Etudiants premières victimes de l’austérité !

L’actuelle crise des dettes souveraines en Europe, issue de la crise financière de 2008, suscite partout son lot de destructions sociales, provoquées par la multiplication à l’infini des plans de rigueurs. En Grèce, en Espagne et ailleurs, la jeunesse est devenue la variable d’ajustement des budgets gouvernementaux. Aux mêmes logiques sont appliquées les mêmes potions qui produisent les mêmes effets : l’austérité amène toujours plus d’austérité. Attaqués non pas d’un bloc, mais les uns après les autres, les systèmes nationaux de protection sociale laissent les populations désarmées et la résignation gagne les consciences autant que l’europhobie.

Aujourd’hui, alors que l’UNEF, le principal syndicat étudiant, revendique à juste titre une politique de relance basée sur l’investissement dans l’éducation, qui passe notamment par la mise en sécurité sociale de la jeunesse, la jeunesse européenne semble résignée à l’avenir qui lui est réservé, avec la précarité comme seul horizon indépassable.

« Les seules batailles perdues d’avance sont celles que l’on a pas menées », nous rétorquerait à juste titre Berthold Brecht.

L’histoire du mouvement étudiant nous montre en effet que c’est au cœur des crises les plus profondes que la jeunesse étudiante du monde entier a réussi à se soulever et à réouvrir la perspective d’un monde meilleur. Un certain Léon Trotski écrivait déjà en 1930, à propos des manifestations estudiantines dans l’Espagne monarchique à l’agonie, que, « lorsque la bourgeoisie refuse consciemment et obstinément de résoudre les problèmes qui découlent de la crise de la société [qu’elle domine …], et que le prolétariat n’est pas encore prêt à assumer cette tâche, ce sont souvent les étudiants qui occupent le devant de la scène ». De même en 1968, alors que certains éditorialistes mal inspirés écrivaient que « la France s’ennu[yait] », c’est la jeunesse étudiante qui a relevé l’étendard d’un mouvement ouvrier divisé et a centralisé l’énergie du salariat de ce pays qui s’épuisait à coups de luttes dispersées et d’émeutes locales.

Plus récemment, en 2011, nos camarades chiliens ont porté, à l’issue d’une mobilisation d’envergure et construite dans la durée, l’espoir d’une amélioration concrète des conditions d’accès à l’enseignement supérieur et d’étude. Nos frères de ce pays martyr de la démocratie et du socialisme ne sont pas tombés, contrairement au PS chilien, dans le piège de l’Union nationale tendu par la droite et la patronat sous la forme de l’alliance historique avec la démocratie chrétienne et se sont battus pied à pied sur la base de leurs revendications : gratuité de l’université, caractère public de l’enseignement, cadrage des diplômes qui en font de véritables protections collectives sur le marché de l’emploi… Cette mobilisation de la jeunesse étudiante chilienne constitue pour nous un modèle et nous pousse à nous interroger sur la construction d’un front étudiant européen contre l’austérité et contre la privatisation de moins en moins rampante de l’université.

C’est uniquement par la construction d’une mobilisation dans tous les pays de l’Union que nous arriverons à briser cette logique morbide de destruction des protections collectives. Au niveau universitaire, nous pouvons structurer celle-ci autour de revendications fortes à même d’imposer une sortie de crise par le haut :

– Fin du processus de Bologne qui casse l’éducation publique.

– Création d’un statut social étudiant au niveau européen.

– Création d’un service public européen de l’enseignement supérieur, gratuit et laïc.

– Cadrage européen des diplômes, afin qu’un diplôme ait égale valeur à Oxford et à Bucarest.

Nous sommes bien conscients que le chemin que nous traçons à tâtons est semé d’embûches et que l’unité de la jeunesse étudiante européenne est encore en projet. Mais nous savons également que les échéances électorales en France et en Allemagne seront décisives pour l’avenir de l’université. Une victoire de la gauche unie dans ces deux pays dans les mois à venir permettrait aux jeunes d’Europe de faire un pas significatif dans la perspective de la reconquête de ce bien commun qu’est l’éducation. L’école n’est pas à vendre, il faut la gagner !

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