Pour unifier la gauche, il faut un débat public Hollande-Mélenchon (II) !

Suite de tribune de l’Offensive Socialiste parue dans Marianne 2, le 21 février 2012

Ces petites phrases assassines n’ont pas leur place à gauche, car la dynamique unitaire qui se met en branle, si elle présuppose le droit absolu à la critique en son sein, impose que la formulation des divergences soit honnête, c’est-à-dire fondée sur les faits. Cesser les invectives ne signifie pas, à notre sens, se résoudre à un débat aseptisé et conformiste dont le tout-sauf-Sarko serait le sésame, mais au contraire assumer les divergences programmatiques afin de tenter de les aplanir autant que possible. Ce qui nous rassemble est mille fois plus fort que ces petites piques politiciennes. C’est une nécessité impérieuse pour la gauche que d’élever le débat. Et les états-majors l’ont bien compris, eux qui s’ingénient d’un côté à minimiser la portée de la déclaration de Hollande visant à rassurer la City et de l’autre à éteindre la polémique attisée dans les rangs du FdG sur le mépris présumé du PS à l’égard de ses alliés communistes.

Le pas décisif vers un rassemblement de la gauche aurait pu se manifester par un vote commun et unanime, ce mardi, contre le Mécanisme Européen de Stabilité financière (MES). Ce piège grossier tendu par les droites franco-germaniques, qui rend impraticable toute politique de relance par l’avènement d’une « règle d’or » budgétaire, devait être déjoué par l’ensemble de notre camp afin que le gouvernement de gauche issu des élections soit en position de force pour renégocier le traité européen en cours d’adoption. En plus d’imposer une révision scélérate du traité européen, Sarkozy souhaitait diviser la gauche et l’enfermer dans ses contradictions. Alors que Jean-Luc Mélenchon tendait la main aux parlementaires socialistes pour que toute la gauche vote contre, les sociaux-libéraux du PS, désirant approuver le MES, se sont empressés de signer appels et tribunes pour pousser l’ensemble du groupe PS à s’abstenir et ainsi éviter toute percée du non dans les rangs socialistes. Maintenant que les résultats sont là, nous aurions tort de croire que cette opération de division de la gauche ait été totalement couronnée de succès. Bien au contraire, cette vile manœuvre à plusieurs bandes a au final fait long feu. D’abord, les écologistes ont cloué le bec au « ouiouiste » récidiviste, Daniel Cohn-Bendit, suite à l’intervention énergique de Cécile Duflot. Enfin, certains socialistes fascinés par l’Europe libérale ont dû calmer leur ardeur et se cantonner à la position abstentionniste définie par le parti, alors qu’il auraient voté oui des deux mains, comme pour le TCE et pour le traité de Lisbonne, si cela n’avait tenu qu’à eux. Gloire enfin aux 18 députés socialistes qui ont sauvé l’honneur de notre parti en s’opposant au MES avec le reste de la gauche et qui montrent ainsi à notre candidat et aux sympathisants socialistes la voie à suivre pour sortir de l’ornière.

C’est pour toutes ces raisons que nous pensons qu’il est à la fois urgent et nécessaire de confronter nos deux candidats principaux lors d’un débat public. Urgent, puisque les jours qui nous séparent du premier tour commencent à être comptés et qu’un tel débat aurait des effets forcément positifs sur le score cumulé de la gauche, mais aussi sur l’audience respective des deux candidats. Bien plus efficaces que les meetings convenus de l’entre-deux-tours, deux ou trois soirées-débats publiques permettraient de consolider dès maintenant l’unité concrète de toute la gauche et d’enclencher un rouleau-compresseur électoral qui éliminerait « l’original » au soir du 1er tour et « la copie » le 6 mai prochain, sans pour autant subir les pressions d’un centre devenu entre temps moribond, puisque totalement marginalisé par la claire affirmation de l’union de la gauche. La perspective d’un débat public en son sein est également nécessaire pour préparer l’avenir. De la confrontation d’idées, de l’opposition constructive, des avancées programmatiques permettant de construire un plan d’urgence démocratique, sociale et environnementale : voilà ce que désire le peuple de gauche quand celui de droite se complaît dans les luttes de personnes. Ceux qui estiment que la gauche ne peut se payer le luxe d’un débat supplémentaire se trompent lourdement. C’est en débattant sur quelques mesures fortes destinées à devenir les premières de la prochaine législature que la gauche réalisera dans les faits les aspirations idéales et encore confuses de l’ensemble du peuple de gauche. Au lendemain des primaires citoyennes, un appel de cette nature a été initié par Jean-Luc Mélenchon et des blogs de nos camarades du Front de gauche le reprennent depuis. Pour l’heure, même s’il est probable que la perspective d’un tel débat soit majoritaire dans les rangs socialistes, aucun des dirigeants du PS n’est allé dans ce sens. Tous l’ont refusé, et François Hollande le premier en arguant que son « seul adversaire, c’est la droite », et qu’il ne veut pas « [s]e confronter avec un futur allié du second tour ». Mais qui sera au second tour ? La qualification de notre candidat socialiste est-elle à ce point assurée ? Personne ne peut présager de l’avenir.

A ce titre, toute consigne de vote absolue et exclusive nous paraît de plus en plus vaine, puisque le choix des salariés, quoique déterminé sur le fond par des critères objectifs, se formalisera suite à une appréciation individuelle de la situation. Ceux qui privilégient le programme seront sans doute tentés par le vote Front de gauche, tandis que ceux qui placent l’exigence de victoire en tête des priorités opteront majoritairement pour François Hollande. Et personne ne pourra blâmer ni les uns, ni les autres. Nous ne sommes pas de ceux qui culpabilisent le peuple de gauche à coup de slogans du type « vote utile » et nous condamnons en retour les sectaires qui vouent aux gémonies les « traîtres » à la cause qui ne votent pas pour Mélenchon. Nous nous contentons d’affirmer modestement deux choses. Tout d’abord, comme de nombreux camarades de la gauche du PS, nous pensons que ce dilemme légitime entre programme et efficacité politique est finalement secondaire, puisque la réalisation, même partielle, du véritable programme partagé de toute la gauche est subsumée à la nécessité impérieuse de chasser Sarkozy et sa bande du pouvoir. Avec Hollande à l’Élysée, le socle de notre programme commun (retraite à 60 ans, défense des 35 heures, smic à 1700 euros) a au moins des chances d’être mis en œuvre, tandis que nous sommes sûrs qu’il restera lettre morte si la droite repasse pour 5 ans. Notre seconde certitude est la suivante : il faudra que toute la gauche se rassemble derrière le candidat le mieux placé à l’issue du 1er tour et qu’aucune voix ne manque au soir du second pour écraser Sarko et donner au mouvement social toutes les chances de pousser en avant le gouvernement de gauche issu des élections législatives qui suivront. Les arguties tactiques sur le « vote utile » ou sur son corrélat qu’est le « vrai vote de gauche » doivent laissés place nette à cette vérité supérieure : il faudra un Hollande en tête et un Mélenchon bien placé le 22 avril prochain pour se débarrasser définitivement de la droite et avancer vers le socialisme.

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3 Responses to Pour unifier la gauche, il faut un débat public Hollande-Mélenchon (II) !

  1. Vincent Présumey says:

    Je vous communique cet article pour le bulletin Militant en guise de commentaire et de contribution à la discussion. Je précise que cet article a été écrit juste avant de prendre connaissance du votre.
    Salut et fraternité,
    vincent présumey;

    Allons jusqu’au bout avec l’argument dit du vote utile.

    L’argument du vote utile est un grand classique qui, il faut le dire, est efficace car il a des raisons d’être. Il faut battre Sarkozy et barrer la route à Le Pen d’un côté et à Bayrou de l’autre, c’est clair. A partir delà, les partisans les plus à gauche de la candidature de F. Hollande nous disent qu’il faut forcément voter pour lui, au premier tour s’entend, si on veut vraiment battre Sarkozy et éviter aussi un « nouveau 21 avril ».
    Ces derniers jours ont quelque peu modifié cette situation. En effet, deux évènements se sont produits, l’un dans lequel Hollande et sa candidature se sont avérés non seulement inutiles, mais néfastes précisément pour qui veut battre Sarkozy, l’autre dans lequel Mélenchon et sa candidature se sont avérés non seulement utiles et profitables, mais irremplaçables pour toute la gauche.

    Le premier évènement, sur lequel nous revenons plus en détail ci-dessous, est le vote au Parlement sur le double traité d’austérité et de « rigueur budgétaire » de Merkel et Sarkozy. La ligne politique initiale de F. Hollande, mise en œuvre au début du moins par le groupe socialiste à Strasbourg, était de l’approuver. Devant la levée de boucliers à gauche et dans les rangs socialistes eux-mêmes, ils ont opté pour l’abstention, mais afin d’éviter de voter contre. Or c’est un vote contre des élus PS au Sénat qui pourrait infliger une défaite politique frontale et majeure à Sarkozy – et à Merkel. Certes, constitutionnellement parlant, les deux textes pourraient encore faire navette entre les assemblées et au final être votés par la seule Assemblée nationale UMP, mais avec un temps perdu, des coups reçus, des projecteurs braqués, et une délégitimation politique profonde qui, n’en doutons pas, seraient d’une grande efficacité. La décision politique de ne pas affaiblir Sarkozy – et Merkel – est celle de Hollande.
    Voila qui devrait interroger toutes celles et tout ceux pour qui battre Sarkozy est au dessus de tout et imposerait qu’on appelle au vote Hollande quels que soient les problèmes posés : le 21 février à l’assemblée et le 28 février au Sénat, Hollande ne veut pas battre Sarkozy.

