L’Oncle Sam peut-il changer ?

Par Florent Haspel (69)

L’élection de Barak Obama a suscité un réel espoir au Moyen Orient. L’arrivé au pouvoir du 1er président métis des Etats-Unis était sensée signifier la relance du processus de paix israélo-palestinien, la création d’un État palestinien, la paix en Irak et le règlement du conflit en Afghanistan.  Ils sont encore nombreux, ceux qui prennent Obama pour un messie. Toutefois, pour arriver à ces fins, ce dernier devra se détacher d’une politique extérieure américaine qui n’a pas vraiment changé depuis tant d’années. En a-t-il réellement la force ? Et l’envie ?

Cette politique a été érigée à partir du XIXe siècle avec la « doctrine Monroe » qui marque le début d’un impérialisme continental sans frontière, puis a changé d’échelle avec la « doctrine Truman » qui mondialisait cet impérialisme face à l’URSS et à la contagion communiste consécutive à la 2de guerre mondiale. Les Etats-Unis, depuis plus d’un demi-siècle, ont conduit une politique visant à être présent partout dans le monde, là où leurs intérêts sont en danger, s’érigeant en gendarme de la planète. Malgré la poudre aux yeux moralo-démocratique jetée à la face du monde, il n’est pas dupe. Qui ne sait pas que les motivations américaines en politique étrangère sont avant tout d’ordre économique ?

En effet, la guerre en Irak, qui est encore d’une brûlante actualité en ces jours d’élections législatives ensanglantées, nous montre que les Etats-Unis nourrissent leurs intérêts. Depuis l’effondrement de l’URSS et le relâchement des liens qui les unissaient aux monarchies réactionnaires du Golfe, les Etats-Unis ont pour idée fixe de s’emparer du pétrole irakien. L’Irak présente les plus grandes réserves de pétroles au monde. Le pays regorge d’« or noir » pour encore plus d’un siècle, ce qui ne peut qu’attiser les convoitises des grands blocs impérialistes. Jugez du peu ! Les Etats-Unis n’importaient en 1960 qu’à peine 25 % du pétrole dont ils avaient besoin : aujourd’hui ; ils en importent plus de 75 %… Leur dépendance vis-à-vis des Etats du Moyen Orient a fortement augmenté, alors que, dans le même mouvement, la raréfaction de la ressource devenait un fait objectif et un enjeu géopolitique mondial.

Les Etats-Unis dans un contexte de dépendance pétrolière et de pénurie des ressources naturelles a face à elle deux solutions. La première consiste à diminuer leur dépendance, notamment en demandant aux Américains de laisser leurs voitures à la maison, en taxant l’essence et en privilégiant d’autres modes de transports. N’oublions jamais que chez l’Oncle Sam, la moitié du pétrole sert à faire rouler les bagnoles ! Il va de soi que cette solution est la plus sérieuse, la plus efficace et la plus conforme aux intérêts des travailleurs du monde entier. Toutefois, le président qui opterait pour cette solution ne serait jamais réélu, car il se heurterait de plein fouet à une opinion publique qui a l’automobile dans la peau encore aujourd’hui. L’autre option, celle choisie par les Etats-Unis, consiste a contrôler les sources d’approvisionnement pour rester maître du marché, écarter la pénurie et obtenir un prix du baril, ni trop élevé -sinon le peuple est mécontent-, ni trop bas, car cela pourrait encourager le développement de la Chine, le nouveau rival des USA qui est lui-aussi, en raison de sa population pléthorique, extrêmement gourmand en énergies fossiles.

L’Irak était, dans la logique de l’impérialisme nord-américain, un passage obligé et demain l’Iran risque de constituer sa nouvelle cible. L’Iran n’a certes pas autant de pétrole que l’Irak mais le pays est extrêmement riche en gaz. Cette ressource, qui présente de grandes difficultés d’exploitation et de transport, demande des technologies de pointe que les Américains ont et dont l’Iran ne dispose pas. C’est tout l’enjeu du bras-de-fer qui oppose depuis plusieurs mois, au sein même de l’appareil dirigeant issu de la « Révolution islamiste », le camp « réformateur », prêt à lâcher du leste idéologique pour se rapprocher de l’impérialisme US, et le camp « conservateur » dont la posture plébéienne, le discours nationaliste et le verbe islamiste tentent de dissimuler la fuite en avant. Incontestablement, les Etats-Unis ne sont pas neutres dans l’affrontement au sommet qui a lieu à Téhéran. On le voit, la politique extérieure américaine est fortement liée à ses choix intérieurs. En réalité, les grandes orientations stratégiques et diplomatiques de l’impérialisme nord-américain ne sont que la transposition à une échelle infiniment plus vaste et périlleuse de sa politique intérieure de valorisation du capital. Décidément, on est bien loin de la lutte contre le terrorisme, de la défense des droits de l’homme et de la promotion de la « démocratie à l’occidental »…

S’il voulait réellement parvenir aux fins que l’opinion mondiale lui a fixées, Obama devrait faire preuve d’un courage surhumain, qui l’amènerait ou bien à perdre les prochaines élections ou bien à lâcher le camp social qu’il représente réellement. Bien sûr, aujourd’hui, le discours a bel et bien changé : Obama parle au Moyen Orient, alors que Bush ricanait, mentait et finissait toujours par envoyer les « boys »… Mais dans fond, rien à changé et les échecs de la politique américaine s’accumulent. Depuis l’intervention israélienne à Gaza en 2008, le Proche-Orient est toujours en état de guerre permanente. Comme souvent, la politique est la continuation de la guerre par d’autres moyens et les colons Israéliens continuent à s’approprier les territoires palestiniens, à les quadriller ou à les contrôler. De leur côté, les Etats-Unis continuent à soutenir Tel Haviv avec près de dix milliards de dollars d’aides par ans, quand bien même ce pays est considéré par tous les observateurs comme très développé. Inutile ici de mentionner les armes que les Américains livrent à Israël, puisqu’il paraît que la fleur est au bout de ces fusils…

Obama chercher-t-il tout simplement à améliorer ses relations avec les Etats et l’opinion du monde arabo-musulman ? Ou veut-il réellement régler les conflits en cours et avancer vers la paix ? Au final, ces conflits cautionnent la présence américaine au Moyen Orient en identifiant des ennemis potentiels : le terrorisme, l’islamisme radical, les théocraties religieuses… Mais, en réalité, les classes dirigeantes nord-américaines ne cherchent qu’à satisfaire leurs intérêts économiques historiquement déterminés. A moins d’un changement profond dans la conscience du salariat américain -le hold-up des banques et des hedge funds permettra-t-il ce miracle ?- l’espérance ne viendra pas des USA. Ni bien sûr d’une Union européenne libérale et atlantiste, nain politique vassalisé par l’impérialisme nord-américain, qui pèse très peu au Moyen-Orient, malgré l’héritage historique que portent certains de ses membres. De nouveaux interlocuteurs rentrent en scène dans ces régions comme la Turquie ou la Chine. L’Europe, si elle arrivait à se fédérer politiquement, pourrait peser sur le règlement de ces conflits. Car les solutions existent : elles ont pour nom pacifisme, anti-impérialisme conséquent et solidarité internationale des peuples ! A ce titre, malgré la nouvelle donne, la politique extérieure américaine paraît encore dans l’impasse. Pour autant, nous n’hésitons pas une seconde à dire « bon courage » à Obama. Le courage de changer enfin -au moins un peu- l’Amérique !

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :