Droit à la propriété ou droit au logement ? Il faut choisir son camp !

Par Julien Guérin (42)

Le tribunal d’instance du Vème arrondissement de Paris vient d’ordonner l’expulsion des militants du collectif « Jeudi Noir » qui se battent pour le droit au logement pour tous. Créé en 2006, ce collectif dénonce la flambée des prix des loyers (notamment en région parisienne) et tente de porter ces questions dans le débat public. En multipliant les actions coups de poing, en sachant attirer l’attention médiatique, cette association bénéficie spontanément de notre sympathie. Trop longtemps cette problématique du logement, essentielle pour des milliers de personnes, est restée en marge des projets politiques… Pourtant se loger est un des premiers droits humains auquel chacun d’entre nous devrait avoir accès !

Le marché de l’immobilier est devenu une source privilégiée de spéculation et d’argent facile depuis quelques années. Hausses vertigineuses des loyers, manque de logements sociaux dans de nombreuses villes, parcs locatifs vétuste, les causes de cette crise sont connues. Les militants de Jeudi Noir ont amené à une prise de conscience de toute la gauche sur cette question. Le combat des Don Quichotte à l’hiver 2007 avait mis au centre cette question. Tous les leaders de la droite avaient alors juré la main sur le cœur et des trémolos dans la voix que, désormais, il y aurait un droit au logement opposable pour chaque citoyen ! Pas moins ! De même, pour résoudre cette question, durant sa campagne présidentielle, le candidat Sarkozy avait défendu un pays de propriétaires…. On connait le désastre  d’un telle politique aux Etats-Unis : des ménages ruinés à qui on avait vendu du rêve. Trois ans plus tard, force est de constater que la situation ne cesse de se dégrader pour des milliers de travailleurs pauvres. La crise, débutée par l’explosion de la bulle immobilière américaine, a eu tendance à accentuer cet état de fait.

Jeudi Noir, les Don Quichotte, Droit au logement (DAL), trois associations actives depuis des années sur ce terrain, mettent aussi le doigt sur un autre problème qui, dans certains centres-villes en voie de gentrification totale -comme c’est largement le cas à Paris-, devient récurent : les appartements vides. Pas moins de 36 000 habitations sont dans ce cas dans la capitale. Cette situation est d’autant plus choquante et inacceptable qu’il existe des centaines de personnes qui n’ont pas les moyens de payer un loyer, qui travaillent mais qui vivent dans la rue ou dans leur voiture ! En France, 5ème puissance mondiale, c’est plus de 100 000 personnes qui (sur)vivent dans ces conditions ! Le droit à la propriété est-il supérieur au simple droit à l’existence et à la dignité de tous? Pour nous la réponse est évidente ! Non ! Cela devrait d’ailleurs être la réponse en toute conscience de gauche !

Depuis le 31 octobre dernier, Jeudi Noir occupe un bel hôtel particulier de 1500 m 2 situé place des Vosges dans le IVème arrondissement de Paris. Le mètre-carré y coûte entre 5 000 à 9 000 euros, un prix rédhibitoire pour la majorité de la population. Le logement en question était vide depuis plusieurs années. Il appartient à une vieille dame de 88 ans qui, depuis 2 ans, vit en maison de retraite et a été placée sous tutelle depuis plusieurs semaines. Son avocat a porté l’affaire devant la justice. Le 18 janvier, le tribunal d’instance du Vème arrondissement de Paris a donc ordonné l’expulsion des étudiants et des travailleurs précaires qui avaient trouvés refuge dans cet immeuble. Le 19, ceux-ci ont réaffirmé qu’ils ne quitteraient pas les lieux et ont reçu le soutien de toute la gauche politique, sociale et associative. Des expulsions sans délai et en plein hiver, quelques jours après la confirmation de la condamnation des Conti, quel symbole ! Ou est la France que l’on aime ? La belle et rebelle, que chantait Aragon et Ferrat, a pris aujourd’hui le visage hideux de Sarkozy, Besson et Hortefeux…

