Non à l’austérité, non au remboursement de la dette !

riche payentEn cette fin d’année 2011, un spectre hante désormais toute l’Europe, celui de l’austérité généralisée contre les salariés. Depuis la crise boursière et bancaire qui a éclaté en 2008, c’est à une vaste et brutale offensive de la finance et du patronat à laquelle nous assistons. La crise dite des dettes souveraines en est une parfaite illustration. Alors que les États ont fait de la baisse de la pression fiscale sur les plus riches et les grandes entreprises l’alpha et l’oméga de toute leur politique depuis quinze ans, on semble soudain découvrir que les caisses publiques sont vides. Alors que les gouvernements ont aligné des milliards d’euros pour renflouer le système bancaire au bord de la faillite généralisée en 2008, on s’aperçoit que les dettes ont explosé après ce véritable racket organisé. Une litanie monte alors de tous les pays européens : « il faut rembourser cette dette ». Tous les arguments sont utilisés pour persuader les peuples qu’ils doivent payer sans délai des dettes dont ils ne sont en rien responsables. Tous les registres sont employés pour faire passer la pilule. Celui du bon sens : «  mais enfin,  on ne peut vivre au-dessus de ses moyens » mais également celui de la culpabilisation : «  nous ne pouvons faire payer la dette à nos enfants et petits-enfants ». On tente d’inoculer le virus de la peur et de la résignation à tous les salariés d’Europe, et cela dans le seul but de favoriser encore et toujours l’accumulation capitaliste entre les mains d’une petite minorité de parasites sociaux : grands banquiers, spéculateurs de tout poil, PDG de multinationales…

« Il n’y a pas d’alternative » ?

Une seule politique serait donc devenue possible[1], la mère Thatcher semble tenir sa revanche et la morgue des milieux dirigeants à l’égard de toute critique de la politique d’austérité est devenue insupportable. Cette politique prend partout le même visage : celui de la guerre sociale contre le monde du travail. Privatisations massives, licenciements boursiers, baisse des dépenses sociales, hausse des taxes, recul de l’âge de la retraite , gel des salaires : voilà l’amère potion que doivent ingurgiter les travailleurs grecs, italiens, irlandais, portugais, espagnols et français. Fidèle à sa vocation historique de relai politique du capital, la droite européenne s’en donne à cœur joie pour servir ses amis financiers et banquiers. En Italie, en Grande-Bretagne et en France, les gouvernements de droite appliquent cette politique de rigueur avec zèle. David Cameron a chaussé les bottes de Thatcher tandis que Sarkozy continue à se comporter en valet de la bande du Fouquet’s et des agences de notations. Cependant, et c’est bien là que le bât blesse, les dirigeants socialistes et sociaux-démocrates qui gouvernent en Espagne, au Portugal (même si la droite est revenue aux affaires en juin dernier) et en Grèce, prescrivent aux salariés de leurs pays les mêmes « remèdes de cheval ». Un seul horizon : rembourser la dette, et une seule solution : se serrer la ceinture pour que le banquet capitalise puisse continuer. La capitulation des socialistes grecs, espagnols et portugais devant les exigences des marchés et des spéculateurs est lourde de conséquence mais elle vient malheureusement de loin. Depuis vingt ans, la social-démocratie européenne est en crise et en panne de projet. Elle ne parvient même plus à dissimuler son social-libéralisme par quelques réformes favorables aux salariés. La chute de l’URSS et des systèmes bureaucratiques en Europe de l’est, qui aurait dû donner un souffle nouveau au socialisme démocratique, a précipité le ralliement de beaucoup de partis socialistes européens au libéralisme présenté comme la fin de l’histoire. Alors qu’une majorité d’Etats de l’UE étaient, dans les années 1990, gouvernés par des socialistes la nécessaire convergence sociale et fiscale (sur les droits les plus favorables) n’a pas avancé d’un iota. L’offensive blairiste a gangréné la majorité des partis socialistes européens qui, confrontés à la plus grave crise du capitalisme depuis 1929, se font les élèves appliqués des politiques dirigées contre leur propre base sociale ! Quand François Hollande, candidat socialiste à la présidentielle, déclare vouloir donner « du sens à la rigueur », il s’inscrit déjà dans le cadre de cette prétendue seule politique possible.

