Pour une candidature socialiste au cœur de la gauche

Par Julien GUERIN (77) et Johann CESA (42)

« La majorité politique des Français démocratiquement exprimée vient de s’identifier à sa majorité sociale », ainsi parlait François Mitterrand en mai 1981. Trente plus tard, cette phrase n’a rien perdu de son actualité, bien au contraire ! Les salariés représentent près de 92 % de la population active dans notre pays et la moitié d’entre eux gagne moins de 1500 euros par mois. Voilà la base sociale naturelle de la gauche ! Nous devons marteler cette idée : la France est de gauche ! La droite ne parvient à l’emporter qu’en employant une démagogie pseudo-sociale de mauvais aloi, en trompant des millions de salariés sur le thème « travailler plus pour gagner plus » ou encore en détournant la colère populaire vers l’abstention et le vote FN.

Depuis 2002, et plus encore depuis 2007, la droite a poursuivi un objectif central : spolier le salariat pour servir les intérêts du CAC 40 et de la bande du Fouquet’s. Démantèlement des 35 heures et de la Sécu, fin de la retraite à 60 ans, stagnation salariale et hausse du chômage, cadeaux fiscaux aux riches et aux banques, stigmatisation des immigrés, destruction du code du travail, de l’école et de la santé publiques, atteintes répétées à la laïcité, fuite en avant vers une Europe du capital… Faire payer la crise du capitalisme au monde du travail et à la jeunesse a été leur but constant. Face à cette politique de classe, le mouvement social n’est pas resté inerte ces dernières années, loin de là ! De milliers d’entreprises ont connu des grèves victorieuses sur les salaires. La lutte héroïque des travailleurs des DOM-TOM en 2009, ainsi que la résistance acharnée contre les licenciements boursiers et les suppressions de postes dans la fonction publique ont montré l’étendue de la colère sociale qui existe contre cette politique. La poussée vers la grève générale en octobre 2010 lors du conflit sur les retraites a même été à deux doigts de tout emporter sur son passage. En difficulté dans la rue, la droite l’a aussi été dans les urnes où elle a été balayée lors des municipales de 2008, des régionales de 2010 et des récentes cantonales.

Malgré cette force accumulée, la gauche peine à offrir un cap à tous ceux qui veulent en finir au plus vite avec le sarkozysme. Une évidence s’impose : une course de vitesse est engagée entre le camp progressiste et le FN. Surfant sur la désespérance sociale et le manque d’un débouché politique de gauche à la hauteur de l’enjeu, l’extrême-droite joue son va-tout en retrouvant sa fonction première : retourner la dynamique sociale en faveur des possédants. Dans ce climat de bipolarisation extrême, c’est le parti majoritaire de notre camp social, le PS, qui est en première ligne. Ou bien il sera le ferment de l’unité supérieure d’une gauche offensive ayant tiré les leçons du 21 avril et faisant front face aux délinquants de la finance de marché. Ou bien il se résignera à faire accepter aux salariés de ce pays -faute de mieux !- la politique des banquiers et des actionnaires. A ce titre, la désignation du candidat socialiste pour 2012 intéresse au plus haut point la totalité des forces de gauche. Jean-Pierre Chevénement le reconnaît d’ailleurs à demi-mot, lui qui vient d’annoncer que sa candidature a pour ambition de « bouger les lignes ». Comment en effet imaginer « bouger » la gauche si son parti majoritaire tourne le dos aux aspirations de ceux qu’elle est censée défendre ?

DSK et Hollande sont par excellence les candidats de la dette. Ils ne débutent pas l’une des nombreuses interviews que leur octroie complaisamment les médias dominants sans rappeler que les marges de manœuvre seront étroites pour un gouvernement de gauche en raison du déficit, forcément « abyssal », des caisses publiques. Ils ne veulent pas voir que c’est précisément parce que Sarkozy les a siphonnées au profit du privé qu’elles sont désespérément vides ! La France n’a jamais été aussi riche et c’est maintenant qu’il faudrait se serrer la ceinture ? Les apôtres de la dette n’ont même pas commencé à faire qu’ils expliquent déjà doctement… qu’ils ne pourront rien faire ! Comme ils refusent de s’attaquer au capital pour doper les recettes et qu’ils refusent d’affronter les spéculateurs qui détiennent une partie de la dette souveraine du pays, ces candidats se condamnent par avance à l’impuissance. Faute de recettes, la baisse des dépenses publiques et la contraction des budgets sociaux deviennent à leurs yeux une impérieuse nécessité. Autant le dire tout net, leur aveuglement idéologique les contraint à prôner une austérité de « gauche » que l’on a bien du mal à distinguer de celle de Fillon-Lagarde…

