En Grèce, referendum populaire ou plébiscite réactionnaire ?

grècePanique ! Chaos ! Coup de poker ! Confusion ! Krach ! Tout y passe pour signifier la stupeur qui saisit ce matin les éditorialistes bien-pensants suite au coup politique que vient d’asséner à son corps défendant Papandréou aux libéraux européens, en annonçant son souhait de consulter le peuple grec sur la question du plan de sauvetage de l’euro. Le Figaro, organe de presse sarkozyste s’il en est, allant même jusqu’à accuser Papandréou de « mettre l’euro en péril » à lui tout seul… Les bourses se sont déjà affolées et les banques continuent à perdre gros aux jeux du casino dont elles avaient pourtant inventé les règles, tout en prônant évidemment la « dérégulation » qui laisse libre cours à la « main invisible » du sacro-saint « marché ». Loin de nous de vouloir défendre le prétendu « socialiste » Papandréou qui continue de saigner aux quatre veines les salariés grecs, et qui de toute façon défendra ce plan de sauvetage, mais il nous semble important, malgré et contre la politique néo-libérale menée par le Pasok depuis 2009, de saluer ce formidable pied de nez adressé au tandem de forcenés Sarko-Merkel !

Une victoire pour le peuple grec

Des mois et des mois qu’ils se mettent en grève régulièrement, qu’ils subissent les multiples plans de rigueur de la troïka BCE-Commission Européenne-FMI, qu’ils essuient les pires quolibets venus du monde entier ; les salariés grecs vont pouvoir prendre leur revanche. Ce referendum ne règlera pas automatiquement leurs problèmes socio-économiques, mais il apparait aujourd’hui comme une bouffée d’air démocratique pour un peuple à qui l’on promettait déjà un gouvernement d’union nationale entérinant illico le plan de sauvetage européen, malgré les des centaines de milliers de manifestants qui réclament inlassablement des législatives anticipées. Seules élections capables de renverser ce gouvernement dit « social-démocrate », devenu le toutou docile des marchés financiers, et de permettre à un nouveau Premier Ministre d’avoir une réelle légitimité démocratique pour affronter les diktats des délinquants de la finance de marché. Ce referendum n’est qu’une première étape pour permettre à la Grèce de sortir de sa crise politique. La crise sociale, elle, va perdurer encore un bon moment…

Vers l’Europe fédérale, enfin… ?

Ce referendum -s’il a lieu, puisque le gouvernement Papandréou s’est soumis à un vote de confiance ce vendredi- peut devenir le point de départ d’une prise de pouvoir par les peuples européens. Il ne faut pas se satisfaire passivement de l’annonce de ce referendum, qui ne préjuge pas des conditions dans lesquelles le scrutin va se dérouler. Il convient au contraire de se saisir de cette opportunité pour définir une autre Europe en réclamant la tenue de consultations similaires dans tous les pays de la zone euro pour savoir si, oui ou non, les peuples sont prêts à digérer les plans de rigueur imposé d’en-haut. Contrairement à ceux d’en face, nous ne craignons pas de tels moments de vérité, car nous connaissons déjà la réponse objective que chaque nation crachera à la figure de ses prétendus « dirigeants ». Après cela, la brèche sera ouverte. Les rentiers et banksters n’auront qu’à décamper. Il sera facile de faire désigner dans tous les pays européens des députés à une Assemblée Constituante souveraine sur les bases du refus du système libéral. Pas une Europe marchande, seulement soucieuse de l’inflation et du respect de la concurrence, forcément « libre et non-faussée ». Une Europe sociale. Une Europe des peuples. Une Europe démocratique. Une Europe fédérale. Telle est notre position dans la période ouverte par le soulèvement hellène.

Un énième tour de passe-passe politicien ?

Mais, du côté des oligarques européens, du gratin dont le « camarade » Géorgios fait indubitablement partie, pourquoi ce referendum ? Et, surtout, pourquoi maintenant ? Pourquoi recourir aux urnes alors que les 17 pays de la zone euro ont topé la semaine dernière pour valider cet accord ? Tant de questions légitimes qui ne trouveront leurs réponses que dans le cerveau de Premier Ministre grec et de ses conseillers… On peut toutefois risquer une réponse unique à toutes ces interrogations : Papandréou veut se sauver politiquement. Car il faut prendre conscience que nous avons affaire à un Premier Ministre qui doit jongler avec une Troïka intransigeante, un peuple affamé, un pays sous le feu nourri des spéculateurs, un parti politique qui se prépare psychologiquement à se prendre une fessée historique aux prochaines élections, mais aussi à des collègues qui refusent, au sein de son gouvernement, d’appliquer la rigueur et à une majorité parlementaire qui ne tient plus qu’à deux sièges… A l’esprit tourmenté de ce médiocre rhéteur hellène est revenue la célèbre locution latine, inspirée d’une fable de son ancêtre Ésope, hic Rhodus, hic salta (« Voici Rhodes, c’est ici qu’il faut sauter »). Pour le pauvre Géorgios, il était temps de regarder la vérité en face et de l’affronter. Il ne restait pour lui que l’option referendum. Une carte certes risquée, mais la seule que ce politicien retors puisse encore jouer.

