Pour en finir avec le chômage de masse !

Par Tunjai Cilgi (64)

"L'armée de réserve" se révolte

L’honnêteté oblige à dire la vérité. Le chômage de masse n’est pas une fatalité, pas même à cause de la mondialisation qui a décidément bon dos. Cette situation catastrophique est le produit des décisions politiques dont, hélas, les dirigeants du PS en particulier portent leur part de responsabilité. Devant l’ampleur et la profondeur de la crise qui frappe de plein fouet les salariés et les jeunes, la gauche dans son ensemble doit tirer toutes les leçons des « politiques de l’emploi » qu’elle a menées depuis 1981 et ne pas esquiver la question. Surtout pas avec 4,3 millions de chômeurs qui attendent un vrai emploi pour se construire un avenir !

La gauche qui parle d’« alternative » au mode de production du capitalisme n’arrive toujours pas à proposer du concret. Tout d’abord parce qu’elle est divisée et qu’elle n’a pas de programme commun qui apporte des droits concrets. Elle se contente de grand discours lyriques et convenus sur les « valeurs de gauche », qui -bien que, dans leur généralité, partagées par une majorité de citoyens- demeurent confuses temps qu’elles ne se traduisent pas en droit concret.

L’emploi est le souci numéro un des Français. Il est au cœur des questions sociales. Mais il préoccupe et inquiète davantage les jeunes qui craignent de plus en plus pour leur avenir et à qui on demande de gâcher leur jeunesse pour espérer une retraite que 30 ans de contre-réformes de la droite ont réduit à la portion congrue. C’est dire si les dirigeants de la gauche ont une lourde responsabilité. Ils doivent tenir compte des aspirations majoritaires des salariés et des jeunes et leur apporter des réponses en terme de droit concret. Ce sans quoi ils ne réussiront pas à dynamiser et mobiliser les électeurs de gauche pour remporter les échéances électorales à venir, et par-dessus tout l’affrontement de 2012.

Pour en finir avec le chômage de masse, la gauche de retour au pouvoir doit en premier lieu réaffirmer la primauté du droit et de la loi sur le contrat. Et abroger toutes les lois anti-démocratiques qui permettent de leur déroger. Elle doit ensuite restaurer les 35 heures en rapprochant la durée effective de travail au plus près de la durée légale. Pour cela, elle doit abroger la loi TEPA qui assouplit le recours aux heures supplémentaires rendues moins coûteuses par la défiscalisation promue par la droite. Nôtre tâche, c’est de les rendre plus coûteuses afin de préserver la santé des salariés d’abord et, ensuite, afin d’éviter que le recours aux heures supplémentaires privent les chômeurs du moment d’un emploi qui leur est dû. Les heures supp’ doivent être exceptionnelles et limitées. Il faut également éradiquer les contrats précaires -notamment les temps partiels subis qui précarisent surtout les femmes et les saisonniers- en les réglementant strictement. Plus de 65% des salariés à temps partiels souhaiteraient travailler à temps plein. La gauche, pour être fidèle à son camp, doit réaffirmer le primat du CDI.

Mais ce n’est pas tout. Pour venir à bout du chômage de masse, de cette « l’armée de réserve » que produit le capital et qu’a décrit Marx, il faut en outre s’attaquer frontalement à la modulation des heures de travail. Celle-ci permet en effet aux entreprises d’annualiser les horaires de travail des salariés. Ainsi celles qui ont une activité irrégulière évitent de payer les heures supplémentaires en période de forte activité, car la durée de travail peut varier dans la journée dans la limite de 1607 heures par an et par salarié. Il faut abaisser le contingent annuel des heures supplémentaires -actuellement de 220 heures- à 90 heures par an et par salarié, en les rendant plus coûteuses et en obligeant toutes les conventions collectives à s’aligner. Il faut abroger la loi sur le travail du dimanche et rétablir les deux jours de repos consécutifs. La rupture conventionnelle du contrat de travail n’est pas plus acceptable que le reste, vu le rapport inégal « de subordination » qui existe entre le salarié et l’employeur.

La gauche doit proposer d’autres mesures qui permettront de faire disparaître le chômage de masse : un droit du travail renforcé en faveur des salariés, l’instauration d’un contrôle administratif sur les licenciements en alourdissant les sanctions financières, mais aussi le strict conditionnement des baisses de cotisations sociales à l’investissement productif, au respect de l’environnement et à la qualité des emplois. La démocratie sociale reconnaît aux salariés du public comme du privé un pouvoir de décision sur l’évolution et la gestion de leur entreprise. Il faut que ce versant de la démocratie devienne une réalité tangible, afin que le salariat prenne conscience de son immense force collective. Pour l’emploi des jeunes, la gauche doit défendre la retraite à 60 ans et à 55 ans pour les métiers pénibles. En conséquence, nos organisations ne peuvent qu’être hostiles au travail des seniors au-delà de 60 ans, pis-aller inventé par la droite pour amoindrir l’effet dévastateur de ses contre-réformes. Le futur gouvernement de la gauche unie devra investir massivement dans l’éducation, la recherche et la formation continue des jeunes et des salariés. Il aura enfin pour mission de supprimer le RSA, véritable arme de précarisation massive, et d’imposer au patronat le SMIC à 1600 € brut pour relancer l’économie par la demande.

En finir avec le chômage de masse appelle des propositions concrètes de la part des dirigeants de la gauche. Et du PS singulièrement, puisqu’ils doivent rompre avec 30 ans d’accommodement avec les idées du capitalisme qui n’ont apporté qu’injustice, inégalité, précarité et misère. Désormais, la balle est dans leur camp.

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