    Le second évènement, c’est la soirée sur Antenne 2 avec la confrontation Le Pen/Mélenchon. Comme on le sait, l’héritière dorée a fait celle qui ne voulait pas débattre avec un aussi grossier personnage traité par elle de « leurre » de Hollande. Mais Mélenchon était à l’offensive et l’attaquait sur ses propositions concrètes concernant les femmes et la famille, qui sont autant de belles saloperies, soulignant notamment le fait que le « salaire des mères de famille » qu’elle préconise est inférieur au minimum familial d’une famille de 2 enfants ! Mm. Le Pen baissant la tête, apparut comme faible, ce qui, pour une candidature bonapartiste fascisante, est la pire des choses. Beaucoup de braves gens nigauds votent Le Pen parce qu’il donne une impression de force. Le coup de la « faible femme » n’est pas vraiment dans leur culture. La petite bourgeoisie et les secteurs arriérés de la classe ouvrière vont là où semblent être la force et la protestation. Il est évident que ce soir là, force et protestation étaient du côté de Jean-Luc Mélenchon qui a, ainsi, porté un coup direct au Front national, cela au compte de toute la gauche.

    Ce sont les programmes, les orientations politiques, qui expliquent ce rôle respectif des uns et des autres, pourquoi l’un, contre Sarkozy dont il est le challenger supposé, s’avère mauvais, alors que l’autre, contre Le Pen qui est, père ou fille, l’épouvantail qui apeure les militants les plus conformistes, s’avère bon. Pas les personnalités – l’un n’est pas un flamby qui aurait soi-disant « fendu l‘armure » au Bourget, l’autre n’est pas un matamore, laissons ces considérations à ceux que fascine le présidentialisme de la V° République, mais les programmes.

    Le programme du Front de gauche est un programme réformiste qui contient de vraies revendications. Le socle minima de minima de tout programme de gauche commun, SMIC à 1700 euros, défense et application réelle des 35 heures, retraite à 60 ans, s’y trouve, il ne se trouve pas chez Hollande.
    Chez ce dernier nous avons par contre des éléments qui ne sont pas du réformisme.
    Ainsi de la théorie, qui remonte à juin dernier, selon laquelle les contrats collectifs feraient et déferaient la loi. C’est là du corporatisme au sens historique du mot : association capital-travail, conception organiciste de la société dans laquelle la loi, élaborée par une assemblée souveraine et devant laquelle tous sont égaux, ne prime plus. C’est sur ce point que J.L. Mélenchon s’est livré, à son meeting de Villeurbanne, à une longue explication sur la différence entre loi et contrat, que l’on trouve aussi dans les livres de l’Inspecteur du Travail Gérard Filoche.
    Ainsi de sa conception de la laïcité sur laquelle l’écrivain Henri Pena-Ruiz l’interpelle dans une tribune du Monde (23 février). F. Hollande s’est présenté comme un valeureux laïque en annonçant qu’il allait mettre la loi de 1905 sur la séparation des églises et de l’Etat dans la constitution. Idée au demeurant discutable et qui présuppose d’ailleurs qu’il entend garder cette constitution anti-démocratique, mais passons. Il s’avère en effet qu’il ne veut mettre de cette loi, dans le texte constitutionnel, que l’article 1 – La République garantit la liberté de conscience – et pas l’article 2 – la République ne salarie, ne reconnaît et ne subventionne aucun culte. Et de plus qu’il veut aussi mettre dans la constitution … la garantie du statut concordataire d’Alsace-Moselle au terme duquel les prêtres catholiques, réformés et israélites sont des fonctionnaires payés par nos impôts, et la propagation de l’un de ces trois cultes un enseignement obligatoire, sauf dispense à demander, dans les écoles publiques !

    Conception corporatiste des relations capital-travail, conception cléricale admettant l’inégalité territoriale devant la loi de la laïcité, c’est très fort. Il serait bon que les militants de la gauche du parti socialiste se préoccupent de ces questions.
    Elles ont en effet une conséquence, pour qui est socialiste et sincèrement partisan de réformes démocratiques : c’est l’impossibilité de mettre un signe égal entre les deux candidats principaux à gauche, sur le fond et eu égard à leur « utilité », et donc à l’utilité du vote au premier tour pour l’un ou pour l’autre. Utilité, du point de vue du combat commun pour battre Sarkozy, avant tout, et du point de vue de l’avenir que cette première victoire ouvrirait.

