Le drapeau rouge et le rouge du drapeau !

Tout à sa haine des syndicats et de tous ceux qu’il considère comme des obstacles à sa politique de classe, le candidat de la droite a ordonné hier, lors son discours du Trocadéro, au mouvement ouvrier de laisser tomber le drapeau rouge pour servir la France ! Après sa tirade sur le « vrai travail », cette nouvelle provocation d’un Sarkozy courant derrière le FN n’est qu’une banale reprise de la rhétorique du nationalisme contre la gauche et les partageux assimilés à l’Anti-France travaillant à la ruine de notre pays. La date choisie pour cette saillie contre notre camp n’est pas un hasard, elle est lancée le 1er mai, au moment où des millions de travailleurs défilent dans le monde contre le capitalisme et l’austérité. En se réclamant du drapeau tricolore contre le drapeau rouge, Sarkozy veut accréditer l’idée que le mouvement ouvrier est, dans la nation, un corps étranger, extérieur à son histoire et sapant ses fondements. L’accusation est très grave et mérite quelques rappels historiques avant le vote décisif de dimanche contre le président des riches.

Rouge… du sang de l’ouvrier

Commençons par évoquer le beau symbole du drapeau rouge. Signe de ralliement de tous les militants de gauche par-delà les organisations politiques ou syndicales, emblème des luttes de la classe ouvrière pour conquérir et défendre ses droits, le drapeau rouge continue manifestement à effaroucher les bourgeois et les privilégiés. Loin d’être un drapeau de haine, sa couleur rappelle que c’est trop souvent dans le sang, les larmes et la mort que les salariés ont arraché des avancées aux patrons. Jusqu’à la révolution française, le déploiement du drapeau rouge par les forces de l’ordre signifie une intervention policière imminente contre un rassemblement populaire. Le 17 juillet 1791, il est utilisé par la garde nationale avant la sanglante répression des militants assemblés au Champ de Mars, pour réclamer la destitution du traître Louis XVI après sa tentative de quitter la France révolutionnaire. Ce fait historique aurait dû être rappelé à Sarkozy qui, lorsqu’il a lancé sa diatribe antisyndicale, se trouvait à quelques centaines de mètres seulement du Champ de Mars. Dans la première moitié du XIXème siècle, les premiers mouvements socialistes et républicains vont commencer à utiliser le drapeau rouge comme emblème et il fleurit sur les barricades et dans les manifestations pour honorer la mort des camarades de lutte tombés au combat.

En février 1848, lors la proclamation de la IIème République, les insurgés parisiens veulent en faire le nouveau drapeau de la France pour remplacer la bannière blanche de la monarchie abattue. Il faut toute la modération d’un Lamartine pour écarter ce choix de faire du drapeau rouge le symbole nouveau de la République sociale en France. En juin 1848, lors de l’insurrection des ouvriers parisiens contre la fermeture des ateliers nationaux et pour le droit au travail, la répression farouche fera 3000 victimes : le drapeau rouge est massivement présent. Il flotte aussi sur l’Hôtel de Ville de Paris durant toute la durée de la Commune de Paris en 1871. Il sera décroché avec haine après la Semaine sanglante, où des milliers de valeureux soldats de la Commune, meurent avec ce symbole à la main. Ce rouge, vilipendé par l’UMP, est donc avant tout celui du sang des nôtres, de ces milliers de travailleurs vaillants, courageux et fiers face à l’ennemi de classe. C’est ce même drapeau rouge que l’on voit derrière la célèbre photo de Jaurès au Pré Saint-Gervais en 1913. Le tribun socialiste appelle à la fraternité des peuples et à la grève générale contre toute menace de guerre et c’est devant le drapeau rouge qu’il proclame sa haine du militarisme barbare qui conduira l’Europe à la boucherie et aux tranchées.

Lors des luttes ouvrières de 1936 ou lors des grandes grèves des mineurs en 1948 et 1963, il accompagne le combat des nôtres et il est à nouveau la terreur des possédants en Mai 68. Nous n’abandonnerons donc jamais ce drapeau et nous voudrions même qu’il serve encore aux salariés à s’unir pour se mettre en mouvement dès la défaite de Sarkozy.

