Elections italiennes: derrière les capitulations de la gauche, le spectre de l’extrême droite

Par Julien Guérin (42)

Les élections régionales se suivent mais ne se ressemblent pas. Après la déroute infligée à la droite et à Sarkozy le 21 mars dernier dans notre pays, une consultation avait lieu le week-end dernier en Italie. Le contexte politique transalpin, même si il présente quelques différences notables, présentent quelques similitudes avec le nôtre. Une droite de combat libérale et affairiste emmenée par le mafieux milliardaire Berlusconi y est revenue au pouvoir depuis 2008. Face aux attaques en règle que Berlusconi et ses alliés d’extrême droite de la Ligue du Nord font subir aux salariés, la gauche italienne est divisée, impuissante et peu combative.

En mai 2008, cette gauche a perdu le pouvoir qu’elle était parvenue à reconquérir deux ans auparavant. Largement ralliée au blairisme et à l’actuelle construction libérale de l’Europe, refusant de prendre à bras le corps les questions sociales fondamentales (inégalités Nord-Sud dans le pays, précarité, bas salaires, toute puissance des médias pro Berlusconi) cette gauche sans couleur et sans saveur a été lâchée par le peuple. La droite rassemblée par Berlusconi dans le Parti du peuple de la liberté (PDL) a alors formé un gouvernement d’union avec la Ligue du Nord de Bossi. Ce parti ouvertement xénophobe et anti-immigrés a su rallier à lui un électorat populaire inquiet face à une mondialisation libérale qui désarme les peuples et cela en flattant les bas instincts et en jouant sur les peurs. Dans le même temps, le principal parti de gauche, héritier du parti communiste, avait tourné le dos à son histoire et complètement renoncer à ses taches historiques. Ce parti démocrate et centriste, ne se réclamant même plus de la gauche, est incapable de rassembler les opposants au berlusconisme et de combattre la politique du gouvernement. Dans le même temps, la gauche radicale, éliminée du Parlement en 2008 est terriblement divisée et peine à se faire entendre dans le débat national et dans le mouvement social. C’est un véritable scénario catastrophe qui s’est dessinée en Italie : d’un côté un parti de gauche de masse mais coupée de ses racines populaires et ouvrières et de plus en plus libéral, et de l’autre une gauche de la gauche émiettée et embourbée dans de stériles bagarres d’appareil.

Durant deux ans la droite a ainsi pu mener une politique brutale et décomplexée contre les travailleurs et les immigrés créant ainsi un climat détestable dans le pays. Une bande de mafieux affairistes et vulgaires contrôlant la quasi-totalité des médias semblent avoir fait main baisse sur l’Italie. Privatisations, licenciements, politique agressive envers les travailleurs immigrés, tout semblait réunit pour une remobilisation de la gauche. Le 12 mars une grève générale était massivement suivie par les salariés et replaçait au cœur du débat la question sociale.

La droite aurait dû donc subir une grave sanction dans les urnes mais Berlusconi et ses alliés viennent de remporter une victoire assez nette lors du scrutin du 29 mars dernier. En se cantonnant à une dénonciation morale des dérives du régime, la gauche qui a déserté les questions sociales a ainsi ouvert un boulevard aux populistes de la Ligue du Nord. Les régions de Vénétie et du Piémont seront dirigées par cette formation qui progresse désormais dans le centre du pays tout en gardant ses traditionnelles implantations dans le nord. La gauche ne détient plus que 7 régions sur 20 et le parti démocrate plafonne à 26 % des voix, tandis que les divers mouvements à sa gauche se hissent à 5, 5 %. Quelle leçons ont tiré de cet échec les chefs démocrates ? Aucunes si ce n’est en appelant à une large coalition avec des formations du centre-droit… Désespérant… Dans le même temps, la gauche authentique reste divisée et impuissante à apparaître comme une réelle alternative. Un regroupement des forces à la gauche du Parti démocrate (Fédération de la gauche, Refondation Communiste, Gauche et liberté…) est plus qu’indispensable pour ouvrir une issue. La gauche italienne qui n’a pas capitulé devant le libéralisme doit enfin faire table rase des vieux conflits du passé. Les intérêts particuliers d’appareil doivent s’effacer devant l’intérêt général du salariat d’Italie ! Il faut qu’enfin apparaisse une lueur d’espoir dans ce triste tableau transalpin ! Cela sera d’autant plus impérieux que la Ligue du Nord demande déjà à Berlusconi une politique encore plus dure… Le mouvement social aura besoin de débouchés politiques !

Au regard de ce scrutin, plusieurs enseignements apparaissent : quand la gauche n’incarne plus une alternative à l’ordre établi et quand le clivage avec la droite disparait, c’est l’extrême droite qui prospère. De même, quand la gauche déserte les questions sociales pour se réfugier sur de simples postures morales, le peuple se détourne d’elle. Dernière leçon importante : une gauche divisée est impuissante face à une droite unie pour défendre les intérêts du capital.

Cela signifie qu’en France comme en Italie c’est à la préparation d’un programme commun de rupture et de sortie de crise que toute la gauche doit s’atteler. Pour écraser la droite et l’extrême droite, les salariés ont besoin d’unité et d’un projet qui leur permette de relever enfin la tête.

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