Le capitalisme sur le banc des accusés

La crise économique généralisée prouve aux yeux des salariés du monde entier la nature profonde du capitalisme. D’Athènes à New York, de Pékin à Rome en passant par Madrid, la croyance en la divinité libérale affublée de sa « main invisible » s’effrite irrémédiablement…. Car cet effondrement boursier qui n’en finit pas a le mérite de rendre transparent le fonctionnement de la finance de marché, encore perçue il y a peu comme un monde mystérieux que le salarié moyen était incapable de comprendre. Les « génies » libéraux sont des Kerviel en puissance. Ce sont des boursicoteurs qui n’ont qu’un mérite : celui de croire aveuglément à la perfection du monde de non-droit qu’ils servent sans relâche. En ce sens, l’affaire Madoff est exemplaire. On se tromperait en en faisant le mouton noir qui sème injustement le doute sur un système économique sain, ou tout du moins opérationnel. Que les puissants de ce monde ne s’illusionnent pas. Pour les salariés, ce n’est pas l’escroc Madoff qui est dans le box des accusés. C’est le capitalisme en personne ! Et il n’a plus d’alibi, car son compère stalinien n’est plus là pour essuyer les plâtres !

Il n’est pas compliqué de dresser les chefs d’accusation qui pèsent sur le système capitaliste. A nos yeux, ils sont au nombre de quatre. Mais un seul d’entre eux suffirait déjà à écoper de la peine maximale. Jugez du peu !

– Le gang libéral est accusé en premier lieu de cynisme. Une fois encore, le cas Madoff n’est qu’un symptôme. Cette affaire est révélatrice des pratiques d’un monde basé sur le vol, la corruption et sur l’impunité. Le libéralisme, c’est la tolérance zéro pour les faibles et le laxisme généralisé pour les puissants. C’est bien ce que fait Sarkozy et son gouvernement : ils promettent la prison pour des gosses de douze ans, mais laissent en liberté des délinquants notoires comme les dirigeants de l’UIMM et assurent aux patrons incapables des golden parachutes injustifiables. Et que dire de la nomination de Proglio à la tête d’EDF, ainsi que de l’indécence des ses rémunérations… Et c’est ce président redresseur de tort qui voudrait « moraliser » le capitalisme ? Lui qui a dit que « l’économie de marché, c’est la concurrence qui réduit les prix, qui élimine les rentes (sic !) et qui profite à tous les consommateurs » ! Lui qui se plaignait du taux insuffisant d’endettement des ménages français ! Sarkozy ne sera jamais un « réformateur » du système, puisqu’il n’en est rien d’autre qu’un garant…

– Le gang susnommé est également accusé d’archaïsme. Ils ont beau se prendre pour des chantres de la modernité et de l’innovation, ils n’en restent pas moins les premiers responsables de la panne que connaît l’investissement depuis près de 30 ans. En effet, le libéralisme recherche immédiatement les plus hauts rendements. La frénésie qui prend les marchés financiers à chaque découverte d’un titre plus rentable que les autres prouve leur courte vue. Ce système, qui fonctionne sur le mode de la crise, est par nature incapable de voir dans un temps long et de moderniser l’appareil productif. Seul le socialisme peut voir plus loin que les profits d’aujourd’hui et assouvir les besoins sociaux qui ne seraient pas immédiatement rentables. Le monumental flop du « plan de relance » de Sarkozy, fier d’exhiber aux Français ses 15 misérables milliards, ainsi que l’échec cuisant qu’a constitué Copenhague, prouvent s’il en était besoin que le capital est incapable de prévoir. Ce ne sont pas ceux qui ont vidé les caisses qui vont nous faire des leçons en ce domaine… Il faut décidément être un idéologue libéral borné pour croire qu’en donnant de l’argent aux riches, ces derniers vont investir, alors que le taux de rentabilité de la spéculation financière est bien plus élevé que le taux de profit réel !