La semaine dernière, on a eu le droit à Sarko qui sauve le monde ; les Grecs ont, eux, un Premier ministre qui se bat seul contre le chaos, tel un Saint-Georges des temps modernes protégeant de son bouclier et au risque de sa vie ses ouailles des flammes crachées par le dragon ! Dans tous les cas de figure, Papandréou espère sortir la tête de l’eau en apparaissant comme le seul responsable politique ayant permis une consultation citoyenne. S’il l’emporte grâce à une traduction grecque maladroite du There is no alternativ cher à « Maggie », il retrouvera grâce aux vertus plébiscitaires d’un tel scrutin une légitimité politique perdue il y a bien longtemps -les graffitis en attestent à chaque coin de rue dans la capitale grecque !-. S’il perd, il pourra s’en aller comme un prince et espérer, après une courte traversée du désert et un livre de confidences bien senti, revenir au pouvoir dans quelques années comme il en a pris l’habitude par le passé. Comme si les mêmes combines politicardes pouvaient se répéter inlassablement et faire fi du murissement de la révolution hellène !

Des lendemains qui déchantent?

Comme Sarko l’an prochain, Saint-Georges Papandréou veut se servir de la crise pour sauver sa tête. Pour lui, comme pour sa classe, quoi de mieux que de mettre la pression sur tout un peuple pour asseoir sa légitimité démocratique ? Tricher aux élections, n’est ce pas la marque de fabrique d’une bourgeoisie aux abois qui a joué toutes les cartes « légales » dont elle disposait ? Tous les tenants du système capitaliste, de l’apprenti-économiste du Point à Manuel Barroso, en passant par Sarko et sa bande du Fouquet’s, tous vont nous expliquer que c’est soit la rigueur, soit la mort à coup sûr. Souvenez-vous du referendum sur le TCE en 2005 : les journalistes -et certains des nôtres- de nous traiter de « nationalistes » ou de « fascistes », le grand-prêtre Cohn-Bendit d’annoncer l’apocalypse à grand renfort de simagrées théâtrales et Chirac de nous expliquer que nous serions les moutons noirs de l’Europe si le « Non » l’emportait. A coup sûr, ils vont refaire le même coup au peuple grec. Le G20 qui arrive sera d’ailleurs le meilleur des prétoires pour asséner leur rengaine. Mais notre camp a lui-aussi une mémoire. En 2005, dans les manifestations contre la casse de leurs retraites, les salariés grecs avaient clamé que « le non français sera[ient … leur] non ». En 2011, c’est à eux de porter majoritairement ce mandat. Et de même que la flamme du non au libéralisme ne s’est pas éteinte au vent du pathétique soufflet de la « France d’après », le non hellène ne saura être dupe de l’austérité de « gauche ». Les Grecs doivent s’inspirer fortement des leçons des « Non » de 2005, tant les analogies entre ces consultations sont nombreuses. A Athènes, comme dans l’hexagone et dans toute l’Europe, il faudra tout faire pour éviter des lendemains qui déchantent, comme l’a illustré l’infâme Traité de Lisbonne effaçant d’un trait de plume la décision souveraine des peuples néerlandais et français.

Enfin, attendons de voir comment sera posée la question lors de cette consultation. « Voulez vous oui ou non subir le plan de rigueur du FMI et des instances européennes pour sauver l’Euro ? » ou « Voulez vous oui ou non que notre nation refusent l’aide européenne pour sortir de la crise ? »… Les salariés grecs seront pris dans un étau qui  les poussera de toutes ses forces dans les bras d’une droite radicalisée et tentée par une issue autoritaire. Le bon vieux temps des Colonels n’est pas si loin dans maints esprits nostalgiques…

Bien malin celui qui peut connaître aujourd’hui les conséquences de la tenue du referendum à venir. Le peuple hellène a entre ses mains le pouvoir de choisir. Qu’il s’agisse d’un choix manichéen n’empêche pas qu’ils aient tout de même le choix. A nous de soutenir nos frères grecs de toutes nos forces afin de pouvoir ensuite transformer l’essai. Le referendum grec peut et doit se transformer en révolte citoyenne à l’échelle du continent tout entier. A ce titre, le seul mot d’ordre unificateur est « annulation de la dette publique, qui n’est en réalité ni publique, ni une véritable dette » ! C’est en s’opposant frontalement à la finance de marché, aile marchante d’un capitalisme qui n’en finit pas de chuter, que notre continent pourra enfin s’élever au rang de libre union des nations européennes souveraines. C’est en détruisant la division en classe qui travaille chaque peuple et en tendant la main aux opprimés de tous les pays du continent que nous pourrons tourner le dos à cette ébauche d’Europe -celle du fric et des banquiers- et construire la seule Europe viable : les États-Unis socialistes d’Europe. Sous les coups de boutoir du peuple grec et des salariés européens, les bourses s’effondrent : c’est déjà un signe…

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One Response to En Grèce, referendum populaire ou plébiscite réactionnaire ?

  1. Pierre-Jean L'Huillier says:

    Les termes Europe des peuples et fédéralisme sont opposés…

    Gros soucis en plus, l’Allemagne ne veut pas de fédéralisme européen… et oriente naturellement son hégémonie ver l’Est de l’Europe… la France ne lui sert qu’à être sa caution Européenne. Elle nous lâchera dés lors qu’on ne lui sera plus utile.
    Savez vous que l’Allemagne réimprime des Marks, transition vers une nouvelle monnaie l’Euro du Nord?

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