Pour une véritable révolution agricole.

Par Florent Haspel (69)

Avril, Mai, Juin, Juillet, Août, le temps des semences et des moissons est de retour et nous aurions presque oublié qu’il y a environ 6 mois, a eu lieu une grève massive suivie par 50% des producteurs de lait, selon l’Association des producteurs indépendants. Cette grève était totalement justifiée : le prix du lait payé aux producteurs avait diminué de 40% en un an pour atteindre 300 euros la tonne, alors que le prix de revient -c’est-à-dire les coûts réels de production- sont évalués à 260 euros par tonne en moyenne. Ceci ne laisse plus beaucoup aux producteurs comparés bien souvent, dans l’agrobusiness contemporain, à de vrais chefs d’entreprises ? Sauf qu’aujourd’hui, pour un agriculteur français, on est loin des 20% de marges susceptibles de lui garantir « une protection », en cas de caprice climatique notamment, et de lui assurer un revenu « décent » ne dépassant que rarement le SMIC…

Le gouvernement Fillon n’a pas au sérieux les enjeux que représentent la sauvegarde et le maintien de notre agriculture. Dans 40 ans, nous serons 9 milliards sur terre et ce ne sont pas les patrons de l’agrobusiness qui nourriront ces 9 milliards de bouches, mais bel et bien les agriculteurs. Autres enjeux importants : il est entendu qu’il va falloir produire pour de plus en plus d’êtres humains, mais produire dans quelles conditions ? Forcément au détriment de l’environnement ? De nos jours, le système laitier, en cela caractéristique du malaise agricole, est embourbé dans des cercles vicieux qui font que le monde agricole connaît une crise économique, sociale et politique.

Premier cercle vicieux :

Qui plus est, une des grandes causes du malaise agricole fut la déréglementation du marché des matières agricoles et l’application sans réserve du dogme du libre-échange généralisé. Les producteurs laitiers produisent à tout-va, leurs exportations sont subventionnées, les marchés se dérèglent encore plus qu’ils ne le sont, un deuxième cercle vicieux apparaît.

Deuxième cercle vicieux :

Ne nous attardons pas sur les constats qui pourraient nous faire tomber dans un défaitisme navrant, car des solutions existent. Certaines d’entre elles existent déjà et ne demandent qu’à être généralisées.

En effet, la région Franche-Comté, très connue pour ses productions laitières mais surtout fromagères, planifie déjà sa production en s’organisant en coopératives interprofessionnelles pour s’adapter régulièrement à l’évolution de la consommation et éviter ainsi les surproductions. Toutefois cette planification locale, très efficace est fatalement contraire aux règles européennes de libre échange et s’est donc développée sous le label « appellation d’origine contrôlé » (AOC). Cette planification met en place un cahier des charges comportant des normes environnementales strictes avec la limitation de la fertilisation et de l’achat d’aliments extérieurs comme le soja génétiquement modifié. Les producteurs de comté par exemple, maîtrisent la majeure partie de l’outil de transformation.

En outre, le système des AOC intronise un rapport de forces plus équilibrées avec l’industrie agroalimentaire, puisque 40% de marge du produit final va au producteur contre 20% pour un producteur de lait standard. Ce système gagnant pour notre agriculture donne un meilleur revenu aux agriculteurs, qui produisent dans le cadre de structures plus petites, moins polluantes et créant davantage d’emplois. L’organisation des éleveurs dans les bassins de production et la régulation des prix nous semble obligatoire. Ce système doit immédiatement être généralisé au niveau européen et faute de réponses européennes immédiates, la République française doit permettre à un maximum de producteurs de lait en collaboration avec les collectivités territoriales et les chambres d’agricultures, d’aller vers ce système des AOC.

L’Union Européenne qui joue aujourd’hui le rôle de police, juge et banque des agriculteurs doit réapprendre ses véritables missions, c’est à dire, par une refonte totale de la PAC, une stabilisation des prix et une protection des marchés pour assurer un revenu équitable aux agriculteurs et l’autosuffisance alimentaire de l’Europe. La révolution du système agricole européen que nous, socialistes, souhaitons paraît aujourd’hui difficile avec une majorité ultra-conservatrice et ultra-libérale au parlement européen. Pourtant, des solutions simples sont envisageables et peuvent créer un consensus au parlement comme par exemple, des aides versées par actif agricole et non plus par hectare, ce qui favoriserait l’emploi face au capital. Ainsi, les subventions pourraient être réorientées avec comme objectif l’autonomie des exploitations mais aussi la promotion des circuits courts.

Ce n’est un secret pour personne -si ce n’est pour les bénits oui-oui de l’UE- : aujourd’hui,  l’Europe s’est donnée comme but principal la compétitivité des productions agricoles sur les marchés mondiaux. L’alternative que nous proposons, qui est frontalement opposée à la vision européenne actuelle, suppose une remise en cause des accords de libre-échange et la mise en place d’une régulation ayant pour principes fondamentaux la solidarité avec les petits et moyens agriculteurs et la souveraineté alimentaire. Seul le changement que nous proposons permettra de répondre à la crise économique, sociale et écologique que connaît notre agriculture et surtout au défi n° 1 de notre temps : nourrir des milliards d’être humains !

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2 Responses to Pour une véritable révolution agricole.

  1. Florian says:

    Des propositions concrètes et surtout l’occasion de rappeller l’importance des politiques européennes pour l’ensemble des citoyens et encore plus en termes de politique agricole! Et en plus c’est bien écrit lol!
    J’adhères!

  2. julien guerin says:

    C’est vrai que la construction libérale de l’Europe impact nos vies quotidiennes…belle idée que l’Europe mais une idée mise à mal par le libéralisme….

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