Une bonne gauche pour mettre le FN au tapis !

Par Julien Guérin (77)

Depuis le dernier congrès du FN où Marine le Pen est devenue présidente du mouvement, telle une héritière de la grande bourgeoisie dont elle fait bel et bien partie, tout l’espace politico-médiatique semble occupé par la fille du vieux chef extrémiste. D’éditoriaux alarmistes en sondages traumatiques, en passant par de « savantes » analyses pseudo-sociologiques faisant du FN le premier parti ouvrier de France et l’ultime défenseur de la laïcité, nous avons dû tout subir de la part des éternels donneurs de leçons de la presse sociale-libérale et libérale-sociale qui, une fois de plus, chantent les mêmes refrains éculés.

Ainsi nous devrions donc nous préparer à l’irrésistible ascension de l’héritière d’une extrême droite relookée, moderne et surfant sur la crise sociale immense dans laquelle sont plongés les salariés. Nous n’aurions plus qu’à nous résigner et à prier très fort pour que le Front national ne soit pas présent pour la deuxième fois en dix ans au second tour de l’élection présidentielle. A l’évidence, tout cela n’est pas très sérieux ! Prendre en compte et dénoncer la tentative de soi-disant refondation idéologique du FN entreprise par Marine Le Pen et ses proches est une chose, en faire le centre de tout le débat politique actuel en est une autre. Qui a donc intérêt à ces débats réducteurs ? A qui profitent cette vague de sondages incessants donnant le tournis ? C’est d’abord à ces questions que nous devrions nous intéresser au lieu d’hurler avec les loups devant le retour orchestré de la bête immonde, apparition qui semble arriver à point pour masquer tous les renoncements et accepter toutes les compromissions. Le rôle historique de la gauche reste plus que jamais de tracer un chemin, d’ouvrir une perspective alternative dont les masses puissent se saisir pour renverser la société actuelle et en construire une nouvelle, débarrassée de l’exploitation et du racisme. C’est de cela que nous devrions parler si nous voulons vraiment combattre l’extrême-droite et la terrasser durablement.

Tous les derniers sondages donnent un FN à plus de 20 % et tablent même sur un nouveau 21 avril 2002, un coup à l’endroit avec l’élimination du candidat socialiste et un coup à l’envers avec l’éviction du candidat Sarkozy du second tour. De même la cote de popularité de Marine Le Pen est de 33 % ; score que n’a jamais atteint son père en trente ans de présence sur le devant de la scène. Pour prendre un peu de recul sur ces chiffres, il ne faut jamais omettre de rappeler que les instituts de sondage sont d’abord des entreprises capitalistes qui cherchent la plus grande visibilité possible sur le marché. Mettre Le Pen en tête au 1er tour de la présidentielle, c’est s’assurer une caisse de résonance médiatique maximum durant quelques jours. De même, n’oublions pas que la patronne des patrons, Laurence Parisot, est à la base la présidente de l’IFOP et que plusieurs sondeurs importants affichent une proximité réelle avec le pouvoir en place. Une fois ces données rappelées, examinons les faits lucidement. Pourquoi Marine Le Pen est-elle devenue soudain le personnage central de la vie politique alors que la couverture médiatique frontiste était quasiment inexistante ces dernières années, hormis les quelques provocations du père sur la seconde guerre mondiale ? Le FN a-t-il connu un tel saut quantitatif dans l’opinion ? A l’évidence non et la dernière élection sur laquelle nous pouvons nous baser pour jauger son influence réelle reste les régionales de l’an dernier où son score s’était élevé à 11, 5 % des suffrages. La présidentielle n’a lieu que dans plus d’un an et les cantonales des 20 et 27 mars seront jusque-là la seule élection qui nous permettra de mesurer ou non un éventuel « effet Marine Le Pen » sur les scores des candidats du FN.

Si la présidente du FN est revenue au centre du jeu politique, c’est avant tout la responsabilité du gouvernement et de l’UMP. Pour reprendre la main après la montée vers la grève générale pour défendre la retraite à 60 ans en octobre 2010, la droite a voulu déplacer les thèmes centraux du débat pour en écarter la question sociale. Lors du mouvement sur les retraites, la question d’une autre répartition des richesses était devenue centrale et pouvait faire converger le salariat vers l’objectif central de chasser la bande du Fouquet’s avant 2012. Alors qu’éclatent ensuite au grand jour les liens manifestes entre le gouvernement et le monde des affaires, que les travailleurs tunisiens et égyptiens remettent la révolution à l’ordre du jour, il devenait urgent pour Sarkozy de remettre en selle l’extrême-droite dont la mission historique fut toujours de briser la dynamique du camp du travail pour la retourner en faveur du capital. Sécurité, immigration, islam reviennent alors en force et comme par un coup de baguette magique, on ne parle plus retraites, salaires, profits, services publics, plan d’austérité et logement. C’est là que le bat blesse pour la gauche, qui n’apparaît pas en mesure d’apporter une alternative de rupture susceptible de mobiliser les salariés autour de leurs besoins fondamentaux. Alors que Sarkozy, qui a tenté une ultime diversion avec un remaniement ministériel qui ne change rien, est au fond du trou, la gauche ne parvient pas à reprendre la main.

