La leçon du 1er tour : la gauche est archi-majoritaire !

Par Jean-François Claudon (75)

2004, 2005, 2008, 2009, 2010… Depuis 6 ans au moins, les échéances électorales successives ne cessent de rappeler les caractéristiques et les leçons des scrutins ultérieurs. Pas dans le sens d’un « éternel retour du même », puisque les résultats respectifs de chaque vote ont pu être très différents, mais plutôt dans le sens d’une pesanteur lancinante, d’une tendance lourde de l’histoire qui n’attend qu’à advenir, mais que le vieux monde retient encore par la bride. Et cette tendance à un nom : c’est le socialisme, c’est-à-dire la victoire de toute la gauche, adossée au mouvement social et unie sur la base d’un programme antilibéral d’urgence démocratique et sociale. Comment peut-on affirmer cela de façon si péremptoire ? Simplement en analysant sérieusement les faits. Parce que la gauche est largement majoritaire dans ce pays depuis 2004, si ce n’est 2002 !

Le total des voix de gauche (PS, écologistes, PC-PG, NPA, LO) l’emporte toujours, scrutin après scrutin, hormis en 2007, exception plus que significative. Jugez du peu ! 54 % dimanche dernier ; plus de 45 %, bien au-dessus de l’UMP et de ses sbires, en juin 2009 ; près de 45 % également en 2008 lors des municipales ; plus de 50 % -déjà- aux régionales de 2004… Et que dire de ce jour du joli mois de mai 2005, où le peuple de gauche a imposé son unité à ses directions divisées, en disant massivement « non » à l’Europe libérale ? Ce qui change à chaque échéance, ce n’est finalement que la répartition des voix interne à la gauche. Comment, là aussi, trouver un axe unifiant, alors que les réalignements ont été très forts dans notre camp ? En réalité, à chaque élection, le parti de gauche qui rafle la mise est systématiquement celui qui a manifesté pendant la campagne la posture la plus unitaire : le PS en 2010 ; le Font de Gauche, mais surtout Europe Ecologie en 2009 ; l’ex-Gauche plurielle en 2008 ; le PS et même -pourrait-on dire- Besancenot en 2007. Et à chaque scrutin les diviseurs payent très cher leur tactique, opportuniste ou sectaire : le NPA et -à un degré moindre- les écologistes en 2010, le PS en 2009, le PC en 2007…

Voilà la vérité du scrutin de 2010 : la gauche est encore plus majoritaire que ces dernières années et c’est de loin le bulletin de vote du PS qui a été le plus utilisé par les salariés de ce pays pour s’opposer à la droite violente, minoritaire et illégitime qui nous gouverne au profit de quelques dizaines de milliers de super-riches. Ceux-là mêmes qui critiquent l’orientation politique du PS, qui ont voté Europe-Ecologie, extrême-gauche -voire Modem !- ces dernières années, reviendraient ainsi au bercail social-démocrate… Les observateurs « impartiaux » des rédactions, tout comme les gauchistes -qui ne sont eux-aussi rien d’autres que des spectateurs impuissants de la lutte des classes- en perdent leur anglais, eux qui sont incapables de comprendre que les salariés vivent, ressentent et évoluent en fonction de la situation objective. Ainsi, aux yeux de millions de citoyens, le PS apparaît actuellement, grâce au travail effectué par sa nouvelle direction, comme la force à gauche capable de se poser en alternative du régime actuel. Que cette conscience soit confuse, précaire et même peut-être erronée ne lui empêche pas pour autant d’exister. Que la remise sur les rails du PS soit pour l’instant insuffisante et que notre parti ne constitue pas encore l’organisation capable de changer vraiment la vie n’empêche pas de penser et de dire qu’il va dans le bon sens, n’en déplaise aux excités qui voient des trahisons sociales-démocrates à tous les coins de rue ! Les salariés veulent mettre dehors ce pouvoir inique et sont prêts à tout pour manifester leur opposition, à se saisir du bulletin de vote PS s’il le faut, quand bien même ils l’ont boudé il y a moins de 10 mois lors des élections européennes. Ce n’est pas de l’ingratitude ou de la valse-hésitation, c’est juste la logique interne de la lutte des classes !

Mais le fameux « vote utile » n’est pas le seul moyen de dire non à au capitalisme, aux libéraux et à l’UMP. S’opposer, pour des millions de salariés dimanche dernier, a avant tout consister à ne pas aller voter. L’abstention est massive, tout le monde le constate et s’en émeut, mais c’est une habitude lors des scrutins régionaux qui n’ont jamais suscité l’enthousiasme des foules. Toujours est-il que l’abstention est passée cette fois devant la participation, ce qui pose question. Il est évident que les fans de la rupture, ces quadras dépolitisés qui s’étaient jeté dans les bras du 1er flic de France en 2007 au cri de « travailler plus pour gagner plus » ne sont pas allé voter dimanche. L’abstention exprime la méfiance d’une fraction importante de l’électorat que Sarko avait réussi à mobiliser lors des présidentielles. Sarko, l’ami des grands patrons qui parle aux pauvres, l’incarnation du capital qui défend le travail en invoquant les mânes de Jaurès et de Blum, a été définitivement démasqué par ceux-là mêmes qu’il a trompés. En outre, la clientèle traditionnelle de la droite, agacée par le côté « bling-bling » du régime sarkozien ainsi que par les frasques de la clique au pouvoir, ne s’est pas rendue en nombre aux bureaux de vote. « Sex, drug and rock’n roll, ça ne paie pas à droite…

