Reprendre l’offensive : une victoire de la gauche le 6 mai ouvrira une brèche dans l’ordre néolibéral !

Par Julien GUERIN (77)

La campagne présidentielle bat son plein, mais depuis plusieurs mois, les luttes sociales s’invitent dans la débat électoral rappelant que la lutte des classes ne s’arrêtent pas le temps d’une élection. Les ouvriers d’Arcelor-Mittal à Florange et les raffineurs de Pétroplus en Seine Maritime se battent comme des lions pour garder leurs usines et leurs emplois, les filles de Lejaby à Yssingeaux sont parvenues à sauver leur boite grâce à une mobilisation exemplaire et populaire tandis que les luttes et les grèves se poursuivent tant dans le privé (Cofinoga …) que dans le public (à la Poste notamment). Des milliers de salariés restent mobilisés pour les salaires, contre la précarité et pour la défense du service public. On ne compte plus le nombre de villages, de quartiers, d’écoles qui se mobilisent contre la fermeture programmée de milliers de classes et la suppression massive de postes dans le premier et le second degré. Ces luttes sociales interpellent les candidats de gauche et attendent des débouchés politiques favorables à leurs revendications. Arnaud Montebourg s’est déplacé plusieurs fois à Lejaby, François Hollande est allé à Florange et recevra prochainement une délégation intersyndicale de l’usine tandis que Jean-Luc Mélenchon invitent les travailleurs en lutte à venir s’exprimer dans ses meetings.

Loin d’être un obstacle, ces mouvements sociaux sont au contraire un point d’appui pour la gauche dont la vocation est de représenter politiquement les aspirations du monde du travail. Elle doit clairement prendre appui sur ces salariés en mouvement pour exprimer des revendications unifiantes : hausse des salaires, nouveaux droits contre les licenciements boursiers, défense des 35h pour lutter contre le chômage, droit à la retraite à 60 ans, plan de recrutement et de titularisation massif dans l’éducation et la santé, reprise en main publique de la Poste, France télécom et constitution d’un pôle public bancaire. Le courage et l’ardeur au combat de milliers de travailleurs doit nous inviter à l’audace et à la confiance. La France est un pays de gauche nous sommes capables d’être collectivement à la hauteur. L’enjeu c’est de mobiliser notre base sociale naturelle en mettant au cœur de notre projet politique la redistribution des richesses. C’est la seule manière d’assécher la finance de marché et d’offrir une issue progressiste à la crise. La gauche doit tirer les leçons des campagnes précédentes ainsi que de ses passages successifs au pouvoir : sans une société mobilisée et des salariés conscients rien n’est possible. Le mouvement social doit permettre de briser certaines résistances patronales pour ouvrir une voie vers la construction d’une société débarrassée de la dictature du capital et des actionnaires.

Autre enseignement important, mais cette fois pour le mouvement social : après une éventuelle victoire de la gauche unie le 6 mai au soir, il ne devra pas baisse la garde. Au contraire, il sera alors temps de repasser à l’offensive. Les luttes de ces dernières années ont été nombreuses et combatives mais elles ont souvent buté sur une droite brutale et décidée à infliger des défaites aux travailleurs pour démontrer qu’aucune alternative n’est possible. Ces mouvements nécessaires mais défensifs ont permis de résister au rouleau compresseur du sarkozysme sans parvenir à en enrayer durablement la mécanique. Avec un gouvernement de gauche, les luttes seront encouragées et des milliers de syndicalistes sont d’ores et déjà prêts à se mettre en mouvement pour pousser la gauche à mettre en œuvre une politique de rupture avec le libéralisme. De ce point de vue, il existe deux situations historiques qui peuvent être érigées en modèle et contre-modèle pour le mouvement social et la gauche au pouvoir : 1936 et 1981. Lors de la victoire du Front populaire, une immense vague de grèves éclatent dans le pays, les travailleurs veulent prendre le pouvoir dans les usines et réclament des mesures fortes au gouvernement de Léon Blum. Alors que le programme du Front populaire se contentait de défendre les libertés démocratiques essentielles menacées par les Ligues fascistes, la grève générale conduit la gauche à aller plus loin qu’elle ne l’avait prévue en accordant la semaine de 40h, des hausses de salaires, deux semaines de congés payés et les conventions collectives. 65 ans plus tard, quelle leçon ! Un mouvement social puissant est un levier pour la gauche au pouvoir en même temps que le syndicalisme a tout a gagné à maintenir son indépendance, quel que soit le pouvoir en place. Le contre-exemple est plus proche de nous : les années 1981-1984. Alors que le gouvernement d’Union de la gauche met en œuvre les mesures prévues par Mitterrand et le programme commun (nationalisations, 39h, 5ème semaine de congés payés…) ouvrant une brèche dans l’ordre capitaliste de l’époque, le mouvement syndical reste largement atone. La CFDT est en plein recentrage idéologique tandis qu’en Henri Krasucki (secrétaire général de la CGT) appelle à cultiver «  son jardin syndical » ! Le contexte politique de l’époque, marqué par le début de la reconquête des possédants et l’offensive libérale de Reagan-Thatcher, aurait pourtant nécessité un mouvement social puissant, permettant à la gauche d’avancer vers la transformation sociale radicale qu’elle avait commencé à mettre en œuvre. En 1983, le Président Mitterrand et ses alliés décident de changer de perspective en ajournant la rupture avec le capitalisme au profit de la construction d’une Europe libérale parée de toutes les vertus. Face à ce tournant, les grandes confédérations se contentent de protestations de pure forme mais n’organisent pas la vaste contre-offensive qui aurait permis au gouvernement de gauche de reprendre l’initiative et de respecter pleinement le mandat populaire de 1981. Rien n’était joué, plusieurs dirigeants socialistes ont réellement hésité à changer de cap en 1983. Un mouvement social prêt à les appuyer aurait pu changer la donne ! De même, en 1984, alors que la droite et le FN mobilisent main dans la main pour la défense de l’école privée, la puissante FEN ( fédération de l’éducation nationale, syndicat qui regroupe alors plus de 50 % des personnels de l’éducation) n’organise pas de riposte suffisamment puissante pour pousser le gouvernement à tenir bon et à mettre en œuvre le grand service unifié et laïque de l’éducation…Ces deux reculs seront fatals à la gauche qui perd les législatives de 1986 en même temps que le syndicalisme commence à reculer dans les entreprises et les services publics. De belles occasions de faire de la France une République sociale et de réorienter l’Europe ont été alors perdues.

En 2012, il faut tenir les deux bouts de la chaine : il est urgent de chasser Sarkozy et la bande du Fouquet’s en votant massivement à gauche lors de la présidentielle et des législatives mais, en même temps, il est nécessaire de maintenir un mouvement social puissant permettant à un gouvernement progressiste d’avancer vers la transformation de la société. Victoire politique le 6 mai, gouvernement et majorité d’union de la gauche, mobilisations sociales massives dès la victoire, voilà notre seul cap pour les mois qui viennent. Le formidable enthousiasme qui naitra de la défaite de Sarkozy sera un détonateur permettant d’ouvrir une nouvelle page d’histoire, à nous d’en être les acteurs !

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