La gauche, et singulièrement le PS, paient en réalité ses ambiguïtés et ses non-dits sur un certain nombre de questions-clés. L’UMP et le FN veulent parler de laïcité ? Notre camp, qui a toujours su s’unir pour porter la question laïque, semble soudain tétanisé et mal à l’aise alors que nous devrions être à l’offensive. Laïque, la fille Le Pen qui n’a fréquenté que les écoles privées du 92 ? Laïque, elle qui n’a jamais rompu avec les intégristes anti-IVG, les illuminés de St Nicolas du Chardonnay et vote toutes les subventions à l’enseignement confessionnel au conseil régional ? La réponse est déjà dans la question. Les partis de gauche devraient prendre Copé et Marine Le Pen au mot en lançant une grande campagne sur la laïcité avec quelques idées fortes : l’argent public à la seule école de la République, fin du concordat, refus du financement de tous les édifices religieux… Ces quelques thématiques nous permettraient de reprendre l’initiative politique et de démasquer les faux laïques de l’UMP et du FN. C’est la même chose sur les questions sociales. Rien n’est plus simple de montrer que la famille Le Pen qui vit dans un château de St-Cloud, n’est pas la mieux placée pour parler du peuple et que le projet du FN (retraite à soixante-sept ans, suppression de l’ISF, casse de la Sécu et du code du travail… ) est une régression sociale généralisée. Enfin sur l’Europe et la mondialisation, nous pouvons également montrer sans problème que le projet frontiste n’a rien à voir avec le protectionnisme social et écologique que nous prônons.

C’est donc à la rédaction d’un nouveau programme commun que nous devrions nous atteler, au lieu de palabrer sans fin sur les primaires socialistes et le retour imminent du sauveur suprême DSK. L’offensive des sondages vise aussi à installer la candidature inéluctable du directeur du FMI dans le paysage, en accréditant l’idée que lui seul serait capable d’accéder au second tour et de l’emporter. Là aussi, la manœuvre est grossière : écarter le débat sur le contenu d’une politique de gauche au nom du risque d’un nouveau 21 avril que seul DSK serait à même de conjuguer. Là encore nous souhaitons nous élever contre ces pressions exercées sur la gauche qui refuse de cautionner le retour de l’homme de Washington, ses plans d’austérité et sa dénonciation du dogme de la retraite à 60 ans. Nous martelons encore une fois qu’une telle orientation politique ouvrirait en réalité un boulevard au FN qui aurait alors beau jeu de dénoncer en DSK, le candidat des puissants, pour se faire ainsi le seul défenseur du peuple face aux élites. Toute la gauche devrait aussi s’engager à un désistement réciproque pour le candidat arrivé en tête au premier tour, cela redonnerait de l’espoir et de la force à tous ceux que nos divisions désespèrent.

Écarter un nouveau 21 avril, c’est d’abord et avant tout soutenir les luttes sociales en cours, tant dans le privé que dans le public, c’est dénoncer la dictature des marchés et de l’Europe libérale qui tuent la souveraineté populaire, c’est refaire de la laïcité une question centrale, c’est mettre au cœur de notre réflexion la question sociale qui demeure la clé de toute politique de gauche. C’est enfin écraser la droite dès les élections cantonales des 20 et 27 mars. Mobiliser les nôtres contre les licenciements, pour la hausse des salaires, contre les banquiers et les patrons qui se goinfrent, pour les services publics, contre le super plan européen d’austérité préparé par Sarkozy-Merkel avec l’aval de plusieurs ténors sociaux-démocrates européens, voilà pour nous la meilleure manière de lutter au quotidien contre le FN et de préparer la victoire contre l’UMP. Ce n’est pas en attendant sagement le messie du FMI que la gauche pourra redonner de l’espoir aux salariés, c’est en disant qu’elle veut changer la vie et remettre l’homme, et non le profit, au cœur de son projet qu’elle écrasera la bourgeoise de Saint-Cloud Marine Le Pen et Nicolas Sarkozy, l’ami des patrons du CAC 40 !

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One Response to Une bonne gauche pour mettre le FN au tapis !

  1. laporte jocelyne says:

    Rien à rajouter , sauf à confirmer que la gauche désespère son électorat qui attend un vrai programme de gauche et non pas une bataille d’égo

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