    Cela étant dit, reste le dernier argument, l’ultime argument, l’honnête argument qui tracasse et taraude les consciences de centaines de milliers d’électeurs qui réfléchissent, celui du « 21 avril ».
    Deux mots à son sujet.
    Premièrement, il faut préciser de quoi on parle. On parle d’un éventuel second tour Sarkozy-Le Pen. Justement, après le coup porté par J.L. Mélenchon à Mm. Le Pen l’autre soir, combiné au démarrage à grands coups de grosse caisse de la campagne de Sarkozy, celle-ci au moment présent perd des voix, parmi ceux qui fluctuent entre Sarkozy et elle. Sans compter que la question de ses signatures, qui ne dépend pas des maires mais du pouvoir exécutif, n’est toujours pas tranchée. Le fameux « danger » est donc en train de diminuer, même si on préfère ne rien parier.
    Deuxièmement, imaginons. A l’évidence, le peuple qui a été une fois trompé lors du 21 avril 2002 n’ira pas cette fois voter Sarkozy. Il se préparera directement à l’affrontement, dans les législatives, dans les grèves, dans la rue. Faut-il avoir peur de cette possibilité ? Disons-le franchement, même si cela fait discussion : non, il ne faut pas en avoir peur.
    Tôt ou tard cet affrontement viendra. Un tel «second 21 avril » ne serait précisément pas utilisable par le capital et l’Etat comme l’a été le premier. Les deux candidats en lice seraient aussi illégitimes l’un que l’autre. La légitimité serait dans le total Hollande-Mélenchon (et quelques autres) du premier tour et dans la dynamique d’une société rejetant ces figures répugnantes de l’arbitraire et de la bêtise. Un tel « second 21 avril » est précisément ce qui fait hésiter le pouvoir exécutif à donner ou non cette fois-ci leurs signatures de maires à la famille Le Pen.

    Fermons cette parenthèse, car en réalité les deux candidats Hollande et Mélenchon ne semblent pas baisser quand l’autre monte et inversement, mais plutôt monter ou descendre en même temps, preuve que le réservoir de voix « à gauche », voix ouvrières, populaires, jeunes, qui cherchent une issue politique humaine, sociale et démocratique, n’est pas totalement acquis au fait même de voter, et on le comprend.
    Cette remarque nous éclaire sur une autre utilité, importante, du vote Mélenchon.
    En effet, des secteurs du capital et de la droite sont, sinon résignés, du moins en train d’envisager la défaite de Sarkozy sous la forme de l’élection de F. Hollande. Ils comptent dans ce cas là sur le fait qu’une victoire, qui pourrait être ample, de ce dernier au second tour, pourrait aller de pair avec un total gauche du premier tour faible : le fait est que les candidatures Joly, Artaud et Poutou (s’il a ses signatures, ce qu’en toute sympathie on hésite à lui souhaiter …) ne semblent pas à même de « ratisser large », comme on dit. On pourrait alors expliquer au bon peuple que le rassemblement de second tour sur Hollande serait le fruit du report des voix de Bayrou d’un côté, éventuellement d’une partie conséquente de celles de Le Pen de l’autre. Ce n’est pas d’ailleurs faire du « sectarisme » que de soupçonner Hollande de se préparer à aller dans ce sens après le premier tour.
    Le tout conduirait à une forme d’union nationale à la grecque, pour « rembourser les déficits », avec comme premier objectif d’empêcher une vraie majorité de gauche à l’Assemblée nationale. A l’ombre de cette union pour laquelle Bayrou agit déjà, l’UMP et le FN poursuivraient leur recomposition …
    Plus Mélenchon fera de voix, moins les choses pourront se présenter ainsi, plus la question de l’unité PS-FdG sera réellement posée et bien posée.

    L’unité pour gagner exclut l’alliance avec le capital et la mise en œuvre de son programme. Son programme aujourd’hui, c’est le « remboursement des déficits ». Voila pourquoi MILITANT se prononce simultanément :

    – pour le vote utile et unitaire Mélenchon dés le premier tour,
    – pour le regroupement sans exclusives des militants de gauche afin d’exiger un gouvernement démocratique qui dénonce la dette prétendument publique.

  2. super interessant, issus d’ une revue socialiste , analyse du vote utile,

  3. super interessant, issus d’une revue socialiste…. lisez prenez le temps ça vaut le coup

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