Au Honduras, ce sont nos frères qu’on assassine !

Seuls les bavards impéni- -tents et les démocrates naïfs pensent que l’échec d’un mouvement social est secondaire par rapport à son importance symbolique et évocatrice. « Qu’importe, l’essentiel était de montrer que c’était possible ! », « nous nous souviendrons de cette expérience dans l’avenir » sont pour eux des slogans toujours prêts à l’emploi. Ces gens-là parlent de la sorte parce qu’ils ne voient pas que nous vivons dans un monde de classes, où les développements politiques sont subordonnés à des rapports entre les différentes couches sociales, rapports par nature instables et fluctuants. Peut-on réellement croire que les classes dominantes, qui ont cru voit leur trône vaciller et leur dernière heure arriver, vont loyalement congratuler leurs adversaires, une fois la tempête passée, sans tenter de tirer partie de la situation nouvelle créée par les événements ? Peut-on penser sérieusement que les possédants, qui ont vu se lever contre eux un peuple emmené par une nouvelle génération militante, vont attendre les bras croisés le prochain affrontement, sans tenter d’affaiblir leur adversaire ? La réponse est évidemment non.

Pourtant c’est ce que pense en leur for intérieur tous ceux qui, intoxiqués par les « médias démocratiques », estiment que la démocratie pure a été rétablie au Honduras depuis les élections de novembre 2009 qui ont mis fin à la période troublée ouverte par le coup d’Etat militaire du 28 juin dernier contre le président Zelaya. Avec d’autres, l’Offensive Socialistes avait tenté de montrer, l’été dernier, que l’Amérique latine était à un tournant et que l’échec du « Front de résistance au coup d’Etat » au Honduras aurait une signification politique décisive pour tout le sous-continent. Derrière les putschistes honduriens et leurs alliés nord-américains se tenaient en effet, prêtes à l’action, les forces obscures et barbares qui avaient ensanglanté l’Amérique latine pendant plus de 20 ans. Nous l’avions dit, les soutiens du régime putschiste légitimé par les accords de Tegucigalpa du 30 octobre, puis par les élections de novembre 2009, ne sont rien d’autres que des assassins, des petits chefs de bandes dont la raison d’être est de liquider le mouvement ouvrier et démocratique indépendant par tous les moyens.

Ces tueurs à la petite semaine, forts d’une expérience acquise dans les années 1980, mais qui n’ont étonnamment jamais été inquiétés par la justice depuis, attendaient, tapis dans l’ombre de la vie civile, une occasion pour exercer à la lumière du jour leur savoir-faire incomparable fait d’interrogatoires musclés, d’enlèvements, de tortures, de viols ou encore de séquestrations et d’assassinats purs et simples…  L’échec final de l’expérience Zelaya et l’incapacité du mouvement social à mettre dehors les putschistes ont suscité une démoralisation chez les travailleurs et un reflux objectif de notre camp au Honduras et dans toute l’Amérique latine.  C’est dans ce genre de moments que la terreur fasciste, jouant sur la peur panique de la petit-bourgeoisie, fait merveille, comme dans l’Italie des années 1920, dans l’Allemagne d’après 1933, dans l’Espagne d’après 1939 et -plus près de nous- dans le Chili de Pinochet. Les cadres du Front de résistance au coup d’Etat sont bien sûr les premières victimes de cette répression à froid menée par des assassins professionnels et en premier lieu par le joyeux drille Billy Joya, ancien ministre putschiste de juin à novembre 2009, mais surtout chef de l’escadron de la mort « 3-16 » de 1984 à 1991, le bataillon d’extrême-droite le plus meurtrier de la période au Honduras… Nous espérons que ces quelques détails ébranleront un tant soit peu les certitudes de ceux qui ont tout compris et qui pensent que la démocratie pure  et éthérée existe au-dessus des classes et de leur rapports conflictuels qui font jusqu’à nouvel ordre l’histoire humaine.