–  Arrive la pire des accusations pour un système qui se dit pragmatique et qui prétend juger toute action à l’aune de son efficience économique : l’accusation d’inefficacité. Il est temps de le dire, car, chez nos aînés, ils sont trop nombreux ceux qui, intériorisant le virage monétariste de 1983, considèrent le libéralisme comme le seul système économiquement viable. Armés que nous sommes par l’expérience, nous devons rétablir la réalité des faits. En effet, depuis maintenant plusieurs années, le capitalisme financier engloutit plus d’actifs qu’il n’en restitue à l’économie productive. Ainsi, selon Frédéric Lordon, « aux Etats-Unis, la contribution nette des marchés boursiers au financement des entreprises est devenue… négative » ! Ce sont ces improductifs de chercheurs, ces saltimbanques d’artistes et ces fainéants de fonctionnaires qui seront heureux de l’apprendre ! C’est notre tâche de jeunes socialistes que de prouver que ce sont les salariés qui produisent la richesse, et non les joueurs de casino de la City qui, eux, jouent à crédit. Les parasites ne sont décidément pas ceux à qui l’on pense…

– Le dernier grief que l’on doit adresser au libéralisme économique est sûrement le plus patent. Il s’agit de l’accusation d’irresponsabilité. Quand les salariés demandent une hausse de salaire de 50 euros, ces messieurs se gaussent de leur corporatisme forcené et de leur incompréhension des « grands équilibres » économiques. Quand on se bat chez Total pour sauver l’emploi (c’est-à-dire la vie de centaines de familles), ces messieurs font de la pé-da-go-gie et expliquent l’impérieuse nécessité que constitue la fermeture de la raffinerie de Dunkerque… aux yeux du capital !  Mais quand les banques sont aux abois, rien n’est trop bon pour elles. Alors au diable le déficit public et le sort des contribuables ! Depuis ses origines, le capitalisme se fonde sur une idéologie du risque, mais chaque innovation financière crée l’illusion de sa disparition, alors que le risque est consubstantiel au profit. Les explosions des bulles spéculatives successives rappellent cette vérité (1990, 1994, 1997-1998, 2000-2002, 2007-2008…). Mais qu’à cela ne tienne, puisque les Etats paieront ! Le monde de la finance exècre l’intervention publique, sauf quand il s’agit d’éponger ses dettes. La recapitalisation par les Etats des banques institutionnelles, mais aussi des fonds d’investissement dotés des actifs les plus « toxiques », est une erreur gigantesque. Vous récompensez un gamin, vous, quand il vient de faire une grosse bêtise ? Cette politique suiviste encourage ce petit monde à continuer sur la même voie, alors que le monde entier est à juste titre scandalisé de ces agissements intolérables. Le sort actuel de la République hellénique n’était-il pas déjà scellé dans les pratiques financières hétérodoxes qu’elle a consenties de pratiquer ? En effet, Goldman Sachs et les autres institutions financières, tout en faisant artificiellement diminuer la dette de l’Etat grec, ont affaibli l’économie grecque et ont spéculer contre l’euro. Si c’est ça la charte de bonne conduite que le G 20 a fait signer aux mauvais élèves, on peut vraiment s’attendre au pire à l’avenir…

Voilà l’ennemi : il s’agit du capitalisme ! Il prouve plus que jamais ce qu’il est : un système parasitaire qui sacralise les délinquants et fait immanquablement des salariés la seule variable d’ajustement… On oublie trop souvent que les banques privées multiplient les profits depuis le début de la crise, car leurs taux d’intérêt sont beaucoup plus élevés que ceux des banques centrales. Contrairement à ce que l’on croit, pour eux, c’est en ce moment champagne et non doliprane… Pourtant, les délinquants récidivistes qui nous dominent ont peur, car ils savent que la sentence populaire plane au-dessus de leurs têtes. Par la crise et sa « gestion », ils viennent de nous imposer une défaite économique. A nous de les défaire politiquement, car là est notre seule arme ! A nous de mobiliser les millions de jeunes qui n’acceptent pas de payer la crise des Madoff et des amis de Sarkozy !

Les solutions, forcément socialistes, sont de trois types, mais on ne peut pas les appliquer séparément les unes des autres. Elles forment un tout, à l’instar du libéralisme qui fait système :

– Nous affirmons la nécessité d’une relance économique d’ampleur, qui ne peut se faire sans un changement politique majeur en France et en Europe. Cette politique ne peut être le fait de la droite qui a siphonné les caisses publiques au profit de leurs copains du privé. Nous sommes les seuls à avoir des solutions, celles que nous préconisons depuis des années. Pour défaire ce que la droite a fait, il faut chasser Sarko et sa bande et mettre en place une politique économique de relance que promeuvent d’ailleurs les affreux pays libéraux comme les Etats-Unis et la Grande-Bretagne…. Cette politique passe immanquablement par la hausse généralisée des salaires ! Il faut faire passer le SMIC brut à 1600 euros par mois et imposer un salaire maximum pour les dirigeants ! La république, à l’instar des salariés, ne peut supporter le train de vie de Proglio et Cie.

