6 ans après le 29 mai

Par Jean-François CLAUDON (75)

Pour certains jeunes camarades, c’était un combat d’un autre siècle. Pour d’autres -pas beaucoup plus vieux pourtant !-, c’est comme si c’était hier. Il y a 6 ans presque jour pour jour, le 29 mai 2005, le Traité Constitutionnel Européen était rejeté par plus de 55 % des Français. Mieux, le non avait finalement séduit près de 60 % des électeurs socialistes, environ 70 % des employés et même 80 % des ouvriers. Et après, on va nous expliquer que c’est la fin des idéologies et que les classes sociales n’existent plus ! Au contraire, c’est bel et bien notre camp social qui s’est soulevé ce jour-là pour dire enfin explicitement son refus du libéralisme en Europe. Se souvenir aujourd’hui, au moment où la campagne contre le droite et le FN vit son 1er jour, de cette date-clé dans l’histoire de la gauche, c’est comme prendre un bain de jouvence militante, n’en déplaise à ceux qui refusent, aujourd’hui comme hier, de se jeter à l’eau !

Quelle belle campagne ont constituée ces 6 mois de militantisme acharné, entre la fin de l’année 2004 et ce joli mois de mai 2005 ! Bien sûr, les 3 courants gauche du PS de l’époque (Nouveau Monde, NPS et Forces Militantes), rejoints alors par les amis de Laurent Fabius, avaient officiellement perdu le référendum interne au soir du 1er décembre 2004. Mais les tenants de l’Europe libérale avaient déjà perdu sur un point : on avait commencé à débattre publiquement de l’Europe dans ce pays. Les salariés s’étaient, qu’on le veuille ou non, emparés de la question. L’Europe sortait enfin du champ de l’évidence et des discussions d’experts pour devenir une question politique sur laquelle par définition tout le monde avait son mot à dire.

Alors, en tant que socialistes, nous avons été des milliers à affirmer que nous ne pourrions nous taire dans ce débat de société qui s’entrouvrait. Nous ne pouvions pas ne pas être de ce combat. Il fallait choisir son camp. Nous avons donc pris parti, contre ce qui apparaissait alors comme la voix majoritaire de notre parti, et nous avons rejoint le « non de gauche ». Là, nous étions avec les nôtres ; là, nous étions avec notre classe ! Une vérité s’est alors établie progressivement au point de devenir une évidence éclatante dans les dernières semaines de la campagne : c’était le « oui » qui divisait la gauche et le « non » qui ressoudait ses rangs. Nous étions au coude-à-coude avec nos camarades communistes, écologistes, trotskistes, libertaires et associatifs au moment même où un certain François Hollande faisait la une des journaux main dans la main avec Sarkozy…

En ce printemps 2005, on parlait politique partout. Au bistrot, dans les boîtes, sur les bancs de la fac, dans les transports, en famille… Partout ! Combien sommes nous à avoir entendu des déçus de la gauche affirmer que c’était la première fois qu’ils participaient à un meeting depuis bien longtemps et qu’ils commençaient à y croire de nouveau, comme en 1981 ? Combien sentaient se lever en ce printemps de France un vent de liberté qui rappelait les bourrasques d’un autre mois de mai ? Mai 68, mai 81, mai 2005, tout se tient. Depuis la Libération, ce sont les trois printemps où notre camp, voyant les portes d’un autre monde en train de s’entrouvrir, s’est unifié et s’est dressé pour en forcer l’entrée.

Dopés par l’enthousiasme communicatif du peuple de gauche, nous nous sommes battus. Pas tant contre le TCE en lui-même -il n’y avait rien de vendable dans ce texte- que contre le patronat, les médias et contre toute la droite. Car l’appareil du FN était avec son camp, la bourgeoisie, et nous avec le nôtre, le salariat qui, refusant de s’aventurer dans le cul-de-sac du souverainisme, avait hardiment ouvert la voie de l’avenir : celle l’Europe socialiste, celle des peuples. A l’heure où l’Internationale des spéculateurs de tous les pays s’abat sur la Grèce, il faut nous rappeler qu’en 2005, dans les manifestations contre la casse de leurs retraites, les salariés grecs avaient clamé que « le non français sera[ient … leur] non ». En 2011 comme en 2012, il nous faut porter ce mandat populaire. La flamme du non au libéralisme ne s’est pas éteinte au vent du pathétique soufflet de la « France d’après » de même que le non grec n’est pas dupe de l’austérité de « gauche ». D’Athènes à Paris, cet espoir d’un monde débarrassé de l’exploitation survit, sous les cendres du « nécessaire remboursement de la dette », et n’attend qu’une étincelle pour embraser l’Europe entière.

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