariée et/ou scolarisée. A ce titre, le positionnement des socialistes et du gouvernement concernant les remèdes à apporter à l’université française se doit d’être parfaitement clair. Il est par ailleurs de notre devoir en tant que jeunes militants de déconstruire les mensonges que la droite martèle dans tous les médias sur les facs françaises qui seraient devenues florissantes par l’action du saint-profit. Ainsi, Nicolas Sarkozy, le président sorti, n’a eu de cesse pendant toute la campagne de rappeler fièrement qu’il avait investi plus que n’importe quel gouvernement dans l’enseignement supérieur. Dès qu’il le pouvait, Super-Menteur II n’a pas manqué de vanter la réussite de l’autonomie des universités et la modernisation de l’enseignement supérieur permise par celle-ci. En 2007, la loi relative « aux libertés et responsabilité des universités » (LRU) est promulguée, 5 ans plus tard le gouvernement Sarkozy se félicite que l’ensemble des universités soient devenues autonomes. L’objectif était de permettre aux universités, nous dit-on depuis 5 ans, de faire face aux défis du XXIe siècle en matière d’éducation. La défaite du système et des valeurs de Bling-bling n’est elle pas l’occasion rêvée pour faire le bilan de cette réforme bombardée pendant le campagne présidentielle au rang de fierté sarkoziste n° 1 par l’ex-omniprésident et ses valets de l’UMP ?

Gestion managériale, mise en concurrence des universités, recul de la démocratie interne aux établissements constituent dans les faits les grandes caractéristiques de la LRU réellement existante. Nicolas Sarkozy laisse derrière lui une université plus mal en point que jamais : sous-financement des universités (en particulier celle de lettres et de sciences humaines) manque de moyens humains, bricolages de toute sorte pour assurer les enseignements sont le pain quotidien des facultés françaises. Au total, huit universités ont été placées sous tutelle des rectorats en raison de leur incapacité à assurer leur bon fonctionnement… Quel insigne honneur pour l’UMP et ses hommes de mains dans les facs et les administrations ! Au vu de cette situation, comment la droite peut-elle se féliciter, sans fausse honte, d’avoir « réussi » l’autonomie des universités ?

Par autonomie, le gouvernement entend surtout transfert du financement assuré jusque là par l’État vers les universités, celles-ci devant trouver elle-même les moyens leur permettant de fonctionner. Ainsi, les partenariats public-privé sont encouragés de façon frénétique pour la plupart des sites universitaires, avec tous les dangers que cette promiscuité entraîne pour l’université publique et laïque. Serait-ce réellement le comble de la modernité si, dans une petite antenne locale, les entreprises du coin se réservaient un droit de regard sur le contenu des diplômes qu’elles finançaient ? Serait-ce vraiment le summum de l’autonomie si une fac assurait le financement des seules filières jugées « rentables » au dépend des autres ?

Autre aspect de la politique en matière d’enseignement supérieur menée par la droite au tapis, les initiatives d’excellence (IDEX). Le but est de financer les universités en fonction de leurs performances, et non de leurs besoins réels, à travers l’émergence de pôles d’excellence. Les grands gagnants devant empocher l’argent du fameux « grand emprunt » dont on est pourtant sans nouvelle depuis bien longtemps… La réalité est tout autre. Le grand emprunt annoncé par Sarkozy, et qui prévoyait un investissement massif en faveur des universités, est en réalité un leurre. Les milliards promis sont en fait placés au grand casino de la finance de marché, les universités ne touchant que les intérêts ! Pire, cette politique de financement à la performance entraîne de fortes disparités entre les universités et les domaines de recherche. L’écart se creuse entre les universités « d’élite » et les autres. Des pans entiers de la recherche jugée non rentable se retrouvent précarisés.

Les étudiants, les agents, les personnels administratifs, les enseignants et les chercheurs subissent tous les effets de la politique catastrophique menée par la droite. Il est temps de mettre un terme définitif aux politiques de désengagement de l’État qui, sous couvert d’autonomie accrue octroyée au universités, organisent leur mise en concurrence et, à terme, la privatisation de l’enseignement supérieur que les intégristes libéraux appellent de leurs vœux depuis si longtemps sans jamais le dire en face du peuple.

Il y a quelques semaines la vice-présidente de la conférence des présidents d’université (CPU) à envoyé une lettre ouverte à celui qui n’était encore que le candidat socialiste à l’élection présidentielle. Elle y interpellait François Hollande afin qu’il prenne position et s’engage sur les questions relatives aux universités. Les électeurs issus de la communauté universitaire votant traditionnellement à gauche, le président et son gouvernement doivent entendre les revendications portées par les syndicats qui composent l’enseignement supérieur, s’il veut obtenir un maximum de suffrages venus des bancs des facs et insuffler ce changement que des millions de salariés, d’enseignants, d’étudiants et de jeunes désirent ardemment. La gauche unie au pouvoir devra, dès les premiers mois de la prochaine législature, démanteler la LRU et mettre fin à la mise en concurrence des universités afin de garantir une université publique et laïque de qualité ouverte à tous.

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