Drapeau Tricolore et Drapeau rouge ne s’opposent pas

Ensuite, Sarkozy s’est réclamé du drapeau bleu-blanc-rouge pour l’opposer au drapeau rouge du mouvement ouvrier. Là encore, quelle erreur historique ! Nous n’opposons pas, quant à nous, les deux bannières. Elles sont toutes deux des signes de ralliement révolutionnaire que s’est donné le peuple pour combattre ses oppresseurs. Apparues dès 1789, les cocardes tricolores deviennent peu à peu le symbole de la nation française en lutte pour sa souveraineté en ajoutant le blanc, couleur royale, aux couleurs de la ville de Paris, épicentre de toutes les journées révolutionnaires. Alors que la France est en guerre contre la coalition des monarchies européennes qui ont juré sa perte, l’oriflamme tricolore est brandie par les volontaires de l’armée du peuple victorieuse à Valmy en septembre 1792. Deux jours plus tard, lorsque la première république française est proclamée, il est choisi comme drapeau officiel du pays.

Lors de la Restauration monarchique de 1814, le roi Louis XVIII s’empresse de rétablir le drapeau blanc traditionnel avant que la révolution de 1830 ne ramène sur le devant de la scène le symbole des patriotes de 1792. Concurrencé par le drapeau rouge après 1848, détourné de son sens premier par une droite qui abandonne lentement les emblèmes royalistes, le drapeau tricolore n’en reste pas moins la glorieuse banderole des soldats républicains de l’An II en proie aux armées de la réaction monarchiste.

Sarkozy semble l’avoir largement oublié et nous refusons en tous cas de lui laisser le monopole de drapeau bleu, blanc, rouge tout comme nous refusons d’abandonner la Marseillaise, au son de laquelle Lénine de retour d’exil en 1917 est accueilli dans son pays, à Le Pen et au FN. En disciples de Jean Jaurès, nous proclamons qu’ « un peu d’internationalisme, éloigne de la patrie mais beaucoup d’internationalisme y ramène ». Cette belle phrase est une réponse cinglante aux propos du candidat UMP sur l’Anti-France et l’histoire montre que les classes dominantes n’ont jamais hésité à laisser tomber leur patriotisme de tribune dans certaines circonstances où, le peuple faisait irruption, sur le devant de la scène.

Quelle France ?

Pour Sarkozy et sa bande, il faudrait donc laisser tomber le drapeau rouge pour servir la France. Mais de quelle France nous parle-t-il ? Peut-être de celle qui n’avait que les mots d’ordre et de patrie à la bouche et s’est entendue avec les généraux Prussiens pour égorger sournoisement le peuple de Paris qui avait, durant un terrible hiver 1870-1871, enduré toutes les privations héroïquement pour tenir le siège de la capitale face aux armées étrangères ? A moins que l’ancien maire de Neuilly veuille parler de la France des émigrés, de ces nobles effrayés par la révolution de 1789, réfugiés à l’étranger et complotant contre le peuple avec les souverains de Prusse ou d’Autriche. On peut citer à l’homme du Fouquet’s d’autres exemples où sa classe a piteusement trahi sa soi-disante patrie bien aimée : faut-il rappeler comment le patronat français s’est vautré dans la collaboration avec les nazis tandis que mouraient les résistants communistes, internationalistes, juifs, espagnols et antifascistes étrangers du groupe Manouchian, qui avaient le drapeau rouge au cœur tout en vénérant la France de 1789 ?

Pour revenir à des exemples plus contemporains, on pourrait demander à Sarkozy si ses amis du CAC 40 qui placent leur argent dans les paradis fiscaux, fraudent le fisc et n’hésitent pas à délocaliser leurs entreprises en licenciant massivement, « servent vraiment la France » ? Le chômage, la misère et l’exploitation dont ils sont les responsables sont loin de servir les salariés de notre pays. Cette France des gavés de fric, des actionnaires et des banquiers, auto-satisfaite et pleine de morgue pour les travailleurs qui n’ont que leur salaire pour vivre, nous la laissons à l’UMP et nous espérons qu’elle tremble à nouveau à la vue du drapeau rouge.

Notre France, c’est celle que chantait Jean Ferrat, celle qui «  monte des mines et descend des collines, celle qui ne possède en or que ses nuits blanches mais tient l’avenir serré dans ses mains fines ». Elle manifeste avec le drapeau rouge, aime le drapeau tricolore de 1789 et veut débarrasser la France des ignorants et des rentiers qui la pillent et la gouvernent depuis trop longtemps. Notre France se rendra aux urnes en masse dimanche pour glisser un bulletin de François Hollande dans l’urne et se retrouvera à la Bastille, pour fêter sa victoire et le départ de son ennemi numéro un : Sarkozy.

Julien GUERIN (77)

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