Face aux candidats de la dette qui expriment à merveille la pression des spéculateurs et des agences de notation sur notre camp, où peuvent bien se cacher les partisans de la relance et du progrès social ? Il y aurait bien Montebourg qui se positionne à gauche, mais son orientation par trop institutionnelle l’empêche par avance de toucher de larges franges du salariat. Et son idylle sans principe avec Royal en 2006-2007 rappelle de mauvais souvenirs à de nombreux militants… Il ne reste donc que Martine Aubry qui, malgré ses hésitations, s’est prononcée pour le programme que formulent à tâtons les travailleurs dans leurs mobilisations : augmentation des salaires, retour à la retraite à 60 ans, baisse du temps de travail et réengagement de l’État dans les services publics.

Martine Aubry avait lancé l’idée d’une « maison commune de la gauche » dès son investiture à la tête du PS. En trois ans, elle a remis « le Parti à l’endroit » et donc au
travail. Elle est, sans conteste, la candidate naturelle du Parti Socialiste. Qui d’autre qu’elle pourra défendre le programme du PS face à tous ces présidentiables apprentis-bonapartistes qui jetteront le projet à la poubelle dès l’investiture du Parti en poche ? Qui d’autre qu’elle pourra par la suite jouer le rôle d’unificateur de toute la gauche ? Notre candidat, c’est elle, car elle incarne ces deux processus essentiels pour gagner qui se nourrissent mutuellement : la cohésion du Parti et l’unité de notre camp. Sauf que Martine tarde à se déclarer et déroule du coup le tapis rose pâle à DSK. Ses silences sont assourdissants, ceux de la gauche du PS deviennent étourdissants.

Comment le seul courant encore structuré du PS, représentant près d’un quart des militants socialistes, peut-il rester à ce point muet ? La gauche du PS a toute sa légitimité dans ce débat. Elle dirige de nombreuses fédérations socialistes et elle fourmille de talents bien connus des Français : Hamon, Emmanuelli, Lienemann, Filoche… Ils ont eu leur part dans le renouveau idéologique du Parti initié par Martine Aubry depuis 2008. La gauche socialiste est également à même de rassembler l’ensemble de notre camp comme l’ont montré ses journées de rentrée de septembre 2010 qui ont vu défiler à la même tribune Olivier Besancenot (NPA), Pierre Laurent (PCF), ainsi qu’un représentants du PG, de la GU et des Verts. On oublie également trop souvent que la tournée de meetings unitaires pour défendre nos retraites, préambule de la mobilisation de cet automne, n’aurait pas eu la même tonalité au printemps dernier, si les orateurs de la gauche du PS n’y avaient pas pris la parole… En
politique comme en toute chose, noblesse oblige. Si Aubry n’y va pas, il devient urgent et nécessaire pour la gauche du PS de présenter un candidat. Telle est pour le moins sa responsabilité devant l’ensemble des salariés de ce pays.

Ce candidat au coeur de la gauche ramassera naturellement le corpus idéologique du socialisme de transformation en quelques mots d’ordre qui feront toute sa force : défense et approfondissement des 35 heures, retraite à 60 ans sans décote, SMIC à 1600 € tout de suite, pas de revenus supérieurs à 20 fois le SMIC ! Avec des fondations aussi solides, une nouvelle union des gauches est possible. Un candidat doté d’un tel programme sera à même d’appeler le reste des forces de gauche à se désister à son profit en échange d’une discussion programmatique commune et d’un accord de circonscriptions pour les législatives. Rien de beau, rien de grand ne s’est fait dans ce pays sans l’unité de toute la gauche. Un seul salariat, une seule gauche ! Unie et porteuse d’un projet alternatif au libéralisme, la gauche peut tout !

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One Response to Pour une candidature socialiste au cœur de la gauche

  1. Stéphane Corbion says:

    Il était temps, bougeons-nous mais laissez tomber Martine, vous savez bien qu’il y a eu Marrakech. Faites un accord avec Montebourg, c’est impératif, il ne faut pas de bataille d’égo.

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