« Peuples d’Europe, soulevez-vous » : gauches européennes, réveillez-vous !

Par Julien Guérin (77)

En mai dernier, alors que le gouvernement grec mettait en application un brutal plan de rigueur sous l’injonction de l’UE et du FMI, une immense banderole portant cette inscription était déployée sur le Parthénon. Elle invitait les salariés européens à refuser l’austérité imposée par leur gouvernement et à ouvrir la voie pour imposer d’autres choix politiques et économiques. Depuis un an, ce sont les travailleurs qui paient une crise dont ils ne sont pas responsables : coupes budgétaires, baisse des salaires, licenciements, casse des acquis sociaux (retraites, sécurité sociale…). Rien ou presque ne différencie fondamentalement les choix des gouvernements grecs, portugais, espagnols dirigés par des sociaux-démocrates de ceux des conservateurs qui gouvernent la France, la Grande-Bretagne, l’Italie, l’Allemagne ou l’Irlande. Dans toutes les grandes capitales d’Europe, les dirigeants n’ont plus qu’un mot à la bouche : lutter contre les déficits et la dette publique. Alors que les États se sont massivement endettés fin 2008 pour garantir les fonds bancaires et éviter un effondrement généralisé du système, les institutions européennes leur demandent désormais de respecter les absurdes critères de Maastricht sur les déficits. Le carcan libéral de l’UE apparaît plus clairement que jamais depuis quelques mois et met en lumière le cruel déficit démocratique des institutions européennes. Les souverainetés populaires sont clairement niées par l’examen préalable des budgets nationaux par la Commission et les préconisations des eurocrates vont toujours dans le même sens : « du sang, de la sueur et des larmes » pour les salariés.

Nous sommes en train d’assister à une offensive brutale pour rétablir les profits (un peu) mis à mal par la crise de l’automne 2008 et qui sont déjà repartis à la hausse depuis quelques mois. En France, les entreprises du CAC 40 ont réalisé plus de 40 milliards d’euros de bénéfices au premier semestre 2010, soit une hausse de 86% ! Dans le même temps, le chômage frappe de plein fouet les salariés de toute l’Europe : 10 % de la population active en France, en Grèce et au Portugal et plus de 20 % en Espagne ! En Allemagne et en Grande-Bretagne, où le chômage ne touche « que » 6 à 7 % des travailleurs, la précarité, les bas salaires et les petits boulots sont quasiment devenus la norme. Alors que les gouvernements affirment de ne pas trouver d’argent pour répondre à ces besoins sociaux immenses, dans le même temps, les milliards continuent à pleuvoir pour soutenir les banques et les marchés financiers. On vient d’en avoir une nouvelle illustration ces jours-ci en Irlande, où une aide de 85 milliards du FMI et de l’UE vient d’être apportée pour garantir la solvabilité de l’État qui s’est endetté à hauteur de 32 milliards pour venir en aide aux banques. Jouant à fond le jeu de la spéculation immobilière avant 2008, les établissements bancaires irlandais ont vu leurs résultats s’effondrer il y a deux ans. L’État a alors volé à leur secours, créant ainsi un déficit abyssal dans ses caisses. Joli hold-up que viennent de réussir les banquiers irlandais : sauvés par l’argent public puis spéculant sur la dette de l’État et organisant ainsi l’incertitude financière. Comme en Grèce, l’aide européenne et internationale est conditionnée par une politique antisociale brutale : hausse de la TVA, suppression de plus de 20 000 emplois publics et baisse du salaire minimum. Ces mesures rassurent les agences de notations, les banques et les marchés mais plongent dans la misère tout un peuple. Cette politique déjà mise en application ailleurs est une fuite en avant ininterrompue : l’austérité aggrave la crise sociale et pousse les spéculateurs à revenir sans cesse à la charge pour obtenir des aides nouvelles. Cette spirale infernale doit être stoppée d’urgence ! Comment ? En construisant des résistances sociales d’ampleur et en élaborant un projet politique alternatif qui fasse payer la crise aux spéculateurs et non aux travailleurs et osant briser un certain nombre de tabous et de dogmes en vigueur à Bruxelles et à Washington. C’est là l’enjeu des mois à venir.

