Joyeux noël aux salariés des aéroports : vive leur mouvement de grève !

Par Julien GUERIN (77)

Dans la prétendue atonie des fêtes de fin d’année, la lutte des classes vient de s’inviter à la table du grand festin commercial et consumériste. Comme un coup de tonnerre dans un ciel où tout un chacun est invité, le temps d’un réveillon, à festoyer dans la joie et l’allégresse pour oublier les effets d’une crise sans précédent, la lutte sociale de milliers de travailleurs se retrouve au cœur de l’actualité. Les salariés français des aéroports chargés de la sûreté des passagers et, en Belgique, les cheminots en lutte contre la casse des retraites, viennent rappeler avec force que tout ne va pas pour le mieux dans le meilleur des mondes capitalistes possibles. La lutte des salariés ne connaît pas de trêve, il n’y a pas de répit pour ceux qui luttent et notre solidarité va instinctivement à ces travailleurs qui se battent pour améliorer leur quotidien. Alors que le gouvernement hausse le ton, que le sieur Guéant menace et fait réquisitionner les forces de police pour remplacer les grévistes, la gauche doit réagir et apporter son soutien au mouvement.

Lancée le 16 décembre dernier, la grève dans les agences de sécurité des aéroports français a pris un caractère de plus en plus massif. Le secteur, où règnent en maîtres quelques agences privées sous-traitantes (Brink’s, Sécuritas…), emploie dix mille salariés. La privatisation d’Air France a entraîné le développement de ces structures où précarité, concurrence et bas salaires sont la norme. Les employés du secteur gagnent de 1100 à 1600 euros par mois et travaillent dans des conditions difficiles et stressantes. Le secteur aérien, présenté comme une vitrine de la déréglementation libérale, est en effet devenu un paradis de la concurrence libre et non faussée où l’exploitation des travailleurs est maximale. Cette grève, soutenue par toutes les forces syndicales, rappelle avec force que la question salariale demeure centrale. Elle est la clef de toute politique de redistribution des richesses. Les profits du CAC 40 s’élevaient déjà à quarante-six milliards d’euros pour le premier semestre 2011. Alors que la droite explique sans cesse que les caisses sont vides, que la seule solution est de se serrer la ceinture et que, malheureusement, une partie de la gauche prêche la résignation et la prudence, les grévistes des aéroports ont compris que ce n’était pas la crise pour tout le monde et que c’était toujours au monde du travail de payer. Ils ont trouvé une revendication claire, unifiante et populaire : deux cents euros pour tous ! C’était le même mot d’ordre qui avait enflammé les Dom-Tom en février- mars 2009 et qui pourrait, dès aujourd’hui, servir de drapeau de ralliement à l’ensemble du salariat.

Face à la détermination et la force du mouvement qui entre dans son septième jour, le gouvernement et le Président des riches en sont réduit à faire remplacer les grévistes par des forces de police. A Roissy, c’est 180 policiers et 80 gendarmes qui, sans être formés pour cela, assurent une partie des contrôles de sécurité avant l’embarquement. Les « bleus », réduits à leur rôle de suppôts de l’ordre en place, deviennent ainsi des jaunes des temps modernes. Martiaux, Sarko et le délicieux Guéant viennent de déclarer qu’il n’était pas acceptable de prendre ainsi les Français en otage ! L’UMP annonce vouloir déposer une proposition de loi le 24 janvier prochain pour instaurer un service minimum dans les transports aériens. Des classiques, resservis sur tous les tons lors de chaque grève ! Le patronat du secteur joue le pourrissement pariant sur la division, l’épuisement et la lassitude. Rien que du très classique là aussi. Les négociations semblent au point mort et la détermination des salariés reste, pour l’instant, intacte.

Cette grève s’invite en tout cas dans la pré-campagne présidentielle et vient rappeler à tous la centralité des salaires et de la précarité dans le débat à venir. La gauche, toute la gauche, doit se saisir de l’occasion pour apporter un soutien sans faille au mouvement en cours. Nathalie Artaud (LO), Olivier Besancenot (NPA), Jean-Luc Mélenchon et Marie-Georges Buffet (Front de gauche) se sont déjà rendus sur place pour affirmer leur solidarité et protester contre toute atteinte directe ou indirecte au droit constitutionnel de grève. Les socialistes seraient bien inspirés d’en faire autant. C’est la base sociale de la gauche qui est en mouvement !

Il est du devoir de tous les militants de gauche de rappeler que le blocage est du seul fait du patronat, que les revendications des grévistes sont justes et légitimes, que leur courage et leur ardeur à la lutte nous fait chaud au cœur et nous encourage, plus que jamais, à défendre une autre redistribution des richesses et des hausses de salaires dans le public et le privé.

Salariés des aéroports français, cheminots et fonctionnaire belges, Indignés grecs, espagnols, égyptiens, une seule voie : l’unité et la lutte tous ensemble !

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2 Responses to Joyeux noël aux salariés des aéroports : vive leur mouvement de grève !

  1. Melchior hugo says:

    Le gouvernement, pour essayer de casser un mouvement de grève qu’il jugeait anormal et pourvoir ainsi donner à manger à son électorat le plus réactionnaire, n’a pas hésité, en faisant remplacer les agents des grévistes par des membres de forces de l’ordre, à violer délibérément le code du travail, définissant les conditions de l’exercice du droit de grève : l’article L. 1251-10 interdit le recours à des intérimaires ou à des contrats à durée déterminée pour remplacer des grévistes
    Voilà, comment se comporte « l’État exemplaire » promis par Nicolas Sarkozy au peuple pendant sa campagne de 2007. Au lieu de tout faire pour que la direction des aéroports accède enfin aux revendications des salariés, seule façon pour que le retour à la normal puisse éventuellement s’opérer, Sarkozy, pour flatter son électorat et espérer faire bon coup en vue de l’échéance électorale à venir en se présentant comme le défenseur de la liberté et de l’ordre, a accepté de faire du même coup de l’État, un État délinquant prêt à s’affranchir, lui même, du cadre de la légalité pour satisfaire ses desseins réactionnaires !
    Sarkozy en recourant pour la première fois de l’histoire à des membres des forces de l’ordre a crée un funeste précédent. Il a montré qu’il était prêt à user de méthodes même illégales pour parvenir à ses fins, ici en l’occurrence saboter une grève de salariés revendiquant de meilleurs conditions de travail et une revalorisation salariale en la vidant de sa matière première conflictuelle et la rendre ainsi totalement aseptisé et donc inefficace pour les salariés cherchant à renverser le rapport de force en leur faveur !
    Nous n’oublierons pas cet épisode où l’État a décidé aux yeux de tous de ne plus être une institution respectueuse du droit des travailleurs établi, mais un État voyou piétinant la dignité des salariés en lutte !
    Vive les salariés en grève ! Ne lâchez rien ! Tenez bon !
    Ne croyez qu’en un adage :  » Que nous ennemis nous haïssent, pourvu qu’il nous craignent !  »

    Sarkozy et tous tes rats réactionnaire, dégagez !

  2. BRYCHE says:

    Le Maire de Gonesse soutient les grévistes. D’autres Maires de la zone aéroportuaire peuvent et doivent le rejoindre…
    http://www.ville-gonesse.fr/delia-CMS/article/article_id-6267/topic_id-199/surete-aeropotuaire-le-maire-de-gonesse-soutient-les-grevistes.html

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