Mais l’abstention cache une autre réalité, plus problématique. Un part importante de la jeunesse et du salariat, notamment dans ses couches les plus précaires et les plus exploitées, ne croit pas que la gauche au pouvoir pourrait mettre en place une véritable politique alternative à celle de la droite et du patronat. Là encore, tout est dialectique. Le peuple de gauche s’est massivement mobilisé en utilisant le bulletin PS ou toute autre liste de gauche certes, mais l’abstention prouve que l’adhésion de notre camp social reste très fragile, voire qu’elle n’existe qu’à l’état de projet. Pour l’emporter en 2012, il faudra susciter un enthousiasme bien plus important que le petit courant de sympathie dont ont profité les présidents de régions de gauche. Il faudra un programme qui tranche, qui rompe avec les politiques néolibérales menées par la droite, mais aussi par la gauche, depuis tant d’années.

Car la radicalisation du champ politique s’est encore renforcée lors de cette séquence électorale. D’un côté, la gauche, PS en tête, obtient un score historique. De l’autre, c’est le FN qui tire les marrons du feu de « l’identité nationale ». Le FN retrouve son score traditionnel, qu’il avait déjà obtenu en 2004. Ce n’est donc pas nouveau, mais c’est incontestablement une surprise. Ce retour en grâce d’une extrême-droite trop vite enterrée après l’OPA de Sarkozy sur ses électeurs a plusieurs explications complémentaires. Le climat politique rance de ces derniers temps, suscité à coups de dérapages racistes par une UMP sûre d’elle-même, a joué a plein en faveur du FN. Les apprentis-sorciers de la droite ont une lourde responsabilité dans ce regain de forme du FN. En outre, il est probable qu’un pan des classes dominantes l’a soutenu pour exiger de Sarkozy la continuation de sa politique antisociale, lui qui prétendait avec le scrutin envisager une pause dans les « réformes nécessaires », qui ne le sont finalement plus tant que ça, à l’entendre… Enfin, nul doute que la remontée du FN se nourrit des dégâts sociaux de la crise économique et qu’une partie non-négligeable de l’électorat ouvrier l’a soutenu en croyant pouvoir par ce biais exprimer leur mécontentement. Ce constat sonne comme une mise en garde.  Il faut reconquérir les classes populaires, déçues à juste titre par la gauche, et qui pourraient glisser massivement vers l’extrême-droite dans la prochaine période.

Cette radicalisation politique vers la gauche et l’extrême-droite fait incontestablement des victimes : le Modem, mais aussi en partie Europe Ecologie qui s’attendait à un score beaucoup plus satisfaisant. Le ballon de baudruche du centre s’est définitivement dégonflé. Le compromis du type « troisième voie », forme éculée de la démagogie politique a fait son temps, car l’affrontement social s’approche. La crise économique mondiale ne laisse pas de place aux solutions politiques bancales ou a une quelconque stratégie d’« ouverture ». Il n’y a que deux camps en période de crise : les salariés et les possédants, la gauche et la droite ! Les derniers hésitants devront bien se résoudre à choisir, que ce soit les bobos, les écologistes ou la droite du PS… La bipolarisation sociale et politique va aller en s’accentuant, car la droite, malgré ses promesses de « pause », a encore en tête de nombreux projet de contre-réformes libérales et anti-démocratiques. La plus importante sera celle des retraites.

La gauche, fort de son très probable succès des régionales, doit avancer unie en s’appuyant sur sa nouvelle légitimité et en proposant une politique fondée sur la redistribution massives des richesses. De leur côté, les centrales syndicales doivent refuser le prétendu « dialogue social » qui a fait son temps. Pourquoi négocier avec un pouvoir condamné ? Pourquoi discuter avec la classe sociale qui pousse l’humanité vers l’abîme ? Il faut prendre exemple sur nos frères grecs ou islandais qui refusent de payer la crise des riches et des banquiers et qui s’organisent en ce sens. Les conditions nécessaires sont réunies pour qu’un mouvement d’ensemble de notre camp explose. Personne ne peut le décréter, ni le prévoir, mais une gauche fidèle aux salariés doit s’y tenir prête, en ordre de marche pour ouvrir un débouché politique en cas d’effondrement du pouvoir actuel. Tout cela peut paraître bien ambitieux, voire utopique, mais le régime de Sarko ne tient vraiment plus qu’à un fil…

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :