Wauquiez et Copé en guerre contre les bénéficiaires du RSA

Le « cancer de la société française » : c’est ainsi que Laurent Wauquiez, ministre en charge des affaires européennes, qualifiait le 8 mai sur RMC les franges les plus précarisées du salariat. Dans un entretien à « La voix du Nord » de ce mardi, Jean François Copé reprend pour son compte cette proposition. Le gouvernement Sarkozy nous avait habitués aux dérapages en tout genre et aux petites phrases chocs suscitant indignation à gauche et embarras dans les rangs de la majorité..Après s’en être pris aux citoyens d’origine étrangère et aux jeunes des cités, cette fois, c’est aux plus pauvres que le gouvernement s’attaque. Laurent Wauquiez ne propose rien de moins que de revoir en profondeur notre système d’aide sociale, coupable selon lui d’entretenir le chômage et de « coûter » beaucoup trop cher à l’État.

« Tous ces assistés qui plombent la croissance, ces fainéants qui ne travaillent pas et qui cumulent les aides sociales, il est temps d’en finir! ». Mr Wauquiez souhaite mettre un terme à cette situation en supprimant le cumul des aides sociales et  propose de faire travailler 5 heures gratuitement les allocataires du RSA, soit plus de 1,8 millions de salariés. Pour Copé, les bénéficiaires du RSA devront faire entre 5 et 10 heures « d’activités d’utilités sociales » sous peine de voir leurs ressources diminuées. Dernière mesure, le minimum vieillesse ne serait accordé aux étrangers que s’ils déclarent avoir travaillé au minimum 5 ans sur le territoire.

La droite continue ainsi sa politique de stigmatisation et de casse sociale avec comme objectif de diviser les travailleurs. La droite sait qu’elle ne pourra espérer remporter la prochaine élection présidentielle qu’en jouant sur la peur et en désignant des boucs-émissaires. L’objectif est bien connu : diviser pour mieux régner. Diviser les salariés entre eux, créer l’illusion d’une divergence d’intérêts entre ceux qui travaillent pour gagner à peine de quoi s’en sortir et ceux, de plus en plus nombreux, qui, exclus du marché du travail ou dans l’incapacité de vivre de leur salaire, bénéficient d’aides sociales. Bref, opposer les salariés aux chômeurs. Cette attaque est révélatrice de la volonté du gouvernement de démanteler le système de protection sociale français, et de finir sont travail de libéralisation de la société. Cette intervention, bien que désavouée par une partie du gouvernement, permet à la droite au pouvoir d’amorcer la campagne présidentielle. Le ballon d’essai du mois de mai de Wauquiez sera-t-il transformé en juin par Copé? Fillon fait mine d’être contre mais nous sommes, depuis 2007, fort habitués à ce que les « écarts de langages » se transforment en articles de Loi.

A un an de la présidentielle, la droite s’engage dans la bataille des mots. En parlant d’assistanat Laurent Wauquiez ne commet pas une erreur de formulation, au contraire, il participe au développement de l’idéologie dominante qui veut que l’on ne parle plus de cotisation sociale, mais de « charge », ni de protection sociale, mais d’« assistanat ». Les mots ont un sens et la droite le sait très bien. Laurent Wauquiez, en parlant d’assistanat, sous-entend implicitement qu’un chômeur ou un bénéficiaire du RSA se complaît dans sa situation et que notre système d’aide sociale maintient cette situation. C’est le retour d’un des dogmes libéraux les plus éculés : la notion de chômage volontaire. Pour les libéraux, le chômage est dû au fait que les individus sont amenés à faire un choix entre leur temps de travail et de loisir. Si les individus ne trouvent pas d’emploi, c’est parce qu’ils demandent un taux de salaire supérieur au taux de salaire d’équilibre du marché. Ils sont donc rationnellement conduits à faire un calcul « coût/avantage » entre les avantages du travail (le salaire, la sociabilité) et ses désavantages (le coût des transports, le renoncement au loisir, la perte d’éventuelles aides sociales) et décident alors volontairement de rester sans emploi. Plus simplement, les gens sont au chômage parce qu’ils n’acceptent pas les conditions du marché et préfèrent ne pas travailler tout en restant entretenus par l’État.

Cette analyse est bien sûr erronée. Si nous sommes aujourd’hui face à un taux de chômage si important, c’est en raison de la nécessité qu’a le capitalisme d’entretenir une armée de réserve, ainsi que de la violence de ses crises cycliques, bref, du sur-travail qu’il impose à une partie des salariés. Non en raison d’un manque de volonté des chômeurs.

Le rôle de la gauche sera de remporter la bataille idéologique en s’attaquant aux dogmes libéraux. Elle devra également mener une véritable politique d’emplois, ce qui passe par la réduction massive du temps de travail et le retour aux 35h réelles.

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