Répondant à l’injonction des banderoles des manifs grecques, les salariés commencent à s’organiser dans toute l’Europe. En Espagne, le 28 septembre dernier, des milliers de manifestants ont dit leur rejet de la rigueur à la sauce Zapatero, tandis que les syndicats portugais ont organisé une historique journée unitaire de grève générale le 24 novembre. Pour la première fois depuis 1988, 3 millions de travailleurs (sur 3,7 dans tout le pays !) se sont mis en grève pour dénoncer les mesures du social-démocrate Socrates. Public et privé, profs, personnels des ports, hospitaliers, chauffeurs, ouvriers de l’automobile : c’est un non catégorique à la rigueur sociale et salariale qui est monté des profondeurs du salariat portugais. En Irlande, ainsi qu’en Italie, des manifestations semblables ont eu lieu le 27 novembre et en Grande-Bretagne des milliers d’étudiants sont en lutte contre la hausse record des frais d’inscription à l’université. En France, le mouvement vers la grève générale d’octobre 2010 posait les mêmes questions et luttait contre une même logique libérale. Le thatchérisme frappe décidément à la porte de toutes les capitales d’Europe et tente partout d’étouffer les authentiques résistances populaires qui se développent en réaction.

Malgré ces résistances, la machine libérale ne parvient pour l’instant pas à être arrêtée. Les hésitations de nombreuses directions syndicales confédérales et le manque évident de débouchés politiques à ces luttes sociales sont des limites évidentes. Alors que la crise appelle des solutions résolues et des choix clairs, les gauches syndicales et politiques européennes sont nettement un ton au-dessous de ce qu’exigerait la situation. Les peuples sont disponibles et utilisent les outils qu’ils ont à leur disposition pour résister. En Irlande, lors d’une partielle organisée le 26 novembre, le candidat libéral a été balayé par celui du Sin Fein (gauche nationaliste et républicaine) dans un comté traditionnellement de droite. En dépit d’une ligne politique hésitante, les électeurs français ont utilisé le PS pour mettre la droite au tapis lors des régionales de mars 2010 et une union des gauches balaierait sans Sarkozy sans problème. En Grèce, après avoir porté au pouvoir le PASOK l’an dernier, le peuple de gauche a voté avec ses pieds lors des récentes élections régionales ou des records d’abstention ont été battus. Alors que plus de 40% des électeurs n’ont pas voté, certains ont eu l’arrogance de dire que le peuple grec, en votant en majorité pour les candidats socialistes, avait approuvé le plan de rigueur. Les salariés espagnols, grecs et portugais, en votant pour les partis sociaux-démocrates, espéraient eux aussi une issue progressiste à la crise, des mesures en faveurs du travail, contre le capital et un bouclier contre la rigueur… Il n’en a rien était, ces socialistes rose pâle risquent d’être battus et/ou lâchés par le peuple. Dans le même temps, l’extrême gauche divisée et n’ayant pas la volonté de proposer un débouché gouvernemental immédiat, ne capitalise pas sur le rejet des sociaux-démocrates. Une voie dangereuse s’ouvre donc pour les partis autoritaires et réactionnaires qui détournent la colère populaire contre les immigrés et montent les salariés les uns contre les autres. La gauche continentale possède donc une responsabilité historique.

La disponibilité et la volonté de résister existent dans presque tous les États touchés par la crise de la dette publique. La gauche doit s’appuyer sur le mouvement social, lui donner de la force en transformant ses aspirations en programme politique de rupture avec l’ordre néolibéral. Faire payer la crise au capital et non au travail, voilà quelle devrait aujourd’hui être la ligne d’une gauche digne de ce nom. Cela signifie une nouvelle répartition des richesses asséchant enfin la finance de marché qui entretient et encourage la spéculation, une reprise en main par la puissance publique des activités bancaires, la reconstruction des services publics et la mise en place d’un protectionnisme écologique et social. Pour cela, la rupture avec l’Europe des traités de Lisbonne et de Maastricht est indispensable, la reconquête est à ce prix mais elle nécessite une révolution idéologique dans la gauche et un virage à 180 degrés par rapport aux recettes sociales-libérales dominantes depuis 1983. Pour les peuples, la gauche doit être à la hauteur, ici et maintenant.