Nous affirmons notre entière solidarité avec le collectif Jeudi noir et son action d’occupation ! Nous affirmons aussi qu’une autre politique à gauche est possible pour assurer le droit au logement ! Il faut appliquer quand cela est nécessaire la loi de réquisition de 1945 sur les appartements vides, renforcer la loi SRU (solidarité et renouvellement urbain) votée sous le gouvernement de gauche en 2000 et rendre inéligible les maires qui ne respectent le quota de 20 % de logement sociaux dans leurs villes. Que dire de Neuilly et de ses 2%…

N’ayons pas peur des mots. Pour résoudre la pénurie et assurer la  pleine satisfaction des besoins, c’est une véritable planification qu’un gouvernement de la gauche unie devra mettre en place dans le secteur du logement. En 1793, Jacques Roux, dit le « curé rouge », écrivait : « La liberté n’est qu’un vain fantôme, quand une classe d’hommes peut affamer l’autre impunément. L’égalité n’est qu’un fantôme, quand le riche, par le monopole, exerce le droit de vie et de mort sur son semblable. La république n’est qu’un vain fantôme, quand la contre-révolution s’opère de jour en jour par le prix des denrées auquel les trois quarts des citoyens ne peuvent atteindre sans verser des larmes. ». Fidèles à cet héritage révolutionnaire, nous réaffirmons la supériorité de tous les droits humains sur le sacro-saint principe de propriété privée ! Il est temps de faire entendre cette voix à gauche !

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3 Responses to Droit à la propriété ou droit au logement ? Il faut choisir son camp !

  1. GARNIER says:

    Ci-dessous un article que j’avais écrit et publié sur agoravox. Puisse t-il inspirer et conforter votre combat.

    « Les fruits sont à tous et la terre n’est à personne

    De Platon à Michel Rocard en s’appuyant sur Jean-Jacques Rousseau, la propriété privée fait l’objet de débats passionnés. La propriété symbole de liberté révolutionnaire est devenue source d’inégalité lorsqu’elle se transmet de génération en génération sans limite.

    « Le premier qui, ayant enclos du terrain, s’avisa de dire : « Ceci est à moi » et trouva des gens assez simples pour le croire fut le vrai fondateur de la société civile. Gardez-vous d’écouter cet imposteur, vous êtes perdus si vous oubliez que les fruits sont à tous et que la terre n’est à personne.
    Quand les héritages se furent accrus en nombre et en étendue au point de couvrir le sol entier et de se toucher tous, les uns ne purent plus s’agrandir qu’aux dépens des autres. De là commencèrent à naître la domination et la servitude. »
    Ces quelques phrases du discours sur « l’origine de l’inégalité » de Jean-Jacques Rousseau, à la veille de la révolution française, tenaient du sage conseil et apparaissent aujourd’hui comme un mauvais présage qui s’est réalisé. Les uns ne peuvent s’agrandir qu’aux dépens des autres et de là naît la domination et la servitude.

    L’égalité entre les hommes apparaît aujourd’hui comme un combat perdu, utopique, où les inégalités sont ancrées si profond qu’elles sont devenues en France et bien au-delà, un état naturel incontestable, aussi réel que l’eau le gaz ou l’électricité.

    De la République de Platon, à L’Utopie de Thomas More, de Babeuf, d’Auguste Blanqui, de Pierre Proudhon, de Karl Marx, et des communistes jusqu’au socialiste Michel Rocard qui, militant du PSU, revendiquait la suppression de l’héritage, la propriété et sa transmission furent toujours sujets de philosophie pour combattre l’inégalité entre les hommes. Tous ces hommes, ces penseurs, ces philosophes et hommes politiques, ceux-là mêmes qui recherchent les moyens de réduire les inégalités, concluent à la nécessité de réformer la transmission de la propriété, pouvant même aller, comme Proudhon, jusqu’à remettre en cause l’existence même de la propriété privée.
    La Révolution française donne le droit de propriété privée pour le substituer au droit seigneurial et féodal. La propriété est pour les révolutionnaires le tremplin incontournable de la liberté et c’est au prix d’un long travail que les révolutionnaires conçoivent la notion d’un droit de propriété privée suffisant pour fonder une économie libérale de marché. Dans le « système ancien », la terre est le signe de la servitude, elle sera le signe de la liberté. Selon les constitutions révolutionnaires successives, « l’homme libre est celui qui ne dépend d’aucun autre, qui n’appartient à personne ». D’où le caractère « sacré » de la propriété privée révolutionnaire. L’évolution de ce monde voulu libre, conduit en fait à transformer le « Tiers-Etat » en classe sociale, où, comme par le passé, cohabitent dans la même inégalité, ceux qui possèdent et qui transmettent et ceux qui servent et qui louent. La noblesse et le clergé, les plus gros propriétaires fonciers, surtout le clergé, vont perdre progressivement et leur autorité et leurs terres au profit de ceux qui les remplacent aux affaires. Les nouveaux riches s’enrichissent et les pauvres poursuivent leur perdition.

    La terre, le sol, l’espace, le fruit qui pousse sur la branche sont devenus domaine privé. L’homme est privé de liberté, privé d’aller et de venir, privé de sentir et de cueillir. La propriété privée est devenue un droit que nul ne peut violer sans prendre le risque de se retrouver dans une vétuste cabane.
    Il y a donc ceux qui possèdent le sol, ceux qui l’achètent, et ceux qui ne possèdent rien. A force d’échanges, de ventes et de reventes, certains paysages – la Côte d’Azur par exemple – sont devenus de grands lotissements de plusieurs centaines de kilomètres où la nature est rongée par des cubes, des immeubles, des villas. On construit les pieds dans l’eau, sur l’eau, sur cette mer qui sera peut-être la nouvelle conquête de l’espace, cette mer au bord de laquelle les accès se privatisent. Comme disait Coluche : « mais jusqu’où s’arrêteront-ils ? »
    La propriété privée n’est plus vécue comme un accès à la liberté, mais se transforme en capitaux, symbole certes du libéralisme, mais bien éloigné de l’ambition révolutionnaire de liberté qui l’a fait naître. Figaro de Beaumarchais pourrait à nouveau lancer : « Noblesse, fortune, un rang, des places, tout cela vous rend fier ! Qu’avez-vous fait pour tant de biens ? Vous vous êtes donné la peine de naître ! »
    Cette totale liberté de vendre et d’acheter, exercée par les riches propriétaires du sol, devient le moyen de dominer ceux qui n’ont rien, de les réduire à l’état de servitude par des locations à des prix exorbitants. Cette évolution contre nature, contre la nature, permet au fil des décennies d’amplifier les inégalités au point d’observer sans mots dire, le concours d’architecte aux grandes bâtisses, les tentes au canal Saint-Martin et ce nouveau droit opposable au logement, qui est à peu près aussi efficace qu’une planche de coffrage pour contenir un tsunami.
    En 2007, selon le ministère du Logement, la France consomme chaque année pour se loger entre 55 000 et 60 000 hectares de terres agricoles, soit l’espace agricole d’un département moyen tous les cinq ans, ou la surface totale d’un département tous les dix ans. Le mètre carré parisien ne saurait se comparer à celui du département de la Creuse, de l’Ardèche ou bien encore à celui qui m’entoure. Ces hectares, principalement arrachés à l’agriculture, sont le fruit de négociations privées dans lesquelles l’Etat n’exerce aucun droit, aucun pouvoir, si ce n’est celui du prélèvement d’un impôt dérisoire et « les uns ne peuvent plus s’agrandir qu’aux dépens des autres ».
    Il n’est pas exprimé dans ce propos la volonté de remettre en cause la jouissance de la propriété privée, comme ont pu le faire les communistes en leur temps avec les succès que l’on connaît, ou de partager l’assertion de Proudhon « la propriété c’est du vol ».

    Il s’agit de reconnaître que l’héritage, sans limite, développe la rente au détriment du travail, accentue les inégalités et fait naître de la propriété la domination et la servitude qu’appréhendait Jean-Jacques Rousseau.
    Figaro n’aurait pu dire : « Le petit s’est donné la peine de naître pour encaisser les loyers ! Que celui-là travaille pour les lui payer ! »
    Mais que faire ? Que pouvons-nous y faire ? Travailler plus pour gagner plus ? Cette incantation ne peut soulever l’enthousiasme des rentiers. Elle ne s’adresse, il est vrai, qu’à ceux qui travaillent. C’est, de la part de son auteur, la consécration de l’inégalité entre rente et capital, à laquelle il convient de ne rien changer.

