La droite au chevet des super-riches

A peine remise de l’exercice de haute voltige exécuté avec brio par Sarko sur la « hausse modérée » du chômage dans un pays qui ne compte pas moins de 5 millions de demandeurs d’emploi, la droite n’a pas pu s’empêcher de manifester au grand jour sa complaisance naturelle pour les milliardaires. Comme le dit le dicton, « chassez le naturel et il revient au galop ». Pour le coup, il s’est même emballé et les proches de Sarko lui ont lâché la bride sans complexe. Moment d’anthologie aujourd’hui sur BFM Business : le ministre de l’économie François Baroin, l’ex-chiraquien classé à gauche de la Sarkozie, a justifié sans fausse pudeur le bonus rondelet de 16 millions d’euros que doit toucher le patron de Publicis, Maurice Lévy. Il a présenté cet hommes d’affaires et de réseaux comme « un immense capitaine d’industrie ». Il faut en trouver des qualificatifs homériques pour justifier de tels émoluments ! « Parce que le milliardaire n’a pas récolté sans peine, il s’imagine qu’il a semé », disait Jaurès dans L’Armée nouvelle. Il oubliait de dire que la capitaliste s’imagine d’autant plus qu’il a semé qu’il dispose de laquais prompts à faire de lui un artisan besogneux…

François Baroin a beau être un serviteur frénétique de l’ordre néo-libéral, il n’en reste pas moins un politique. Il sait que ces foutus salariés sont loin d’être comme lui des supporters zélés du système qui les exploitent. Mais il sait aussi que pour sauver un délinquant du lynchage sur place publique, il faut toujours charger la barque de son complice le moins présentable. Depuis 2008, ce voyou est tout trouvé : il s’agit forcément du spéculateur, l’incarnation du mauvais capitalisme financier qui porte ombrage à cette économie naturelle et humaniste dirigée par des honnêtes hommes comme Maurice Lévy. L’homme d’affaires chevronné, fils d’un intellectuel espagnol antifasciste, n’est en rien comparable à « un trader de 25 ans qui s’en est mis plein les poches et spéculant sur le faillite des autres pour faire sa richesse à 30 ans », a asséné le ministre rallié à Sarkozy pour un plat de lentilles. Puisque l’on vous dit que le « capitaine d’industrie » Lévy est un créateur de richesse forcené qui n’a jamais ménagé sa peine ! Au dire du gendre idéal de Bercy, quand on « a développé un groupe français privé et qu[‘on] l’a développé au niveau mondial », on ne peut pas avoir un mauvais fond. Les super-profits honnêtes de cet industriel modèle n’ont évidemment rien à voir avec la dérégulation de l’économie mondiale et le développement de la finance de marché… Le sympathique Lévy n’a même sûrement jamais croisé un banquier de sa vie, occupé qu’il était à enrichir la France et à créer des emplois…

Mais chez Baroin comme chez tous ses semblables, la ferveur du zélateur laisse rapidement place au froid calcul du politique. Le fringuant ministre a tout de même reconnu que cette annonce « tomb[ait] mal, parce que l’opinion est chauffée à blanc et que nous sommes en pleine présidentielle ». Pour le triste sire de Bercy, il n’y a là qu’une malencontreuse coïncidence. S’il n’y avait pas 5 millions de chômeurs et si le salaire médian en France ne peinait pas à dépasser la barre des 1500 euros net par mois, il ne fait pas de doute que tout le monde applaudirait à cette nouvelle qui prouve le dynamisme de « l’économie nationale »… Et si on l’avait apprise après la présidentielle, c’eût été encore mieux ! Baroin, qui n’est pourtant pas un parangon d’humour, se fout ouvertement de nous en suggérant cela. Il n’y a rien d’indécent dans ce prétendu partage des fruits de la croissance, puisque nos revenus et ceux du fabuleux Maurice Lévy n’ont pas la même source. Leur origine est même diamétralement opposée, puisque nous touchons un salaire et que les « capitaines d’industrie » de Baroin encaisse, sous forme de profits, une portion de la plus-value qui est précisément extraite du travail salarié. Chez nous, on appelle ça l’exploitation, n’en déplaise à l’ex- de Marie Drucker. Nous ne dénonçons pas le système capitaliste parce qu’il est indécent, mais parce qu’il mène le monde à sa perte. Car que fera le besogneux Lévy de son « salaire différé » si ce n’est le placer sur les marchés financiers, main dans la main avec le trader que Baroin vient pourtant de clouer aux piloris pour sauver le soldat Maurice ? Nous voulons assécher la pompe à finance car l’auto-accumulation de la valeur, loin d’airain de l’économie capitaliste, exige toujours des profits supérieurs et donc, par voie de conséquence, une précarisation accrue du monde du travail.

Les socialistes, fidèles en cela aux programmes des autres composantes de la gauche, refusent -François Hollande en tête- de cautionner ce système qui ne parle d’éthique et de morale que quand il se sent menacé dans ses intérêts vitaux. Dans ses « 60 propositions », le candidat socialiste a annoncé que le gouvernement de gauche issu des urnes imposera aux dirigeants des entreprises publiques un écart maximal de rémunérations de 1 à 20. Il faudra aller plus loin et généraliser cette grille salariale dans toutes les entreprises, mais c’est déjà un début. En pleine campagne, le candidat des socialistes a par ailleurs proposé de taxer à 75 % les revenus supérieurs à un million d’euros. Ces deux propositions nous permettent de supposer -sans trop de risque de nous tromper- pour qui l’honnête Maurice Lévy va voter… Et les gesticulations ridicules de Sarko, tentant de faire croire au bon peuple travailleur que le bonus du patron de Publicis a été voté par des actionnaires qui ont « le cœur à gauche », ne changera rien à l’affaire. Il n’y a qu’un candidat des riches : celui qui ne veut pas revenir sur les juteuses exonérations sociales qu’on leur a accordé et sur la quasi-disparition de l’ISF qu’il a personnellement orchestré ; celui qui a détricoté consciencieusement le code du travail et qui a déclaré la guerre aux salariés, à leurs syndicats, ainsi qu’aux médecins et aux inspecteurs du travail. Le salariat, lui, est diverse et il dispose de deux candidats principaux. Malgré la dynamique qui pousse Mélenchon, nous pensons qu’il faudra en priorité voter François Hollande, le seul candidat qui pourra l’emporter et imposer, derrière une majorité de gauche souveraine, une politique de redistribution à même d’avancer vers l’égalité réalisée, c’est-à-dire vers le socialisme.

Il est enfin croustillant de noter que le flop de Baroin n’est en rien un propos isolé. En effet, aujourd’hui même, le premier ministre en sursis Fillon s’est étonné du sort réservé à Patrice De Maistre, incarcéré en début de semaine, foulant au passage du pied l’indépendance de la justice. Il faut dire que Fillon n’est plus à cela prêt. Le gestionnaire de la fortune de Liliane Bétencourt finance assez l’UMP pour avoir droit à ce traitement de faveur. Le premier « collaborateur » de Sarko s’est ensuite rétracté, mais en politique comme partout, ce qui est dit est dit. Baroin, au moins, n’a pas succombé à cette fausse pudeur. Encore un peu de courage, Fillon ! Tu finiras toi aussi par assumer ton ultra-libéralisme ! Toi aussi, tu défendras sans complexe les gagnants dont il faut à tout prix libérer l’énergie ! Mais ce sera sur les bancs de l’opposition et pas ailleurs.

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