– Mais l’augmentation des salaires bruts ne suffit pas. Il faut également s’attaquer au libéralisme en renforçant la part socialisée des salaires. Il faut sauver la retraite par répartition, la sécu et les systèmes d’allocation ! Le Parti socialistes doit clarifier ses positions pour être à la pointe de ces revendications soutenues par l’immense majorité de la population ! Pas compliqué de financer la protection sociale : il suffit d’augmenter les impôts des plus riches et de diminuer la TVA, cet impôt d’un autre âge. Pour les jeunes, ce renforcement de la part sociale du salaire passe par une activité propagandiste en faveur de l’allocation autonomie, qui ne soit pas seulement un gadget, mais bien un outil pour la jeunesse : une allocation qui crée un statut, qui soit liée à un projet -et non aux revenus des parents- et qui permette surtout de cotiser. Cette démarche implique la création d’une nouvelle branche de la sécurité sociale. Pour développer ce système, plus une exemption de cotisation patronale ! Plus un emploi précaire qui asphyxie la Sécu ! Un CDI pour tous !

– Comment prouver aux salariés de ce pays que notre orientation n’a rien à voir avec celle que préconise Sarko ? Nous, nous ne voulons pas nationaliser les banques pour le seul plaisir de les privatiser quand elles feront de nouveau des profits… Pour se démarquer de cette position libérale, la création d’un pôle bancaire public ne suffit pas. Il faut :

1) poser clairement la question de l’encadrement du libre-échange européen au niveau des flux financiers et des produits issus du dumping social.

2) insister sur le rôle des salariés et des citoyens dans la réorganisation du système financier. Nous nous opposerons à toute nationalisation qui débouche sur le maintien de la gestion entrepreneuriale venue tout droit du privé. Ce sont aux salariés et aux usagers de choisir quand on parle de service public. Généralisation du contrôle démocratique des salariés et des citoyens par le biais de leurs organisations, voilà notre mot d’ordre !

Ce monde d’avance que nous voulons prendre implique de mettre au cœur de notre projet la mobilisation des jeunes et des travailleurs. Ce sont les premiers qui ont fait reculer Sarko et ses sous-fifres sur les contre-réformes touchant l’éducation. Ce sont les salariés qui paralysent les libéraux du monde entier, de l’Argentine à la Grèce, de Dreux à Dunkerque. Alors à eux la parole ! Soutenons sans ambiguïté les mobilisations de notre camp en France, en Europe et dans le monde ! Chez nous, les journées de grèves de ce printemps vont être décisives pour la suite des événements. Nul doute que seule la grève générale interprofessionnelle peut faire reculer la droite sur les retraites et sur les salaires. Et comme un mouvement d’ensemble ne se décrète pas, mais se construit, il faut commencer dès aujourd’hui en militant pour la victoire de la gauche dans toute la France lors des régionales du mois de mars ! Le grand schlem électoral ne changera probablement pas la vie, mais contribuera à imposer le rapport de force social face au patronat et au gouvernement.

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2 Responses to Le capitalisme sur le banc des accusés

  1. GARNIER says:

    Je suis « encore » socialiste et je crains que le socialisme Français ne s’attaque pas à la racine du mal. En effet que propose t-il pour que le politique reprenne la main sur l’économie. C’est à dire qu’un pays puisse créer, évaluer et maîtriser sa monnaie et son économie. Qu’il puisse mettre en place dans un espace politique, géographique et économique de même valeur (niveau de revenus et de richesse produite par habitant similaire) des mesures de protection, seules capables d’assurer une relance efficace par une consommation et une production qui profite aux habitants de cet espace. C’est ainsi que nous protègerons notre outil de production et que nous lutterons contre les délocalisations. Etc.

    Le SMIC à 1600 euros brut pour acheter des voitures japonaise, des chemises chinoises ou des téléphones coréens,

  2. julien Guerin says:

    Oui il faut se battre un protectionisme de gauche tu as raison, il faut protéger les salariés chinois exploités en aidant ainsi à leur lutte mais il faut aussi protéger les salariés français contre tous les patrons (petits et grands).

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