Les jeunes et le vote FN : un combat permanent !

Par Johann CESA (42)

Mauvais présage : en 2002, Jean-Marie Le Pen était en tête chez les jeunes à la veille du premier tour. Et on sait ce qu’il advint de la gauche, ainsi que de son principal représentant, au soir du 21 avril. Dix ans se sont écoulés. Rien n’a changé. C’est même pire ! Car les langues se délient… Encore la semaine dernière, quel ne fut pas mon étonnement lors d’une diff’ devant des lycées d’entendre des propos de vieux fachos sortir de la bouche d’adolescents. « On va à l’école, mais ce sont eux -vous aurez compris que j’ai préféré mettre le terme « eux » plutôt que de retranscrire le terme employé- qui vont piquer mon boulot ». « A la CAF, faut voir, c’est le défilé de voiles et ce sont eux qui touchent les allocs » « A la cantine, on ne peut même pas manger ce que l’on veut. » « Rentre chez toi : pour nous, c’est Marine ! » J’en passe et des pires… Qu’ils eussent été proférés par des fils à papa, des gamins friqués pourris jusqu’à la moelle, cela aurait pu à la rigueur se comprendre. Mais, lorsque ces propos rances sont tenus à la sortie des bahuts recrutant essentiellement dans les quartiers populaires, on est en droit de s’inquiéter.

La désintérêt du politique à l’endroit de la jeunesse a fait le lit du Front National. Il n’y a qu’à voir notre matériel de campagne pour comprendre qu’on ne s’intéresse plus aux jeunes. Dans tous les cas, qu’on ne leur parle plus en tant que tels. Pendant des années, nous avons sciemment utilisé deux discours. L’un pour les jeunes « branchés » de centre-ville et l’autre pour les jeunes des cités, en utilisant le groupe de rap local pour faire « djeun’s » et obtenir sans peine notre visa d’entrée. Entre les deux, le néant total. La gauche a littéralement snobé tout une frange de la jeunesse considérée de façon péremptoire comme has been. Quelle erreur massive ! Il faut bien au contraire parler à toute la jeunesse. L’embrasser dans son ensemble et non la segmenter en catégories fumeuses allant des jeunes ruraux aux jeunes bobos. Cette jeunesse a en commun d’être sans statut social, de devoir affronter le marché du travail, de subir la précarité dans tous les domaines. Et surtout, une très large majorité de ces « travailleurs en formation » a vocation à devenir des salariés soumis, comme leurs aînés, à l’exploitation capitaliste.

Unité de la jeune gauche pour mater le fascisme !

Le FN, « premier parti dans la jeunesse » : le phénomène n’est malheureusement pas nouveau. Tout comme le vote ouvrier de droite, il ne date pas de la semaine dernière. Mais il devrait interpeller les organisations de jeunesse de gauche pour qu’elles fassent front commun contre le racisme, le nationalisme, l’homophobie et le repli sur soi. Unité de toute la jeune gauche dès le lendemain des élections pour entamer un travail de fond contre les idées haineuses du Front National ! François Hollande est toujours devant le président-candidat à qui la promotion des idées frontistes doit tant. Jean-Luc Mélenchon est en passe d’être devant la fifille Le Pen au soir du premier tour. Deux candidats de gauche dans les trois premiers, que de bonnes perspectives pour le salariat ! Mais si ce à quoi nous aspirons depuis 10 ans advient enfin le 6 mai prochain, gageons que cette victoire d’un soir ne fera pas oublier les nombreuses défaites subies par le camp émancipateur dans la bataille culturelle que nous menons quotidiennement contre le fascisme. La lutte sera longue et acharnée, mais nous disposerons de moyens qui nous échappaient depuis trop longtemps pour faire reculer la peste brune. Les militants de gauche auront alors pour tâche, partout où ils se trouvent, de réinvestir, au coude-à-coude avec les enseignants et les associations, le champ trop souvent délaissé de l’éducation populaire.

Toutes ces initiatives ne seront pas, à elles seules, suffisantes pour combattre ce virus. Elles ne serviront à rien ou à fort peu si un gouvernement de gauche ne répond pas aux attentes sociales de la jeunesse. Si un bon nombre de jeunes continuent de considérer que « la droite et la gauche, c’est la même chose », alors nous aurons échoué et la famille Le Pen pourra continuer, sur le perron de son château, à se nourrir de la misère sociale, de la déshérence culturelle et de la défiance qu’elles suscitent vis-à-vis des partis politiques et de l’action collective. Redonner de l’espoir et une chance à la jeunesse ne suffira pas. Il faut que promesse soit tenue. Sinon, c’est toute une génération qui sera perdue pour la gauche.

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