    Ah si Sarkozy pouvait lire cette contribution, elle lui permettrait de mettre au travail tous ces rentiers de la terre. Sinon je l’envoie au Parti socialiste pour son congrès !
    Point de révolution où l’homme peut y perdre la tête, juste quelques évolutions où celui qui possède pourra en profiter sa vie durant et celui qui n’a rien sera progressivement hissé au rang de citoyen digne, bien logé et bien instruit pouvant ainsi pleinement exercer sa liberté.

    Ainsi, au fur et à mesure des successions :

    – les terrains sont récupérés par un grand service du logement de l’Etat aussi important que peut l’être celui de la Sécurité sociale sans déficit ;

    la transmission des biens immobiliers, terres et maisons, est plafonnée à cinquante mille euros par enfant ;

    les terres agricoles deviennent propriété d’Etat et sont mises gratuitement à la disposition des agriculteurs qui en tireront revenus ;

    le logement locatif est progressivement reversé dans le domaine public qui en fixe le prix et les évolutions ;

    le citoyen peut ériger une maison sur un terrain qui ne lui appartient pas et qu’il laissera à son décès. Elle est louée ou vendue par l’Etat qui indemnise les descendants.

    Seules les entreprises, l’économie et les monuments historiques, le patrimoine, bénéficieront d’un droit protégé visant à en faciliter la transmission.

    En moins de cinquante ans, cette évolution de la propriété privée devenue passagère, n’offrant la liberté que pour la génération présente, permettra de répondre à cette ambition de l’humanité, d’offrir à chacun les chances du succès. L’enseignement, l’université en seront les moteurs.

    Cette régulation du sol, du logement, la transmission limitée du patrimoine, gommeront à terme la principale source d’inégalité entre les hommes et dégagera d’importants moyens pour donner à chacun les chances de s’émanciper.

    La liberté révolutionnaire ne sera pas celle de la propriété, mais celle de l’émancipation de l’individu. L’égalité, réhabilitée sur les frontons de la République, entraînera celle de la Liberté et de la Fraternité.

    Surtout, n’oubliez pas que les fruits sont à tous et que la terre n’est à personne.

    GARDARIST

  2. jean-michel says:

    Merci Garnier, ça fait plaisir de lire un jeune socialiste avoir ton discours. Car il est vrai que la pierre angulaire de nos institutions est le droit de propriété non seulement de son travail mais aussi du sol. Une infime partie de la population française possède le sol contre une majorité qui en est exclue. Où cette dernière peut se tenir sur ses deux pieds puisqu’elle n’est pas comme les oiseaux ?
    En revanche j’ai l’impression que tu avales le politiquement correct en voyant dans la révolution française de 1789 la libération du « peuple ». Cette révolution a imposée la monarchie constitutionnelle, ce n’est qu’en 1793 que la République fut proclamée,et surtout elle fut faite par les possédants qui dans la nuit du 4 août 89 ont aboli les privilèges mais maintenu le droit de propriété sous entendu du sol. Le peuple qui avait le droit aux vaines pâtures, aux communaux c’est retrouvé floué.

  3. PLOQUIN Vincent says:

    « Le marché de l’immobilier est devenu une source privilégiée de spéculation et d’argent facile depuis quelques années. » Investir dans l’immobilier « productif » n’a jamais été pour perdre de l’argent. Sans doute « Droit à la propriété ou droit au logement ? » s’opposent-ils sauf que certains ont eu en héritage la possibilité d’être propriétaire (même d’une résidence secondaire, le plus souvent, inutilisée! ça se trouve même à gauche) et d’autres non. ce qui me parait important, c’est la relation que nous avons avec « le profit » et du même coup, la relation avec « l’homme » (au sens large). il me semble que c’est ce choix que nous devons faire : « profit » ou « humain » et pour ça: « Il faut choisir son camp ! »

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