En mai dernier, alors que le gouvernement grec mettait en application un brutal plan de rigueur sous l’injonction de l’UE et du FMI, une immense banderole portant cette inscription était déployée sur le Parthénon. Elle invitait les salariés européens à refuser l’austérité imposée par leur gouvernement et à ouvrir la voie pour imposer d’autres choix politiques et économiques. Depuis un an, ce sont les travailleurs qui paient une crise dont ils ne sont pas responsables : coupes budgétaires, baisse des salaires, licenciements, casse des acquis sociaux (retraites, sécurité sociale…). Rien ou presque ne différencie fondamentalement les choix des gouvernements grecs, portugais, espagnols dirigés par des sociaux-démocrates de ceux des conservateurs qui gouvernent la France, la Grande-Bretagne, l’Italie, l’Allemagne ou l’Irlande. Dans toutes les grandes capitales d’Europe, les dirigeants n’ont plus qu’un mot à la bouche : lutter contre les déficits et la dette publique. Alors que les États se sont massivement endettés fin 2008 pour garantir les fonds bancaires et éviter un effondrement généralisé du système, les institutions européennes leur demandent désormais de respecter les absurdes critères de Maastricht sur les déficits. Le carcan libéral de l’UE apparaît plus clairement que jamais depuis quelques mois et met en lumière le cruel déficit démocratique des institutions européennes. Les souverainetés populaires sont clairement niées par l’examen préalable des budgets nationaux par la Commission et les préconisations des eurocrates vont toujours dans le même sens : « du sang, de la sueur et des larmes » pour les salariés.

Nous sommes en train d’assister à une offensive brutale pour rétablir les profits (un peu) mis à mal par la crise de l’automne 2008 et qui sont déjà repartis à la hausse depuis quelques mois. En France, les entreprises du CAC 40 ont réalisé plus de 40 milliards d’euros de bénéfices au premier semestre 2010, soit une hausse de 86% ! Dans le même temps, le chômage frappe de plein fouet les salariés de toute l’Europe : 10 % de la population active en France, en Grèce et au Portugal et plus de 20 % en Espagne ! En Allemagne et en Grande-Bretagne, où le chômage ne touche « que » 6 à 7 % des travailleurs, la précarité, les bas salaires et les petits boulots sont quasiment devenus la norme. Alors que les gouvernements affirment de ne pas trouver d’argent pour répondre à ces besoins sociaux immenses, dans le même temps, les milliards continuent à pleuvoir pour soutenir les banques et les marchés financiers. On vient d’en avoir une nouvelle illustration ces jours-ci en Irlande, où une aide de 85 milliards du FMI et de l’UE vient d’être apportée pour garantir la solvabilité de l’État qui s’est endetté à hauteur de 32 milliards pour venir en aide aux banques. Jouant à fond le jeu de la spéculation immobilière avant 2008, les établissements bancaires irlandais ont vu leurs résultats s’effondrer il y a deux ans. L’État a alors volé à leur secours, créant ainsi un déficit abyssal dans ses caisses. Joli hold-up que viennent de réussir les banquiers irlandais : sauvés par l’argent public puis spéculant sur la dette de l’État et organisant ainsi l’incertitude financière. Comme en Grèce, l’aide européenne et internationale est conditionnée par une politique antisociale brutale : hausse de la TVA, suppression de plus de 20 000 emplois publics et baisse du salaire minimum. Ces mesures rassurent les agences de notations, les banques et les marchés mais plongent dans la misère tout un peuple. Cette politique déjà mise en application ailleurs est une fuite en avant ininterrompue : l’austérité aggrave la crise sociale et pousse les spéculateurs à revenir sans cesse à la charge pour obtenir des aides nouvelles. Cette spirale infernale doit être stoppée d’urgence ! Comment ? En construisant des résistances sociales d’ampleur et en élaborant un projet politique alternatif qui fasse payer la crise aux spéculateurs et non aux travailleurs et osant briser un certain nombre de tabous et de dogmes en vigueur à Bruxelles et à Washington. C’est là l’enjeu des mois à venir.

