Mobiliser le peuple : la mission prioritaire de la gauche !

Alors que s’achève une formidable exposition sur le peuple de Paris au musée Carnavalet, voilà que tous les candidats à l’élection présidentielle se mettent à s’en réclamer. Tous semblent rivaliser d’audace pour se faire les meilleurs défenseurs du peuple. La gauche, dont la fonction historique est justement d’être le porte-parole des aspirations populaires, devrait donc jouer sur du velours dans cette campagne. Il y a cependant plusieurs positions à clarifier pour mettre en mouvement ce peuple de gauche tant invoqué dans les rassemblements mais parfois oublié une fois au pouvoir. La première clarification évidente est de démystifier les projets de Sarko, de Marine le Pen et de Bayrou en montrant que le peuple qu’ils évoquent n’a rien à voir avec celui que nous voulons défendre et représenter.

L’homme de Neuilly en candidat du peuple ?

Le président des riches, ami des Bouygues, Dassault et Bolloré, le valet des bétonneurs et des marchands de canon s’est autoproclamé candidat du peuple ! On se pince pour y croire ! L’ancien maire de Neuilly, l’homme du bouclier fiscal et du Fouquet’s ose tout et prétend s’ériger, depuis son entrée en campagne, en héros du peuple.

En défendant l’utilisation accrue du référendum si par malheur il était réélu, il se situe dans la tradition bonapartiste qui postule que les « corps intermédiaires » sont un obstacle au dialogue direct entre le peuple et le monarque. Les corps intermédiaires ? Un euphémisme pour désigner à la vindicte les organisations syndicales soi-disant irresponsables et jusqu’au-boutistes. Rien que du très classique en somme. Au-delà de cette utilisation plébiscitaire du référendum par une droite en difficulté, sur quoi porteraient les questions potentiellement soumises à référendum ? Le nouveau traité européen ? La convocation d’une Assemblée constituante ? Non ! Il est plus urgent que le bon peuple s’écharpe sur l’indemnisation des chômeurs et les droits des étrangers. Le Che des beaux quartiers a fait ses deux annonces fracassantes dans un journal populaire bien connu dénommé le Figaro Magazine ! Pour Sarkozy et son conseiller Patrick Buisson, ex-journaliste à Minute et Valeurs actuelles, autres organes de presse bien connus des masses populaires, consulter le peuple doit donc permettre de détourner la colère contre l’UMP et son candidat en déplaçant les problèmes sur un terrain glissant. Leur objectif est clair :  briser les intérêts de classe de l’immense majorité du peuple en persuadant certaines de ses composantes les moins politisées que son ennemi n’est pas le capitaliste ni le financier mais le chômeur et l’immigré ! Le premier travail de tous les militants de gauche est de démontrer l’imposture sarkozyste en expliquant inlassablement que les véritables assistés sont les riches, les spéculateurs oisifs qui exploitent le travail de l’immense majorité des travailleurs. Nous devons refuser de nous laisser entraîner dans de faux débats par un président sortant qui découvre le peuple à deux mois de la fin de son mandat, après lui avoir infligé une potion bien amère durant dix ans. La recette de cette pilule empoisonnée ? Cadeaux répétés aux riches, licenciements boursiers en cascade, destruction des services publics et attaques inlassables contre tous les droits essentiels acquis de haute lutte par ce peuple que l’on met aujourd’hui à toutes les sauces. Pour nous, le peuple ce sont les 50 % de salariés qui gagnent moins de 1500 euros par mois, les millions de grévistes d’octobre 2010 qui ont défendu ardemment la retraite à 60 ans, les milliers d’ouvriers de Mittal, Continental, Lejaby et de toutes les usines broyées sous le talon de fer de quelques actionnaires avides de profits, les étudiants et les enseignants qui ont occupé leur fac pendant des mois en 2009 pour dénoncer la marchandisation de l’université, les cheminots, les infirmières, les caissières à qui l’on impose précarité et bas salaires… La liste n’est pas exhaustive car, pour nous, tous ceux qui vivent de leur travail ou aspirent à trouver un emploi stable possèdent les mêmes intérêts sociaux et politiques. C’est aux candidats de gauche à s’adresser à ce peuple qui n’a rien à attendre d’une victoire de Sarkozy et qui subit sa politique depuis cinq ans.

L’héritière de Saint-Cloud en passionaria du XXIème siècle ?

