Actualité du CERES pour une gauche en campagne

Alors que la campagne présidentielle bat son plein, il peut, à première vue, paraître plutôt surprenant d’écrire sur l’actualité du corpus idéologique d’un courant politique des années 70 et 80. Et pourtant, les grands axes défendus par les militants de cette tendance socialiste demeurent largement susceptibles de mobiliser la gauche actuelle, d’offrir un cap politique solide et des perspectives de victoires sérieuses contre Sarkozy et le capitalisme.

Le CERES, dirigé par Jean-Pierre Chevènement, Didier Motchane et Pierre Guidoni, a joué un rôle très important dans l’histoire du socialisme français de ces cinquante dernières années. Il a rassemblé jusqu’à 25 % des militants socialistes sur son orientation. C’est à lui que Mitterrand doit sa victoire interne lors de deux congrès décisifs pour l’orientation des socialistes : à Epinay en 1971 et à Metz en 1979. En réaffirmant l’impérieuse nécessité de l’Union de la gauche et du programme commun, le CERES a également grandement contribué à la victoire de mai 1981. En 2012, dans un contexte qui rappelle par certains aspects celui de la campagne victorieuse de Mitterrand, le CERES a encore des choses à nous apprendre.

La première d’entre elles est d’ordre stratégique. La seule boussole victorieuse pour gagner est l’union des gauches. Malgré des dissensions profondes entre le PC et le PS de l’époque, les militants du CERES ont toujours eu l’unité chevillée au corps. En 2012, alors que la dynamique politique du Front de Gauche contribue à faire progresser toute la gauche et permet au PS de ne pas céder aux sirènes centristes, nous devons réaffirmer haut et fort un principe simple : l’aspiration des masses à chasser Sarkozy doit conduire toute la gauche à s’unir au soir du premier tour de la présidentielle derrière le mieux placé pour l’emporter. Aucun argument sérieux ne peut conduire à s’exonérer de cette responsabilité immense devant le peuple de gauche et les salariés. Le CERES a toujours voulu adosser cette exigence unitaire préalable à une stratégie qui demeure d’une grande pertinence à l’heure actuelle : la construction d’un front de classe permettant de rassembler une majorité sociale prête à soutenir un projet de rupture. Favoriser le passage de ce que Marx appelait la classe en soi, majoritaire mais éclatée, à la classe pour soi, consciente de ses intérêts et prête au combat est la tâche première de tous les militants de gauche. Alors que 91% de la population est salariée, que 50% gagent moins de 1600 euros par mois, la construction de ce front de classe est en réalité plus simple aujourd’hui qu’il y a trente ans. Les conditions de travail et d’existence de la majorité des travailleurs tendent à s’homogénéiser et les classes dirigeantes, par leurs attaques contre les droits sociaux, unissent paradoxalement cette masse. Cela s’est vérifié lors des grèves de 2010 où salariés du public et du privé ont défendu côte à côte la retraite à soixante ans. Une nouvelle union des gauches devrait être l’expression politique de cette majorité sociale.

Sur le fond, le CERES a toujours, face aux sociaux-libéraux de l’époque, tenu fermement la perspective d’une rupture profonde avec le capitalisme. Confronté à la première crise économique d’ampleur et au début de la reconquête des possédants, le CERES des années 70 a expliqué inlassablement que l’issue à la crise ne pouvait être que socialiste. Construire une économie débarrassée de la dictature des actionnaires et des banquiers, permettant de satisfaire les besoins sociaux en dégageant la production de l’impératif du profit maximum, est d’une actualité brûlante après la débâcle financière de 2008. Nationaliser les banques, reprendre le contrôle démocratique du crédit, soustraire au privé et à l’appétit des rentiers des pans entiers de l’économie (eau, énergie, Télécom, Poste, logement…) sont des idées qui n’ont pas pris une ride en ce début de XXIème siècle. De même, remettre au goût du jour le concept d’autogestion reste pertinent. Une autogestion qui, dans le cadre d’un plan de nationalisation et d’un droit du travail protecteur pour tous, permettrait aux salariés de reprendre la main sur leur outil de travail et de définir ainsi collectivement la production. Le fameux triptyque du CERES (Nationalisation. Planification. Autogestion) offre encore des pistes pour ceux qui veulent en finir avec le libéralisme et tirer les leçons des renoncements de la gauche dans les années 80 et 90. Plus que de simples slogans, ils sont de vraies invitations à l’action et à l’audace. On retrouve la même actualité du CERES sur les questions européennes et internationales. Une constante méfiance devant une construction européenne libérale, tournant le dos aux peuples, une dénonciation implacable de l’impérialisme et de son corolaire atlantiste étaient quelques-uns des points centraux du courant. Là encore, trente ans plus tard, ces idées gardent toute leur force. Face à une Europe autoritaire, niant la souveraineté populaire pour imposer des politiques d’austérité et antisociales sur tout le continent, les idées du CERES donnent matière à réflexion. Il en est de même face aux guerres étatsuniennes contre le terrorisme et autres interventions colonialistes récentes.

Dans l’actuelle campagne électorale et dans la perspective d’un gouvernement de gauche, nous pouvons d’ores et déjà, en nous inspirant du CERES, dessiner les grands axes d’une politique réellement alternative :

  • Une politique internationaliste et anti-impérialiste qui retire la France de l’OTAN et les soldats français d’Afghanistan,

  • Une politique européenne conséquente refusant d’appliquer les directives libérales et menant le combat, en s’appuyant sur les peuples, pour la réorientation de l’UE vers un espace de solidarité et de progrès,

  • Un gouvernement n’ayant pas peur de la mobilisation populaire et s’appuyant sur elle pour avancer,

  • Un gouvernement qui referme la parenthèse libérale de 1983 en remettant à l’ordre du jour l’édification d’une VIème République sociale qui partage les richesses en faveur de ceux qui travaillent.

En 1978, le CERES écrivait : « il faut que cela soit dit et répété : nous pensons que le socialisme ne se décrète pas, qu’il est le fruit d’une lutte, qu’un gouvernement de gauche qui nous rencontrerait pas l’écho au sein de la masse des travailleurs et ne déclencherait pas d’élan d’enthousiasme populaire, n’exprimerait en rien les puissantes aspirations au changement qui se font sentir partout dans le pays ».

En ce mois d’avril 2012, permettre ce changement, c’est d’abord chasser Sarkozy en votant massivement à gauche au 1er tour et en soutenant le mieux placé pour battre l’UMP au second tour, c’est ensuite créer les conditions d’une offensive sociale permettant d’ouvrir la voie au socialisme.

Julien GUERIN (77)

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