Le « dialogue social », c’est le monologue du capital ! Nos syndicats doivent le rompre !

Par Hugo Melchior (35)

« Si on peut faire changer un peu les choses pour rendre cette réforme moins dure, il faut le faire ! » , a affirmé il y peu Jean-Louis Malys, le « négociateur » de la CFDT sur le dossier des retraites. Voilà, la funeste ambition de la centrale cédétiste : faire encore quelques manifestations les bras croisés pour espérer bénéficier d’un rapport de force suffisamment favorable pour pouvoir ensuite aller… négocier les conditions de la défaite ! Contrairement au mouvement contre le CPE, où tout le monde s’était accordé sur la nécessité de retirer sans condition l’article 26 de la fameuse « Loi sur l’Égalité des Chances » et de lutter jusqu’à ce qu’on y soit parvenu, l’unité syndicale, pourtant tant louée, ne s’est pas cette fois-ci structurée autour de ce qui devrait être naturellement l’ambition commune des forces syndicales : le retrait intégral de la contre-réforme Woerth, préalable nécessaire à tout rétablissement du dialogue avec le gouvernement.

L’ambition de la CFDT -qui est, au fond, aussi celle de la direction de la CGT- n’est pas de parvenir au retrait complet du texte, sous prétexte que le mouvement social n’aurait pas les moyens de ce dessein, mais seulement d’obtenir quelques concessions sur des thèmes bien précis, sur lesquels le gouvernement est lui-même prêt à discuter. C’est le fonction même du prétendu débat de société sur les carrières longues et sur la pénibilité. En 2003 déjà, ce dossier avait servi de prétexte à la CFDT pour rompre le font syndical mis en place contre la loi Fillon. Inutile de préciser que les négociations sur la pénibilité, dont le patronat ne veut bien sûr pas entendre parler, n’ont jamais été ouvertes par les gouvernements de droite successifs, au grand dam d’un Chérèque qui sait jouer à merveille le rôle du faux naïf, voire de la vierge effarouchée ! Sept ans plus tard, la CFDT et ses alliés utilisent le même prétexte pour justifier leur maintien à la table des « négociations ». A leurs propres dires, le maintien du droit à la retraite à 60 ans pour ceux qui ont commencé à bosser à 16 ans serait une grande victoire du mouvement social… Et que dire des futures négociations sur la pénibilité qui seront bientôt ouvertes et où ça va barder, promis juré, promesse de scout… Décidément, les carrières longues et le serpent de mer de la pénibilité ont bon dos ! Aussi, face à une telle régression insupportable dans les objectifs du mouvement, la tactique, vouée irrémédiablement à l’échec, « des journées d’action saute-mouton » risque logiquement de se poursuivre jusqu’à ce que la décrue du nombre de manifestants s’amorce progressivement et que le gouvernement décide, en bon prince, de lâcher quelques miettes aux syndicats pour qu’ils ne perdent pas complètement la face et le peu de crédibilité qui leur reste !

Il nous faut rester ferme sur nos revendications ! Nous ne pouvons pas hésiter ! Notre ambition est claire : obtenir le retrait de la réforme et non pas sa simple réécriture, afin que soit mis enfin un terme à ce processus de régression sociale, organisé autour de l’impératif du « travailler toujours plus longtemps », mis en avant avec la réforme Balladur de 1993 et qui se perpétuera dans les années à venir si nous ne parvenons pas à faire ravaler cette réforme scélérate à son géniteur jusqu’à ce qu’il s’étouffe avec ! Aussi, avec une telle ambition, nous nous devons militer et développer une stratégie à la hauteur des enjeux présent qui doit avoir pour pierre angulaire la rupture frontale du « dialogue social » et des négociations qui n’ont pour seule ambition que d’obtenir les miettes tombées de la table du patronat et du gouvernement. Cette rupture démocratique, car majoritaire dans le salariat, passe par le déclenchement de la grève la plus large partout où elle est possible, articulée à des blocages économiques et à des manifestations de masses ! Où que nous soyons, il faut préparer la grève de façon résolue afin qu’elle se généralise au plus vite et qu’elle n’épuise pas les salariés. Assez des journées d’action sans perspective qui décourage le travailleur en lui faisant croire que la plus petite chance de victoire rime toujours avec des salaires amputés de moitié. Un mouvement d’ensemble victorieux, c’est une grève courte et puissante, parce qu’organisée, qui ne débouche sur aucune sanction financière. Ce sont justement les mouvement perdants qui coûtent cher au salariat. Dans ce cas, soyons cohérents et changeons de tactique !

Que les directions syndicales qui brandissent tous les quatre matins le slogan de « l’indépendance syndicale » soient vraiment indépendantes, en acte, au lieu de se cramponner au pouvoir sarkoziste moribond ! Au nom d’un « apolitisme » de mauvaise aloi justifié par une lecture biaisée de la Charte d’Amiens de 1906, les confédérations refusent de rompre le prétendu « dialogue social » dont toutes les ficelles sont pourtant tenues par le pouvoir, du « cadre » non-négociable de la « réforme », à son agenda en passant par la liste des concessions possibles. Drôle de façon de ne pas faire de politique… Nos syndicats doivent retrouver leur meilleures traditions de lutte, issues de l’expérience de la grande CGT unifiée d’avant-guerre, ainsi que de la CFDT revendicatrice et unitaire des années 1960-1970 : combattivité affirmée dans tous les moyens d’action utilisés, de la négociation d’entreprise à la grève générale ; indépendance à l’égard du pouvoir, des institutions et des partis politiques ; démocratie interne et unité d’ensemble dans la vision et dans l’action, dépassant les ersatz d’unité fondés trop souvent sur le moins-disant social ! Contre le syndicalisme de soumission qui, depuis bien longtemps, trompe les salariés avec ce qu’on ose encore appeler une stratégie de lutte, dont on sait pourtant au regard du bilan de l’année dernière qu’elle ne peut pas nous permettre de parvenir à nos fins, il nous faut avancer la seule revendication unifiante : le retrait pur et simple de la contre-réforme mensongère et inique des retraites.

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One Response to Le « dialogue social », c’est le monologue du capital ! Nos syndicats doivent le rompre !

  1. GILLERON Bernard says:

    Camarades, vous mettez en cause la détermination des syndicats, ce n’est pas l’impression que j’ai eue le 24 juin dernier, ni dans la presse de la CGT que j’ai reçue depuis le début du conflit. Sud,Solidaires, l’Unsa sont déterminés, on peut certes craindre l’accord de 2003 signé par la seule CFDT. Mais vu le prix que cette faute leur à coûté,et la détermination de leurs militants à la base, referaient-ils la même gaffe?Quant à FO, il a fait sa petite crise, mais ça n’a pas du lui rapporter gros, il revient dans l’Intersyndicale le 7 septembre(et même la CGC si je ne me trompe pas!)
    Le ver est dans le fruit du Parti Socialiste, ou tout le monde est pour(excepté DSK)mais chacun y ajoute sa petite concession « raisonnable », c’est à dire qui renonce à toucher à la répartition capital-travail qui a grimpé de 10 points de PIB en 20 ans.
    Pour le Pays de Jaurès, et de « l’évolution révolutionnaire », le PS joue plutôt dans la régression: et ça jouera des tours à la Gauche tout entière et à nos luttes légitimes

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