L’allocation-autonomie, c’est maintenant ?

 

Par Johann CESA (42)

L’allocation-autonomie est à l’heure actuelle la grande absente de la campagne présidentielle et pourtant, jamais la jeunesse n’a été autant frappée par les sales coups de la droite. Chômage, précarité, inégalité dans l’accès aux soins, au logement, salariat étudiant, stages non payés ou à peine… Les maux de la jeunesse sont connus de tous, mais aucun candidat en capacité à remporter l’élection ne propose de solutions concrètes pour y mettre fin. Les organisations politiques de jeunesse se contentent aujourd’hui de supporter leur candidat sans exiger de lui qu’il satisfasse leur revendications centrales. François Hollande fait de la jeunesse sa priorité. Elle est au cœur de son programme politique. Cependant, il préfère à l’allocation-autonomie que nous préconisons « une allocation d’études et de formation sous conditions de ressources dans le cadre d’un parcours d’autonomie », ainsi qu’un encadrement des stages« pour empêcher les abus » (proposition 39). On pourrait nous rétorquer que l’emballage importe peu et se raccrocher à l’adage « qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse »… Mais la gueule de bois risque d’être douloureuse pour une bonne partie de la jeunesse si la jeune gauche politique et syndicale jette un voile pudique pendant tout la durée de la campagne sur la seule revendication qui unifie ses rangs et qui est à même de mobiliser les jeunes dans leur diversité.

 L’universalité plutôt que le saucissonnage

Il n’y a qu’une seule tranche d’âge qui ne bénéficie pas de statut : la jeunesse. Les jeunes n’ont donc droit à aucune protection sociale (à part la mutuelle pour les étudiants). Seule une fraction d’entre eux bénéficie du système des bourses. Mais ce système est tout à fait insuffisant : il faut être étudiant pour en bénéficier, ce qui ne concerne qu’une partie de la jeunesse. De plus, ces bourses dépendent des revenus des parents ; ce qui implique une dépendance des jeunes vis-à-vis de leur famille. Enfin, l’enveloppe globale attribuée à l’aide sociale étudiante ne dépend que du bon vouloir de l’État, ce qui en fait un système d’assistance au budget d’ailleurs scandaleusement insuffisant. Il s’oppose à celui que nous voulons mettre en place : un système de solidarité. Être en formation, c’est être en incapacité temporaire de travailler et d’avoir un revenu, cela correspond donc à la définition que donne la sécurité sociale d’un « risque social ».

Ceci appelle donc la mise en place d’une nouvelle branche « jeunesse » de la sécurité sociale chargée de distribuer l’allocation d’autonomie pour toute la jeunesse en formation. En effet, nous préférons que la gauche parle à l’ensemble de la jeunesse plutôt que de la segmenter comme le font les gouvernements libéraux. N’offrir qu’aux « jeune[s] déscolarisé[s] de 16 à 18 ans une solution de formation, d’apprentissage ou un service civique » (proposition 37) est à notre sens une erreur. Il n’y a pas d’un côté une jeunesse en apprentissage qui n’aurait pour s’en sortir que le contrat de génération et de l’autre une jeunesse étudiante qui recevrait de l’État un revenu d’assistance. L’apprenti et l’étudiant sont deux salariés en formation qui, quel que soit leur avenir, seront tous les deux soumis -quoiqu’à des degrés divers- à l’exploitation de leur travail productif par le capital sous la férule de la loi de la valeur. Pour unir ces deux salariés en devenir, il convient précisément de ne pas les opposer et de les rapprocher en leur attribuant un cadre statutaire unifié.

Pas d’autonomie sans prise en compte des revenus du jeune

Un flou important demeure dans la proposition 39 de François Hollande. L’allocation d’étude est-elle versée en fonction des ressources des parents ou du seul jeune ? Comment parler de parcours d’autonomie si le montant de l’aide versée au jeune dépend du revenu de ses parents ? Le premier combat d’un jeune socialiste, c’est de lutter contre la reproduction sociale. C’est de remettre en route l’ascenseur social. Le doute doit être levé sur ce point, car nous nous approchons là de la substance de l’allocation-autonomie tel que nous la défendons. En effet, le niveau de l’allocation versée au jeune doit être en grande partie calculé par rapport au montant des revenus de transfert fourni par sa famille. Un jeune ne bénéficiant que très peu ou pas du tout des ressources de sa famille devra avoir une allocation-autonomie bien plus élevée qu’un jeune ayant des parents aisés, et qu’ils le sont d’ailleurs encore plus grâce à la demi-part fiscale. Mettre fin à cette spirale de la reproduction, c’est aussi cela la justice sociale.

On pourrait ajouter à notre propos que l’allocation-autonomie est le seul moyen de lutter contre le salariat étudiant qui renforce l’échec scolaire. Sans oublier également que cette mesure serait indolore pour les comptes publics, puisque elle sera financée par une nouvelle branche de la Sécurité Sociale et impliquera une refonte totale des aides existantes. Autant d’arguments qui vont dans le sens du candidat socialiste dont l’éducation et la réduction des déficits constituent, outre la jeunesse, les grandes priorités.

Rien n’est joué et tout reste à faire. Pour l’instant, le compte n’y est pas, malgré la bienveillance évidente de notre candidat à l’endroit de la jeunesse. Mais qu’importe ! Le salariat n’a pas attendu que la Gauche arrive au pouvoir pour changer la vie. Bien entendu, c’est une condition nécessaire du renversement du rapport de force en sa faveur face au capital ; elle n’est toutefois pas suffisante C’est donc uniquement le scénario suivant qui permettra à la jeunesse de se frayer une issue : placer la gauche en position de force au soir du 1er tour, voter en masse et sans état d’âme pour François Hollande le 22 avril puis le 6 mai afin d’écraser l’ennemi public n° 1 de la jeunesse et arracher ensuite par la mobilisation sociale au gouvernement de gauche issu des législatives de juin cette allocation-autonomie que nous sommes des milliers à appeler de nos vœux.

 

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