« Les retraites, elles sont à nous ! »

Par Hugo Melchior (35)

Il ne suffit pas de convaincre du caractère scélérat, insupportable de la contre-réforme Woerth, qui est désormais entrée dans sa phase terminale d’institutionnalisation. Outre répondre à la question du pourquoi de a réforme des retraites, il faut aussi parler de stratégie, de méthodes de lutte, de ce qu’il serait peut-être possible de faire depuis le jeudi 23 septembre pour espérer créer les conditions d’un renversement du rapport de force en faveur des forces populaires, afin de contraindre Sarkozy à ravaler son indigeste réforme jusqu’à ce qu’il s’étouffe avec. C’est ce que l’Offensive Socialiste propose  à ses lecteurs dans une suite d’articles dont voici le premier.

Nous serons tous d’accord pour affirmer que cette réforme des retraites, fruit du consensus idéologique totalisant du « travailler toujours plus longtemps », constitue bel et bien une offensive historique du capitalisme française, au travers l’action « réformatrice » de la droite. Celle-ci, en exploitant politiquement les effets d’une crise systémique, dont elle est bien sûr la principale responsable, essaie de faire payer au peuple une seconde fois, au nom de la lutte contre les déficits publics que sa politique fiscale de classe a largement enfantés, la facture de la crise du capitalisme. Ainsi, après avoir fait subir aux salariés de ce pays, restructurations par centaines, licenciements par milliers, blocage des salaires ou encore chômage partiel, les classes dominantes essaient de revenir désormais sur un certain nombre d’acquis, qu’elles avait dû concéder à un moment donné au mouvement ouvrier lorsque le rapport de force ne lui était pas favorable, mais qui sont toujours restés à leurs yeux contre-nature, aberrants. Il en va ainsi pour le droit à la retraite à 60 ans : il faudrait la sacrifier de guerre lasse sur l’autel du réalisme libérale, cette nouvelle raison du monde !En voulant relever l’âge légal de départ à la retraite à 62 ans et jusqu’à 67 ans l’âge à taux plein -alors que l’âge moyen de cessation d’activité est de 58,8 ans, que l’espérance de vie en bonne santé est de 63 ans seulement pour les hommes, de 64 ans pour les femmes, voire de 59 ans pour les ouvriers, et que le chômage de masse gangrène à la fois la jeunesse et les anciennes générations de travailleurs-, le gouvernement aspire au choix à nous voir sacrifier nos meilleures années à la retraite ou passer de nouvelles années au chômage ! En voulant allonger la durée de cotisation nécessaire pour bénéficier d’une retraite à taux plein à 41,5 annuités en 2020, alors que durée de cotisation moyenne est aujourd’hui de 36, 5 annuités et qu’elle a baissé d’un an depuis 2002, le gouvernement n’a pas d’autre dessein que d’organiser la baisse de nos futures pensions ! Faire des économies sur le montant des pensions versées aux futurs retraités, en créant les conditions pour que de plus en plus d’hommes et de femmes, incapables de se conformer aux exigences imposées par les réfomes successives, soient contraints de partir à la retraite en ne pouvant pas, du fait du système de décote, espérer vivre dignement du fruit de leur pension : voilà la funeste ambition de ce gouvernement aux ordres des spéculateurs !

Le gouvernement veut avec cette baisse des pensions -qu’il ne reconnaîtra jamais, mais que tout le monde constate depuis la réforme Balladur- créer dans la population, et en premier lieu chez les nouvelles générations, un sentiment de défiance vis-à-vis du système par répartition. Un système de répartition qui, du fait de la succession des contres-réformes libérales, permet de moins en moins d’assurer aux salariés une retraite suffisante pour que ce temps libéré de la loi de la valeur ne soit pas synonyme pour la majorité des retraités de misère sociale profonde. L’objectif du gouvernement est bien d’alimenter la crise de crédibilité de la répartition chez les jeunes, en nourrissant délibérément l’idée désespérante que l’on peut résumer de la sorte : « de toute façon, on n’aura pas de retraite », afin de les convaincre que, désormais, leur salut ne peut passer que par un effort d’épargne individuelle. C’est l’idéologie du chacun pour soi et de la prévoyance individuelle qui doit pour les libéraux progressivement triompher des logiques de solidarité collective et intergénérationnelle. Ils souhaitent adremment que les futures générations, une fois qu’elles auront intériorisé l’idée que la répartition ne leur permettra pas de jouir d’une retraite un tant soi peu décente, se tournent en réaction vers des canaux de financements complémentaires à caractère privé, tels que les fameux fonds de pensions. Le but étant de développer en parallèle de la répartition, la capitalisation pour qu’une partie de cette manne financière correspondant à l’argent socialisé des retraites soit enfin soumise à la logique du marché, à la loi de l’offre et de la demande et devienne à l’instar de toute chose existante dans la société capitaliste une marchandise source de profit potentiel, sur laquelle on peut spéculer… au risque bien évidemment de tout faire perdre salariés qui auront eu les moyens d’épargner !

Désocialiser notre système de retraite, l’individualiser, en nous poussant à jouer nos futures pensions en bourse, voilà l’ambition mortifère des libéraux et des traders qui attendent depuis trop longtemps déjà de pouvoir enfin se gaver ! Cette perspective est tout simplement inenvisageable pour notre camp. Il est nécessaire, voire vital, de lutter pour que cette contre-réforme des retraites ne devienne jamais un fait accompli. Il faut en outre rester persuadé que, contrairement à ce qu’affirme la propagande gouvernementale relayée servilement par les chiens de garde médiatiques, la réforme du gouvernement n’est en aucun cas la seule voie possible et que d’autres solutions sont envisageables ! Pour les géniteurs de la réforme, elle est logique, réaliste et équitable, mais aussi inéluctable, incontournable, objectivement nécessaire, voire mathématiquement démontrable ! Pour les forts en maths des ministères, le débat démocratique n’a pas lieu d’être, vu que le champs des solutions possibles pour assurer la pérennité du système par répartition se réduit à leur seule proposition élevée au rang d’axiome. Face à ces ayatollah de la pensée unique, il ne faut pas hésiter à affirmer sans sourciller : jamais nous nous soumettrons à l’énoncé thatchérien « il n’y a pas d’alternative », qui, en refusant tout droit de cité aux propositions ne s’inscrivant pas dans le consensus idéologique dominant -celui « du travailler toujours plus longtemps »-, nous fait subtilement passer du débat public à la contrainte totalitaire !

Contre le terrorisme intellectuel et les tentatives de diabolisation de nos ennemis, soyons courageux. Assumons nos solutions alternatives qui, elles, contrairement aux recettes réactionnaires du gouvernement, ont clairement pour objectif de donner plus de temps libre aux salariés et de leur permettre de vivre dignement leurs années de retraites. Pour ce faire, impossible de ne pas s’inscrire de manière pleine et entière dans l’histoire de la réduction du temps de travail, dans ce processus historique d’émancipation des salariés dont le droit à la retraite à 60 ans avec une pension digne est et doit rester une glorieuse étape !

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