Une offensive contre la souveraineté des peuples

L’austérité est coordonnée par les institutions de l’Union européenne qui, à coups de diktats comme le pacte pour l’euro, opère un véritable coup d’Etat financier. En prônant la « règle d’or budgétaire », en mettant les budgets nationaux sous tutelle d’une instance non élue comme la commission de Bruxelles, les dirigeants européens font passer par la fenêtre ce que les peuples ont rejeté nettement par la porte, à travers par exemple les référendums français et hollandais de mai 2005 sur le traité constitutionnel européen. Constitutionnaliser la rigueur contre les salariés, rendre légalement impossible toute alternative socialiste à la crise est le but véritable de cette négation de la souveraineté populaire. On l’a encore vu lors de l’annonce du référendum sur le plan d’austérité en Grèce. Le duo Merkel-Sarkozy, avec l’appui de l’UE et du FMI, sont parvenus à faire plier le gouvernement grec qui a fait machine arrière. La gauche, dont l’acte de naissance en France est l’affirmation de la souveraineté absolue du peuple sur la noblesse, est en train de se renier dans toute l’Europe en se faisant l’exécutante servile du remboursement d’une dette publique dont les travailleurs ne sont en rien responsables. Cette communion de la droite et d’une partie de la gauche autour des vertus de la rigueur économique et salariale provoque aussi une montée des solutions politiques autoritaires mises en avant par une extrême-droite européenne relookée. En refusant d’affronter franchement la logique libérale, les sociaux-démocrates font le lit de ces partis nationalistes qui alors beau jeu de se poser en seule alternative contre le système. Détourner la colère populaire contre le système capitaliste vers la haine de l’étranger a toujours été la fonction de l’extrême- droite dans l’histoire. Les gouvernements d’unité nationale qui s’annoncent en Italie et en Grèce ne vont rien arranger. Les responsabilités du mouvement ouvrier et de la gauche sont immenses.

S’appuyer sur les résistances populaires pour construire une alternative socialiste

Il existe des moyens pour inverser la tendance, refuser le chantage des marchés financiers et mettre en œuvre une politique en faveur de ceux qui travaillent. Le mouvement des Indignés qui, dans la foulée des révolutions arabes, a déferlé sur l’Europe, est une première réponse à la résignation. Des millions de jeunes, de salariés, d’intellectuels descendent dans la rue, occupent les places publiques pour dénoncer la rigueur et défendre une véritable démocratie où les élections ne se réduiraient pas à choisir le soldat le plus zélé du libéralisme. Ce mouvement, qui a débuté en Europe, a fait des émules en Israël et même aux États-Unis, où des milliers de syndicalistes et de travailleurs prennent directement pour cible la bourse de Wall-Street. Ces Indignés sont un point d’appui pour tous ceux qui veulent vraiment construire une alternative à l’austérité. La force de ces mouvements réside dans leur indépendance et leur volonté de faire du neuf mais leurs faiblesses sont aussi d’ores et déjà visibles. Au contraire des grèves et des mouvements revendicatifs plus traditionnels, ils ne gênent pas vraiment le système en place car ils demeurent avant tout déclamatoires, quand bien même leurs mots d’ordre sont justes. De plus, ils manquent, pour l’instant, d’un authentique débouché politique majoritaire capable de mettre réellement en œuvre leurs revendications sociales et démocratiques. Aux côtés de ces Indignés, nous devrions être comme des poissons dans l’eau, en travaillant à la définition d’un projet tournant le dos au social-libéralisme, et capable d’incarner un espoir pour tous ceux qui ne parviennent plus à vivre dignement de leur travail.

La première condition est de refuser la légitimité même des dettes publiques et d’expliquer inlassablement que ce sont les libéraux qui les ont creusées délibérément pour imposer l’austérité à vie à tous les peuples. La seconde condition est de mettre au cœur de nos axes politiques la redistribution des richesses, qui est en réalité la seule manière d’assécher la finance de marché. Refuser l’austérité donc la dette dite publique, redistribuer les richesses en augmentant les salaires et les impôts des plus riches, dompter la finance en nationalisant le système bancaire et en mettant fin à la religion du libre-échange généralisée,et redéfinir la démocratie en mettant en avant la perspective d’une Constituante,seraient des  pistes pour redonner aux salariés l’envie de se battre. Ce serait alors créer les conditions pour que la gauche reprenne le combat pour la construction d’une République sociale. Des choix politiques clairs doivent être faits, les gauches européennes et françaises ne peuvent servir à la fois les marchés et les peuples, les multinationales et les salariés, elles doivent fermement redevenir, sous peine de sombrer, les porte-paroles intransigeants de ceux qui aspirent à une autre société, démocratique et socialiste.

Julien GUERIN


[1] Lire le dernier livre de Gérard Mordillat et BenardRothé,Il n’y a pas d’alternative : trente ans de propagande économique, Paris, Seuil, 2011.

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