Répondant à l’injonction des banderoles des manifs grecques, les salariés commencent à s’organiser dans toute l’Europe. En Espagne, le 28 septembre dernier, des milliers de manifestants ont dit leur rejet de la rigueur à la sauce Zapatero, tandis que les syndicats portugais ont organisé une historique journée unitaire de grève générale le 24 novembre. Pour la première fois depuis 1988, 3 millions de travailleurs (sur 3,7 dans tout le pays !) se sont mis en grève pour dénoncer les mesures du social-démocrate Socrates. Public et privé, profs, personnels des ports, hospitaliers, chauffeurs, ouvriers de l’automobile : c’est un non catégorique à la rigueur sociale et salariale qui est monté des profondeurs du salariat portugais. En Irlande, ainsi qu’en Italie, des manifestations semblables ont eu lieu le 27 novembre et en Grande-Bretagne des milliers d’étudiants sont en lutte contre la hausse record des frais d’inscription à l’université. En France, le mouvement vers la grève générale d’octobre 2010 posait les mêmes questions et luttait contre une même logique libérale. Le thatchérisme frappe décidément à la porte de toutes les capitales d’Europe et tente partout d’étouffer les authentiques résistances populaires qui se développent en réaction.

Malgré ces résistances, la machine libérale ne parvient pour l’instant pas à être arrêtée. Les hésitations de nombreuses directions syndicales confédérales et le manque évident de débouchés politiques à ces luttes sociales sont des limites évidentes. Alors que la crise appelle des solutions résolues et des choix clairs, les gauches syndicales et politiques européennes sont nettement un ton au-dessous de ce qu’exigerait la situation. Les peuples sont disponibles et utilisent les outils qu’ils ont à leur disposition pour résister. En Irlande, lors d’une partielle organisée le 26 novembre, le candidat libéral a été balayé par celui du Sin Fein (gauche nationaliste et républicaine) dans un comté traditionnellement de droite. En dépit d’une ligne politique hésitante, les électeurs français ont utilisé le PS pour mettre la droite au tapis lors des régionales de mars 2010 et une union des gauches balaierait sans Sarkozy sans problème. En Grèce, après avoir porté au pouvoir le PASOK l’an dernier, le peuple de gauche a voté avec ses pieds lors des récentes élections régionales ou des records d’abstention ont été battus. Alors que plus de 40% des électeurs n’ont pas voté, certains ont eu l’arrogance de dire que le peuple grec, en votant en majorité pour les candidats socialistes, avait approuvé le plan de rigueur. Les salariés espagnols, grecs et portugais, en votant pour les partis sociaux-démocrates, espéraient eux aussi une issue progressiste à la crise, des mesures en faveurs du travail, contre le capital et un bouclier contre la rigueur… Il n’en a rien était, ces socialistes rose pâle risquent d’être battus et/ou lâchés par le peuple. Dans le même temps, l’extrême gauche divisée et n’ayant pas la volonté de proposer un débouché gouvernemental immédiat, ne capitalise pas sur le rejet des sociaux-démocrates. Une voie dangereuse s’ouvre donc pour les partis autoritaires et réactionnaires qui détournent la colère populaire contre les immigrés et montent les salariés les uns contre les autres. La gauche continentale possède donc une responsabilité historique.

La disponibilité et la volonté de résister existent dans presque tous les États touchés par la crise de la dette publique. La gauche doit s’appuyer sur le mouvement social, lui donner de la force en transformant ses aspirations en programme politique de rupture avec l’ordre néolibéral. Faire payer la crise au capital et non au travail, voilà quelle devrait aujourd’hui être la ligne d’une gauche digne de ce nom. Cela signifie une nouvelle répartition des richesses asséchant enfin la finance de marché qui entretient et encourage la spéculation, une reprise en main par la puissance publique des activités bancaires, la reconstruction des services publics et la mise en place d’un protectionnisme écologique et social. Pour cela, la rupture avec l’Europe des traités de Lisbonne et de Maastricht est indispensable, la reconquête est à ce prix mais elle nécessite une révolution idéologique dans la gauche et un virage à 180 degrés par rapport aux recettes sociales-libérales dominantes depuis 1983. Pour les peuples, la gauche doit être à la hauteur, ici et maintenant.

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2 Responses to « Peuples d’Europe, soulevez-vous » : gauches européennes, réveillez-vous !

  1. charlec says:

    La realite est criante Nous vaons eu le cervage haujourd’hui la mondialisation avec sa recession 1789 avait mis fin au cervage que devrions metre en place pour arreter ce capitalisme effrene .? Je n’os pas croire qu’il attende que une ou la guerre recommence?

  2. JIBAULT René says:

    d’accord avec les constations et les intentions exprimées… mais où est le plan B?

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