La seule voie : tous ensemble en même temps… pour gagner !

Suite de l’article du 27 septembre 2010

Par Hugo Melchior (35)

La question est simple : que faire pour gagner ? Autrement dit, que sommes nous prêts à faire pour créer les conditions d’un ren- -versement du rapport de force en faveur des salariés, afin de jeter la contre-réforme des retraites là où est la seule place digne d’elle, c’est-à-dire dans les poubelles de l’histoire ? Malgré la lame de fond qui vient de submerger le pays, le mardi 7 septembre, Sarkozy a préféré continuer à patauger dans son arrogance de classe en envoyant une fin de non-recevoir aux centaines de milliers de grévistes et aux trois millions de salariés qui, ne cédant pas aux sirènes de la résignation et de la fatalité, sont descendus une nouvelles fois exprimer publiquement leur refus catégorique de cette contre-réforme. Sans surprise, malgré l’assise numérique des cortèges, cette droite décomplexée n’a pas cédé un pouce de terrain et a sans vergogne mis fin à cet acquis de civilisation voté en 1982 par les socialistes et par toute la gauche au pouvoir. Face à une telle intransigeance, face au mépris d’une pouvoir d’autant plus agressif qu’il se sait minoritaire, nous nous devons d’être la hauteur !

Sarkozy l’a redit la semaine dernière, il n’a jamais été aussi déterminé à mener sa funeste entreprise à son terme, afin de pouvoir inscrire cette réforme en lettre d’or sur le tableau de son palmarès de prétendu réformateur. Aussi, devons-nous faire enfin preuve de conséquence, c’est-à-dire mener une lutte supérieure dans son intensité à la détermination de nos ennemis qui ne renonceront à leur dessein que si on les y contraint, comme De Villepin a dû le faire en 2006 en retirant son CPE après deux mois de luttes acharnée ! Ne nous racontons pas d’histoire : si les prochains temps de mobilisation ne constituent que le décalque des précédents, c’est à dire des journées de mobilisation massive, mais sans lendemain, si nous ne rompons pas avec la normalité quotidienne, si la grève reconductible ne naît pas dans différents secteurs au potentiel paralysant et si elle ne s’étend pas ensuite progressivement, et bien, tenons-nous le pour dit, notre revendication commune -le retrait de la contre-réforme des retraites- restera lettre morte ! La stratégie actuelle qui est celle des journées d’action saute-mouton ne peut malheureusement suffire face à un tel pouvoir ! Elle est aujourd’hui devenue inefficiente. Cette stratégie n’a jusqu’à présent que trop peu pesé sur l’évolution du rapport de force, malgré sa capacité à réunir un grand nombre de salariés dans la rue, qui prouve au passage la résolution de notre camp d’en découdre avec Sarko. En effet, au lieu d’être le point de départ d’une lutte prolongée, elle n’a jamais su dépasser les 24 heures de lutte en s’arrêtant ainsi systématiquement au seuil de l’affrontement ouvert, pourtant absolument nécessaire. Elle n’a obtenu aucun résultat tangible.

Souvenons-nous de la séquence sociale du premier semestre 2009 : avec la même stratégie de journées espacées dans le temps, nous sommes passées entre le 19 mars et le 11 juin, de plus de 3 millions de manifestants à 200 000 seulement… Un tel scénario de délittement progressif des cortèges finira par se produire fatalement cette année encore, si nous nous obstinons à n’avoir le nombre de manifestants comme seul et unique critère de réussite, si nous continuons à penser que l’effectif des cortèges va croître de manière continue sans connaître de seuil. Bref, si nous refusons tout simplement d’élargir le champs des moyens d’actions possibles en refusant de tendre vers une rupture avec le cours normal des choses. Aussi, les journées d’octobre ne doivent pas être la simple réplique des trois journées d’actions précédentes, qui n’ont pas créé de facto de dynamique apte à propager immédiatement le souffle de la contestation. Rappelons-nous de la manière grâce à laquelle les salariés guadeloupéen, martiniquais et réunionnais sont parvenus à faire plier le pouvoir central, c’est-à-dire à réussir là où toutes les luttes en métropole avaient systématiquement échoué depuis le début du quinquennat de Nicolas Sarkozy. Ils ne se sont pas contentés de manifestations, aussi imposantes et nombreuses furent telles ! Ils ont osé construire graduellement la grève et ont ainsi réussi à donner un débouché à leurs revendicattions. Cette grève générale n’est pas une spécificité des peuples des doms ! Elle est possible ici aussi en métropole !

Il faut que le processus de production de biens et de services soit suspendue, frappée de paralysie, via la grève, qui impose des sacrifices qui sont -nous le savons tous- difficile à envisager pour une grande partie de la population. Nous savons pertinemment que la réalité sociale actuelle n’est pas un terreau fertile à l’engagement durable pour de trop nombreux salariés. Mais n’était-ce pas le cas en 1936, alors que l’économie française était touchée en profondeur par la 2de crise généralisée du capitalisme et que le chômage, partiel ou totale, était l’angoisse numéro 1 de millions de travailleurs ? Comme lors des grèves de juin 36, nous devons nous tenir prêts à organiser la solidarité à la base, au niveau local, pour palier la dépendance économique des salariés, compenser leur manque à gagner et créer ainsi les conditions de la pérennisation du mouvement social d’ampleur dont nous avons besoin pour défaire Sarko et ses amis de la Bourse ! Car, qu’on se le dise, c’est seulement au prix d’une grève prolongée, articulée à des manifestations de masses que l’on pourra, comme en novembre 1995, espérer créer un climat de tension suffisamment fort pour que le pouvoir soit réellement déstabilisé et soit obligé de capituler.

Prouvons à ce pouvoir que nous sommes véritablement dignes de la retraite à 60 ans à taux plein ! Dignes de ce droit conquis par les générations passées et que nous sommes pas prêts à brader ! Non, Monsieur Sarkozy, vous le faucheur antisocial, ne vous gargarisez pas trop de la grande victoire que vous croyez déjà acquise, car vous n’avez pas encore gagné. De notre côté, ne pensons pas à 2012 et à une hypothétique défaite de ceux qui nous gouvernent ! Agissons ici et maintenant ! Elargissons le champ des possibles pour qu’enfin apparaisse la voie de la victoire ! Pour notre camp, la situation est propice car, après avoir subi la « stratégie du saucissonnage » lors des réformes précédentes (1993, 2003, 2008), nous avons une chance historique d’agir de concert et de frapper ensemble, salariés du privé comme du public, cotisants au régime général et ceux des régimes spéciaux, vu que la droite  s’attaque cette fois-ci, non à une fraction déterminée des travailleurs, mais à l’ensemble du salariat présent, passé et à venir. De grâce, ne gaspillons pas cette chance unique de construire l’unité des nôtres ! Créons des liaisons effectives à la base, unissons-nous dans la lutte ! Qu’est ce que qu’un retrait de salaire, même conséquent, comparé à un acquis aussi inestimable que le droit de partir à 60 ans pour profiter dignement de son temps libre ? La retraite à 60 ans à taux plein mérite qu’on fasse un minimum de sacrifices, car elle en vaut terriblement la peine ! Contrairement à ce que peut penser Sarkozy, embourbé dans sa conception déterministe et linéaire de l’histoire, celle-ci n’est pas encore écrite. L’histoire ne vit pas de manière autonome, elle n’est que la résultante de l’action des hommes et, comme disant Victor Hugo, ce sont les hommes et les femmes qui luttent qui écrivent l’histoire !

Alors, pour cela, étudiants, lycéens, jeunes travailleurs, salariés du public, du privé, chômeurs, retraités : tous en grève, tous dans la rue et, le lendemain, on essaye de reconduire collectivement et démocratiquement le mouvement, partout où cela est possible, jusqu’à ce que Sarkozy soit contraint d’aller négocier honteusement les conditions de sa propre défaite ! Les étudiants doivent se tenir prêt à se mobiliser et à retrouver leurs plus belles traditions de lutte, telles qu’elles se sont exprimées lors des derniers grands mouvement de contestation contre le LMD, le CPE, puis la LRU ou, plus récemment, contre la masterisation. Ils doivent être en première ligne si des foyers de résistance devaient s’allumer en France. Comme l’a dit très justement Jean-Baptiste Prévost, président de l’UNEF, la retraite est plus que jamais une affaire de jeunes et il est hors de question que nos pères et nos mères assument seuls le coût d’une grève durable ! La tenue d’un grand meeting jeunes pour la défense de nos retraites, le 1er octobre à Paris, est un signe fort adressé au reste des salariés.

La racaille capitaliste est décomplexée dans son offensive contre nos retraites et le système de répartition, alors -pour une fois- suivons son exemple ! Imitons-la en faisant preuve du même courage politique en nous battant énergiquement et efficacement dans le cadre d’un front de lutte intergénérationnelle pour la défense de nos intérêts de classe. Et cela, bien évidemment, sans aucune assurance de triompher de nos ennemis et de leur funeste desseins, sans savoir quelle récompense l’univers profond réserve à nos efforts collectifs. La politique est une succession de paris. Alors, faisons le pari de la lutte prolongée et intensive, condition sine qua non d’une possible victoire des salariés, en inscrivant à partir du 12 octobre 2010 la grève reconductible à l’ordre du jour partout où cela est possible ! Notre temps de vivre n’est pas négociable, le droit de partir à 60 ans avec une pension décente non plus. Osons lutter ! Osons vaincre !

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One Response to La seule voie : tous ensemble en même temps… pour gagner !

  1. charlec says:

    La determination doit d’abord passe par un discour qui donne des garanties qu’en cas ou le pouvoir en place tombe les mesures qui seront prises ne laiserons pas les salariers mais donnerons des gages aux patrons que le travail sera au rdv Que les hauts fonctionnaires commes les dependants du prive les liberaux en general pourront exercer leurs jobs avec et dans des regles correctes les marges avant et arrieres devrons disparaitres pour les commerçant avec des ecartspas plus de 1 a 3

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