Villepinte clap de fin pour Sarko

Par Johann CESA (42)

Le Sarkoshow de dimanche dernier devait re-relancer la campagne de Sarko qui, malgré ses gesticulations, reste au point mort. Pas de frémissement dans les sondages, le rejet est tel que ses annonces sont sans effet sur la population et que seules les propositions des candidats de gauche font débat. En atteste la proposition de notre candidat François Hollande de taxer à 75 % les revenus au dessus d’un million d’euros qui a complètement éclipsé celle de Sarko visant à une fumeuse augmentation du traitement des professeurs. Encore un sale coup pour diviser le corps enseignant, ils ne sont pas dupes de cette supercherie. Ce qui compte c’est le point d’indice ! Et aussi l’augmentation du nombre de professeurs au moment où des millions de parents d’élèves se battent pour sauver la classe de leurs enfants.

Alors voilà qu’arrive Villepinte. On allait « voir ce qu’on allait voir », annonçait l’état-major de l’UMP. Qu’ils eurent été 30 000 ou 70 000, les spectateurs ont dû rester sur leur faim. Ils s’attendaient à avoir clé en main un programme afin de pouvoir le faire redescendre sur le terrain. Une militant de droite n’est bon qu’à ça. Mais rien de tout cela dans la Sarkozie agonisante. Villepinte a été un triste moment d’auto-congratulation d’un chef de l’État à la veille de son pot de départ. Des vibrants « y’a qu’à, faut qu’on » ont été surclassés par de tristes « maintenant, j’ai compris ». Au moins ce coup-ci, nos illustres aînés que sont Blum et Jaurès n’ont pas eu à se retourner dans leurs tombes. Alors que les lieutenants sarkozystes se sont échinés ces derniers temps à fustiger les socialistes qui n’avaient pas de programme, voilà que leur général n’a aucune stratégie, aucune feuille de route pour mener la mère de toute les batailles. Qu’elle va être dure cette dernière ligne droite pour ses troupes s’ils n’ont rien à dire aux électeurs… La droite va donc utiliser une énième fois l’arme de la peur. Si la gauche revient au pouvoir, c’est le chaos assuré. Ses comparses européens lui ont déjà emboîté le pas en refusant toute réception du candidat socialiste et en rejetant en bloc toute renégociation du traité européen. Heureusement pour la gauche, les chars soviétiques ne sont plus là. Ils ne risquent donc pas de défiler sur les Champs-Elysées. Mais, franchement, qui en a encore peur en 2012 ?

La seule annonce de Sarko, celle portant sur la révision de l’espace Schengen fait déjà un flop. Sarko veut draguer la France du « non » lepéniste en usant de termes frontistes tel « l’Europe passoire ». Mais les journalistes sérieux, ainsi que les candidats de gauche, ont rappelé que la convention, qui a été intégrée aux traités européens depuis 1997, est malheureusement loin d’être laxiste. En vertu de l’article 23 du code, les États peuvent réintroduire des contrôles aux frontières pour une période d’une durée maximale de trente jours, renouvelable en cas de « menace grave pour l’ordre public ou la sécurité intérieure ». Un par-feu nécessaire contre ces fachos d’hooligans, mais Sarko se fiche bien de ces milliers de migrants qui meurent chaque année au pied de la forteresse européenne. 1500 en 2011 entre le Maroc et l’Espagne ce n’est pas assez. « Il faut pouvoir sanctionner, suspendre ou exclure de Schengen un État défaillant comme on peut sanctionner un État de la zone euro » Plaidant pour « un gouvernement politique de Schengen », il a dégainé l’ultimatum : «  si je devais constater que dans les douze mois qui viennent, il n’y avait aucun progrès sérieux dans cette direction, alors la France suspendrait sa participation aux accords de Schengen jusqu’à ce que les négociations aient abouti ». Blague à part, on aurait aimé pareil ultimatum pour casser l’indépendance de la BCE et défendre la taxation des transactions financières ! Schengen est en réalité une maison forte, et encore plus depuis les mesures de 2011 impulsées par Sarko et Berlusconi pour stopper la possible « invasion » des Tunisiens fuyant leur propre révolution. La réforme est plus qu’avancée : pas plus tard que le 8 mars 2012, les ministres de l’intérieur européens ont approuvé les premiers principes de la « gouvernance politique », signifiant une reprise en main par les États au détriment de la Commission. En clair, le discours de Villepinte est vide de propositions. Les dirigeants populistes toujours majoritaires en Europe ont déjà sévi. Les gesticulations sarkoziennes sont donc bien vaines.

Sarko cherchait à Villepinte un second souffle comme le marathonien se bat pour trouver celui qui lui permettrait de franchir la barre des 30 kilomètres. Or, Villepinte fut plutôt la flamme d’une bougie qui, avant de s’éteindre, émet un dernier sursaut. En atteste un sondage IFOP-Europe 1 qui vient le placer en tête au 1er tour pour la première fois mais qui ne résistera pas aux dizaines d’enquêtes précédentes et aux scrutins des 22 avril et 6 mai.  Beaucoup de lumières, de fric et de bruit pour rien. Ce capharnaüm ne sera qu’un coup d’épée dans l’eau. Les attentes du salariat sont à des années-lumières des effets d’annonce de Sarko. Les polémiques sur la viande halal et la convention de Schengen ne font pas parti de leur souci quotidien. Charge donc à la gauche de souffler sur cet écran de fumée.

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