L’accouchement ne sera jamais une marchandise !

La vie est un grand paradoxe. Hier soir, dans le 12e arrondissement, les Bluets étaient en fête. Une maternité en liesse dans la France de Sarkozy, on croit rêver ! Dans la France de ce sombre individu, les femmes se terrent pour enfanter. Dans le pays des banquiers et des actionnaires du CAC 40, la voix du service public est forcément atone. Dans le monde de la rentabilité froide des marchés triomphants, le cri de l’humanité aspirant au bien-être ne peut que se perdre dans le néant, dira-ton… Mais l’humanité est complexe, précisément. Bien plus que ne le pensent les fidèles zélateurs de la RGPP et de la loi Bachelot.  Elle ne se résout pas à se mouler docilement dans les cases conçues pour ce faire par d’obscurs bureaucrates qui ont l’orgueil et l’illusion de vouloir régir nos destinées. En vérité, le monde de la périnatalité était en fête hier à Paris, parce qu’il est fondamentalement en colère.

Cette vérité est trop méconnue, mais les Bluets, c’est une maternité modèle qui ouvre les portes de l’avenir. C’est un ilot de salubrité sociale au sein duquel des générations de militantes et de militants ont lutté pour défendre un idéal qui n’a pas de prix : celui de l’accouchement sans douleur. C’est aussi un espace de santé publique qui affirme haut et fort que les salariés peuvent prendre leur destin et leur santé en main, puisqu’il s’agit d’une maternité gérée par les syndicats GCT franciliens de la métallurgie. Les Bluets et ses émules, c’est notre avenir à tous. Ces lieux sociaux d’exception participent du mouvement qui fait entrevoir à l’humanité les perspectives d’un monde débarrassé de la logique du profit. Sauf que la loi du vieux monde, la loi de l’auto-accumulation de la valeur dont parlait Marx, nous prédit un autre avenir : celui du talon de fer de la finance imposant aux femmes du XXIe siècle d’enfanter dans un environnement déshumanisé où la technique prime sur toute présence humaine. L’humanité, qui est en passe d’extirper les derniers vestiges de l’enfantement dans la douleur, est à deux doigt de basculer dans une barbarie tout aussi atroce : la tyrannie de la rentabilité économique qui s’instille dans tous les pores de la société et se niche dans les lieux et les évènements que l’on pensait encore inviolables il y a peu. Les Bluets, qui se faisaient fort d’assister les femmes dans le plus bel acte qui peut nous être donné d’accomplir, est passé en quelques années du statut de maternité humaniste modèle à celui de véritable usine à bébés. Ceux qui voudront voir dans ces lignes un brulot idéologique en seront pour leurs frais. Entre 2006 et 2011, la maternité des Bluets est passée de 1600 à plus de 3000 naissances par an. Sans, évidemment, aucun poste de sage-femme, de puéricultrice ou de médecin créé à cet effet.

Avons-nous de quoi nous réjouir à cette nouvelle ? Les imbéciles et les cyniques feront semblant de se satisfaire de cette hausse sans précédent de la productivité du travail aux Bluets. Mais les lois de la vie humaine n’en seront pas changées pour autant. Les femmes qui mettent au monde des nouveaux-nés auront toujours besoin d’apprendre, dans les première heures de vie de leur enfant, les gestes qui rassurent, les gestes qui sauvent, les gestes qui montrent, plus que tout prêt de carte de crédit, l’amour d’une mère, d’un père, d’un couple, pour son enfant. Les ayatollahs de la « Tarification à l’activité (T2A) » n’en ont cure, mais c’est ce qui fait que l’homme est Homme. Ces salauds peuplant les agences de notation, les fonds de pension et les gouvernements libéraux, sûrement tous nés dans des bas de soie, ne savent pas que l’accueil d’un nouvel être humain n’a pas de coût. Il n’est qu’une chance donnée à l’humanité pour faire toujours mieux. Et nul doute que de dire à ces nouveaux arrivants sur cette bonne vielle terre qu’ils doivent satisfaire aux lois du marché hospitalier et donc de déguerpir au bout de 48 heures du lit qu’ils occupent indûment n’est pas la meilleure façon de leur souhaiter la bienvenue… Car les praticiens sont unanimes. Les Julie, les Virginie, les Irène, questionnées par Cédric Klapisch dans le film qu’il a consacré au combat des Bluets ou participant aux débat de la soirée du 12 avril l’ont dit : une naissance heureuse ne laisse pas de trace – au-delà du simple bonheur ô combien légitime des parents -, mais les carences de notre système de santé suscitent des drames qui marquent trop souvent des vies humaines à jamais.

Hier, à l’espace Reuilly, les Bluets étaient en fête, car ils étaient en lutte. Nous étions plusieurs centaines – professionnels, jeunes couples, militants syndicaux et politiques, citoyens mobilisés – à proclamer fièrement notre attachement à un enfantement accompagné et solidaire, mais aussi à un recours indéfectible à l’IVG en cas de grossesse qui ne peut pas déboucher sur le lien humain le plus beau : celui de l’amour de deux individus pour l’être qui leur advient. Dressés face à ceux qui veulent nous atomiser et nous rejeter tous dans un isolement bien commode, nous faisions société. Enfin, nous n’étions plus seuls ! Plusieurs musiciens classiques, Catherine Ringer et Grand Corps Malade étaient à nos côtés pour faire de ce 12 avril une soirée festive tout autant que militante. Côté politique, toute la gauche était là – PS, FdG, EELV, NPA et LO – pour faire montre de sa solidarité à l’équipe des Bluets et à tous les personnels de santé en lutte pour défendre cet idéal. Signe des temps, un des dirigeants de l’association « Ferdinand Lamaze », émanation de la CGT qui gère avec constance depuis 1945 la maternité des Bluets, s’est vu applaudir timidement, puis à tout rompre, quand il a affirmé qu’il ne souhaitait pas la réélection du président actuel qui n’a cessé de prouver sa haine pour le mouvement syndical autonome, pour les services publics de santé, pour l’IVG et pour l’enfantement accompagné, par définition non-rentable. Il faudra en effet les chasser, lui et sa clique de libéraux et de cléricaux fanatiques, le 22 avril, puis le 6 mai prochain, si l’on veut défendre le droit élémentaire de tous les couples à accueillir leur enfant dans les meilleures conditions qui soient.

Catherine RINGER, Nos maternités

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