Le Front national relooké à la sauce bleue Marine tente également de se faire l’interprète des attentes populaires en se positionnant comme le seul parti antisystème. Alors que son père n’hésitait pas à poser en photo avec le symbole de l’argent-roi et du libéralisme Ronald Reagan, voilà que l’héritière tente d’incarner la résistance à ce qu’elle nomme l’euromondialisme ! Elle qui a passé sa jeunesse dans un château de Saint-Cloud, loin des problèmes de précarité et de chômage, ne recule devant rien pour se repeindre soudain en passionaria de la cause du peuple. Elle qui n’a jamais mis les pieds dans la moindre manifestation ou usine en grève, préférant fréquenter les cathos intégristes de St Nicolas du Chardonnay, ne peut faire longtemps illusion. Le prétendu virage social du FN n’est qu’un leurre destiné à brouiller les pistes. Marine Le Pen ne parle jamais de redistribution des richesses, de hausse des salaires, ne s’élève pas contre le plan d’hyper austérité qui est en train de mettre à genoux les travailleurs grecs et refuse de se prononcer pour le retour à la retraire à 60 ans. Lorsque François Hollande propose une tranche d’imposition à 75% pour les 0,01% des français les plus riches, elle crie au racket d’Etat. Lorsque Jean-Luc Mélenchon lui rappelle son opposition au remboursement intégral de l’IVG, elle se mure dans un silence qui en dit long. Venant à sa rescousse, son père en est réduit à dénoncer « les voyous communistes » ! En réalité, la campagne du FN est en train de patiner depuis quelques jours. L’essentiel du débat ayant lieu sur les questions sociales, Marine Le Pen ne parvient pas à dissimuler son véritable visage : une candidate libérale, obsédée par la question de l’immigration et en décalage complet avec les aspirations populaires à l’égalité et à la justice sociale. François Bayrou affirme lui aussi vouloir rendre la parole au peuple en panifiant un référendum sur la « moralisation de la vie politique » (rien que ça ?!) dans la foulée de son improbable victoire. Alors qu’il vote le mécanisme européen de stabilité, fait du remboursement de la prétendue dette publique la priorité des priorités et n’évoque qu’efforts et sacrifices, il n’est pas certain que le peuple se sente concerné par ces appels répétés à la sueur et aux larmes.

Pour une gauche populaire !

Pendant que les candidats de droite et d’extrême-droite font de l’agitation médiatique sur le thème du peuple, leurs parlementaires votent en silence un ensemble de mesures visant justement à le bâillonner et à imposer ad vitam aeternam l’austérité aux salariés européens. Le 21 février à l’assemblée nationale et le 28 au Sénat l’UMP a voté en bloc pour ces dispositions qui placent les budgets nationaux sous la tutelle de la Commission européenne et imposent la mise en place de la règle d’or interdisant plus de 0,5 % de déficit. Le vote des représentants du peuple sur le budget de la nation et le libre débat sur l’utilisation de l’argent public ne sont-ils pourtant pas la base de la démocratie ? Faut-il rappeler que c’est sur cette question de la souveraineté populaire que la coupure gauche-droite s’est opérée en 1789, la gauche refusant d’approuver le véto royal au nom justement de la souveraineté absolue de la nation ?! On prétend consulter le peuple sur le droit des chômeurs, pour mieux le diviser, sur la moralisation publique, pour mieux l’endormir alors que les dispositifs imposés par le traité européen en préparation lui enlèvent des parts essentielles de sa souveraineté. De ce point de vue, la majorité des députés socialistes a fait une erreur en ne votant pas contre ces mesures antidémocratiques et visant à empêcher toute politique alternative au capitalisme. François Hollande parle de renégocier le texte en préparation s’il est réélu mais, s’il s’y oppose pleinement, pourquoi ne pas le dire tout de suite en votant contre au Parlement ? Si nous l’emportons le 6 mai prochain, un nouveau gouvernement de gauche, fidèle aux attentes populaires et désireux d’éviter un scénario à la grecque devra consulter le pays sur le traité européen de Sarkozy-Merkel. Si nous voulons conduire une politique favorable au peuple, augmenter les salaires, refaire de l’école et de la santé publique des priorités, nationaliser les banques, annuler partiellement voire totalement la dette dite publique, recréer le droit à la retraite à 60 ans et lutter contre le chômage et la précarité, il faudra s’affranchir de certaines règles européennes, établir un rapport de force et s’appuyer sur les peuples. Un référendum donnerait la légitimité nécessaire à un gouvernement de gauche et permettrait ainsi une intervention populaire et l’implication du mouvement social à une échelle de masse. Etre fidèle au peuple, c’est permettre l’émergence d’une VIème République sociale, laïque et démocratique. Cela commence le 6 mai par la victoire du candidat de gauche le mieux placé à la présidentielle et par une victoire d’une nouvelle union des gauches aux législatives de juin. Cela ouvrirait alors les conditions d’une offensive sociale pour que le gouvernement progressiste issu des urnes reste fidèle aux intérêts du peuple, des travailleurs et de la jeunesse. A nous de créer ces conditions dans les mois à venir, la tâche est rude mais exaltante !

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :