Illégitime, minoritaire et rejeté : « tu vois pas qu’on t’aime pas ? »

La communication est parfois un art prodigieux. Malgré le raz-de-marée rose, rouge et vert, malgré une abstention qui prouve le désespoir de nombreux concitoyens, malgré le retour en grâce du FN qui renoue avec ses scores ante-sarkozien, la droite arrive quand même à pavoiser ! Pensez donc ! Conserver l’Alsace, terre démocrate-chrétienne chimiquement pure, et gagner la Réunion en raison de la division de la gauche, quelle grande victoire ! On a les succès qu’on peut… et aussi ceux qu’on mérite ! Qu’ils sont beaux les « éléments de langage » de la novlangue libérale assénés mécaniquement, tels des pensums, par des ministres fayots, qui veulent plaire à leur maître… L’UMP entend le « message » des Français, mais tient à garder le cap des « réformes » rendues nécessaire par la mondialisation qui nous invite à être toujours plus « compétitifs ». En fait, les Français veulent des réformes, mais n’en voient pas encore les effets (dîtes ça à un prof, à une infirmière, à un cheminot, à un salarié sans-papier ou à une accidenté du travail, juste pour voir !). Il faut donc encore plus de « pé-da-go-gie » !

De toute façon, le camouflet reçu par la droite n’a rien à voir avec cela, puisque les régionales sont par essence des élections « lo-ca-les ». Que les vingt ministres de Sarko candidats (dont 8 têtes de liste) aient été largement battus ne change rien à l’affaire… Les Français ont voté pour leur « vie quotidienne » et non en fonction de vulgaires « intérêts politiciens ». Dans ce cas, soyons cohérents une minute : les grands perdants, ce sont les présidents de région socialistes qui n’ont pas réussi à mobiliser sur le bilan. L’abstention n’est que le reflet de l’échec des socialo-communistes… La gauche a donc un « devoir d’humilité », puisque sa victoire est en réalité une défaite dans le monde orwellien qu’est la Sarkozie ! Nous n’oublions rien ? Si, bien sûr ! Le couplet sur la gauche qui profite des voix du Front National et surfe sur les idées extrémistes. C’est un drame car, quand la droite l’emporte, au moins, on est sûr que le siphon à électeurs fonctionne à plein et que le FN est au plus bas… « Misère de la philosophie », disait Marx à l’intention de Proudhon ; nous pourrions ajouter « politique de la misère, misère de la communication »…

Les leçons du second tour des élections régionales sont très simples à tirer. Ils sont illégitimes, ultra-minoritaires et ils doivent partir au plus vite. En bas, on ne peut plus vivre comme ça, avec des salaires qui stagnent depuis si longtemps, des heures supp’ payées aux calendes grecques, des fins de mois interminables et des mois qui commencent à tous s’appeler décembre, comme le disait joliment Brel. En haut, on commence à ne plus pouvoir. Les fissures apparaissent au sein des classes dominantes, entre ceux qui veulent passer en force, ceux qui veulent trouver un compromis avec le salariat et ceux qui hésitent, voire qui ne savent plus où ils sont. D’où cette hésitation d’une part de la droite : voter FN pour appeler à un rassemblement de combat de toute la droite rendu possible par le passage de témoin du « Vieux » à sa fille beaucoup plus « fréquentable » pour la bourgeoisie ? S’abstenir pour montrer son mécontentement et relancer un Villepin qui commence à croire qu’il pourrait devenir l’alternative à Sarkozy dans le camp d’en face ? Voter Europe et Écologie pour affaiblir la gauche et y surdéterminer les débats sociétaux qui excitent les bobos, mais qui font fuir les ouvriers et les employés ? Se résoudre à voter naturellement UMP au risque de conforter la fuite en avant du pouvoir actuel ? Il est des moments où être du côté du patronat et des actionnaires n’est pas forcément choses aisée…

Même leur base sociale est défaillante. L’insistance des ténors de l’UMP à propos du cri de désespoir du monde rural prouve à elle-seule que les paysans et les terres rurales ne sont plus acquis à la droite. Qui sème la désertification récolte l’abstention ! Les petits patrons eux-mêmes se posent de nombreuses questions, eux à qui on avait fait miroiter des allégements de charges dont on ne voit pas l’ombre à l’horizon. Ces idiots ont vraiment cru aux promesses du candidat Sarko qui ne devaient bien sûr se concrétiser que pour ses copains du Fouquet’s et ses potes du CAC 40 ! La droite ne représente même plus 10 % des inscrits et sa politique ne contente objectivement qu’à peine 1 % de la population : les super-riches qui ne peuvent plus s’engraisser que sur la destruction des dernières semences de socialisme soustraites à la rapacité du capital. Pour eux, pas question d’une « pause » dans les « réformes ». Et Sarko le sait. En bon cycliste ami de Drucker, il sait qu’il est condamné à avancer sous peine de chuter… L’affrontement social est donc proche et ses conditions objectives sont plutôt favorables à notre camp.

Tout repose sur les organisations de gauche et sur les confédérations syndicales. Ce sont elles qui détiennent la clé de la situation politique. Le devoir de la gauche, ce n’est pas de gérer loyalement et sainement les régions. Ce n’est pas de s’enfermer dans les affres de la gouvernance locale, si intimement liée aux politiques bruxelloises et au désengagement de l’Etat. Il faut se battre contre le transfert des compétences, mais sans regretter l’absence de transfert de ressources budgétaires. Le désengagement de l’Etat et la régionalisation, autres noms de l’omniprésence à tous les échelons d’agents étatiques opposés la souveraineté populaire, est le mal absolu, avec ou sans transfert de moyens ! C’est l’exact opposé du projet socialiste qui s’est toujours construit autour d’un peuple s’érigeant en nation. Il ne faut donc pas se contenter de « gérer » les régions -nous ne savons que trop que notre parti regorge de gestionnaires de talent !-, mais utiliser ces collectivités comme une arme contre la politique de la droite. Cela passe par le rejet total de la réforme territoriale de Sarko, qui constituerait l’achèvement de la domestication de la souveraineté républicaine par la contrainte étatique venue d’en-haut. Le vieux rêve de De Gaulle enfin réalisé, 40 après l’échec de son projet de régionalisation ! La gauche doit combattre, au risque de se trahir elle-même et de se cantonner dans une gestion locale qui laisserait à la droite les mains libres pour occuper ad vitam aeternam le pouvoir d’Etat. Ce combat contre la droite passe par l’unité et par l’édification démocratique d’un programme commun de gouvernement de toute la gauche, qui susciterait bien plus d’enthousiasme que n’ont su le faire les présidents de régions, malgré tous leurs efforts et leurs mérites respectifs.

Les organisations syndicales, qui appellent aujourd’hui à la grève et à la manifestation, ont une responsabilité tout aussi importante. L’homme pressé qui est au pouvoir se doit d’avancer et n’a pas renoncé à s’en prendre à nos retraites, utilisant les hésitations que la direction du PS a pues émettre ces dernies temps à ce sujet. Il n’est pas question de remettre en cause le départ à la retraite à 60 ans, ni de rallonger la durée de cotisation. Les salariés dans leur grande majorité exigent même l’inverse : le retour en 37, 5 annuités qui sont conformes à ce qui se passe dans la vie, et non dans les cerveaux embrumés des libéraux. C’est cette plate-forme simple, mais unifiante, que doivent porter nos syndicats. Non dans le cadre d’un dialogue social « constructif », puisque le pouvoir en place est condamné. Qui sont-ils pour imposer une réforme, eux qui ne représentent même pas 10 % de la population ? Refuser la discussion sur la base des projets gouvernementaux et des recommandations du Conseil d’Orientation sur les Retraites (COR) est une exigence de fond. C’est dans l’unité et la démocratie la plus large que notre camp pourra l’emporter. Par la grève et la mobilisation sociale d’une classe qui reprend confiance ! Pas par la négociation de couloir avec un pouvoir moribond !

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