Parce que ce sont nos frères de lutte qu’on assassine, qu’ils soient enseignants, journalistes, ouvriers ou paysans. Parce que se taire reviendrait à donner raison aux bourreaux qui s’acquittent justement de leur sinistre tâche afin d’« emplir l’univers de silence », pour reprendre les mots d’Aragon mis en musique par Ferrat. Parce que c’est notre camp dans son entier, le salariat mondial, et tous les peuples libres de la terre qui sont visés par ces agressions barbares, il est de notre devoir de faire connaître ce qui se passe, pour des centaines de militants ouvriers et démocrates, dans ce paradis démocratique qu’est le Honduras, allié des Etats-Unis et de l’Union européenne. Gloire à nos camarades qui, au nom de leurs idéaux, tombent sous les coups des escadrons de la mort ! Honte à tous ceux qui, par leur silence, leur mensonge et éventuellement leur manne financière, couvrent d’un voile pudique les agissements de la contre-révolution à l’œuvre en Amérique latine ! Envers et contre tout,  venceremos ! Nous vaincrons, car les bandes fascistes utilisées par l’impérialisme ne constituent qu’une poussière humaine face à la force immense qui est celle de notre camp quand il sait s’organiser.

Nous reproduisons ci-dessous un article de Jean Ortiz, paru sur le site du Monde Diplomatique le jeudi 1er avril :

http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2010-04-01-Honduras

Au Honduras, la normalisation par la guerre sale

« Depuis la farce électorale du 29 novembre 2009 destinée à blanchir le coup d’Etat militaire du 28 juin contre le président Manuel Zelaya, la « médiacratie » a bien fait les choses : avec la bénédiction des Etats-Unis et de l’Europe, le Honduras aurait retrouvé la démocratie.

Or, voilà que les masques du prétendu « gouvernement de réconciliation nationale » tombent. Comme dans les années 1980, le pouvoir a entrepris une campagne de liquidation sélective des militants et dirigeants du Front national de résistance populaire (FNRP), à travers des escadrons de la mort qui sévissent en toute impunité. Le 23 mars, le professeur Manuel Flores a été abattu dans son établissement, San José de Pedregal, devant ses élèves et collègues. Dirigeant syndical du Collège des professeurs de l’enseignement secondaire, il était également membre du Parti socialiste centraméricain. Le 26 mars, des journalistes du Canal 4 de Juticalpa, Ballardo Mairena et Manuel Juarez, ont été criblés de balles par des hommes armés qui leur avaient tendu une embuscade. Ces deux morts s’ajoutent aux cinq journalistes assassinés en quelques mois par le régime du président Porfirio Lobo.

Le 25 mars, onze dirigeants syndicaux de l’Enseignement supérieur de l’Université nationale autonome du Honduras (UNAH) ont été arrêtés, ligotés et enchaînés comme des malfrats. Dans le département d’Atlantidá, cinq paysans ont été abattus depuis le début de l’année, dont José Antonio Cardoza et José Carias, du Mouvement unifié des paysans d’Aguán (Muca). Le
défenseur de la forêt, Francisco Castillo, a également été liquidé.

La haut-commissaire aux droits de l’homme de l’Organisation des Nations unies (ONU), Mme Naty Pillay, a demandé le 15 mars que s’ouvre une enquête sur « les cas de violations du droit à la vie, torture, arrestations arbitraires et viols » au Honduras.

Le coup d’Etat préventif du 28 juin 2009 était bien un avertissement à tous les peuples d’Amérique latine, une tentative de coup d’arrêt, d’intimidation envers l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique (ALBA), et visait à refaire du Honduras le gendarme américain en Amérique centrale.

Renforcée, plurielle, inventive, non-violente, l’opposition hondurienne, rassemblée au sein du FNPR, ne désarme pas. Elle va entreprendre, d’avril à juin, une grande consultation nationale pour recueillir les signatures de 30 % des électeurs en vue d’exiger une Assemblée constituante débouchant sur la refondation du pays, par l’élaboration d’une constitution ayant désormais pour garant le peuple et non l’armée et l’oligarchie.

L’Union européenne se tait ; elle a repris tant ses relations avec Tegucigalpa que les négociations commerciales avec l’ensemble de l’Amérique centrale – dont fait partie le Honduras – pour signer en mai prochain un traité de libre commerce ».
Jean Ortiz

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