Tous unis pour défendre la retraite à 60 ans pour tous !

Par Tuncay Cilgi (responsable MJS-64 Pau)

La droite n’aime pas la retraite par répartition. Elle n’aime pas non plus son mode de financement basé sur les salaires, à savoir les cotisations sociales, qu’elle considère au même titre que le patronat comme une « charge », qu’il faudrait alléger. Pourtant c’est le système le plus efficace, le plus sûr et le plus pérenne. S’il en fallait encore une preuve, la crise actuelle constituerait la plus éclatante, car ce n’est pas moins de 10 millions d’Américains, qui pensaient préparer leur retraite par la capitalisation, ont tout perdu quand la bulle financière a éclaté et a englouti les milliards de liquidités qu’ils s’étaient résolus à jouer en bourse !

La droite n’en est pas à sa première contre-réforme -loin s’en faut- pour affaiblir le système par répartition et, par-là même, dissuader les salariés d’opter pour la retraite par capitalisation. Déjà la loi Boulin du 31 décembre 1971 prévoyait le passage de 120 (30 ans) à 150 trimestres (37, 5 ans) de la période d’assurance ouvrant droit à une pension à taux plein, sur la base désormais des 10 meilleures (et non plus dernières) années de salaires.

Vingt-deux ans après la loi Boulin, la droite revient à la charge avec l’ordonnance Balladur de 1993. Une réforme des retraites qui a fait mal aux salariés du privé, et pour longtemps. Elle prévoyait d’allonger la durée de cotisations de 37, 5 (150 trimestres) à 40 annuités (160 trimestres) pour prétendre à une pension à taux plein. Dorénavant, le calcul de la pension des salariés du privé est basé sur les 25 meilleures années et non plus les 10. De surcroît, sa revalorisation est indexée sur l’inflation, et non plus sur les gains de productivité. Il en résultera une diminution des pensions de 26 % à l’échéance 2020. Il n’y a pas photo, quant au caractère régressif et antisocial de la réforme.

Et ce n’est pas fini, puisque qu’en 2003, après avoir laissé mûrir l’opposition entre salariés du privé et public, la réforme Fillon s’en prend cette fois-ci à la fonction publique, bastion de résistance sociale que le plan Juppé n’avait pas réussi à faire vaciller en 1995. Mais, si cette énième réforme voulait bel et bien s’en prendre à la citadelle syndicale que constituait le public,  elle n’en égratignait pas moins le privé au passage. En effet, la « réforme »  prévoit d’augmenter la durée de cotisations de la fonction publique à 40 annuités, contre 37,5 avant 2003, pour une pension à taux plein. La réforme insère également un système de surcote et de décote. Les personnes qui n’ont pas le nombre de trimestres suffisant à l’âge de la prise de la retraite subissent une décote de leur pension ou sont invités à racheter des trimestres manquants. Celles qui ont le nombre de trimestres supérieurs aux 160 trimestres légaux se voit quant à eux appliquer une surcote, mais pour les seuls trimestres au-delà des 160 trimestres. La nouveauté amère et lâche, c’est que ce système est appliqué au privé comme au public.

Et ce n’est pas l’élection de Bling-bling qui a arrêté l’hémorragie. Bien au contraire. Dès sa prise de fonction, en quête d’un mouvement social à briser afin de manifester aux yeux de la bourgeoisie sa volonté de « rupture », il s’attaque aux régimes de retraites dit « spéciaux ». Toujours en se servant de l’opposition des salariés du public et du privé et de la désunion syndicale, il  décide unilatéralement d’aligner la durée de cotisations de certaines catégories de salariés du public (RATP, SNCF, EDF GDF…), qui étaient à 37, 5 annuités, sur celle des autres salariés, à 40 annuités. Pourtant les salariés, dits du régime « spécial », perçoivent une part importante de leur salaire en prime, part qui n’est pas prise en compte dans le calcul de leur pension future. De plus, les salariés du régime général cotisent 10 % de leur salaire pour leur retraite, alors que les salariés du régime « spécial » cotisent 26 %. Mais ni les médias télévisuels, ni les journaux -hormis certains journaux honnêtes comme L’Humanité-, n’ont dit aux citoyens ces vérités. Cela prouve encore une fois qu’ils sont aux ordres d’une oligarchie qui veut détruire tous ce que les salariés ont conquis comme droit légitime depuis deux siècles.

Pour donner une illustration de leur détermination, voici la question qu’a posé Jean-Louis Debré (alors président UMP de l’Assemblée Nationale) à François Fillon : « Pourquoi lorsqu’il était ministre, n’a-t-il pas fait une réforme des régimes spéciaux ? » La réponse est simple mais cinglante : il fallait diviser le salariat pour pouvoir l’affronter sur un sujet aussi sensible que les retraites. Horace, seul face aux trois Curiaces, avait lui aussi choisi d’attaquer l’un après l’autre ses adversaires. Le secteur privé, la fonction publique et les régimes spéciaux : la droite française est cornélienne, puisqu’elle a toujours cherché à diviser notre camp pour régler son compte à des secteurs partiels du salariat. De la part de l’actuelle Premier ministre, les choses sont dites clairement : diviser les salariés pour mieux imposer.

Mais la réforme Fillon de 2003 est beaucoup plus sournoise qu’on pourrait le penser de prime abord. L’article 5 de la réforme prévoit d’ajuster (entendez « augmenter ») la durée de cotisations si la situation des comptes de retraites venait à se détériorer. Une contre-réforme aura donc bien lieu et ce sera en 2010 après les régionales. Comme par hasard après les régionales… Non, plutôt par tactique politique. Car si nous avons gagné 22 régions métropolitaines sur 24 en 2004, c’est avant tout parce que le mécontentement suscité par la réforme Fillon de 2003 avait poussé les électeurs, pour une grande partie, à voter pour nous. La droite le sait, s’en souvient et ne veut pas reproduire la même erreur.

La détérioration des comptes de la sécurité sociale en général, et des régimes de retraite en particulier, est le produit d’une volonté politique délibérée. Leur but est bel et bien de remettre en cause la sécurité sociale et la retraite par répartition instituées par le Conseil Nationale de la Résistance en 1945. Il n’est donc pas étonnant que la  droite défende en 2010 une énième-contre réforme, car le boulot est encore loin d’être fait totalement… Et pour couronner l’édifice de régression sociale construit patiemment par la droite, le gouvernement s’est empressé de donner un délai aux entreprises pour négocier des accords visant à garder plus longtemps les seniors. En cas de non-accord, les entreprises se verront assujetties à une taxe de 1 % de la masse salariale. Il s’agit bel et bien d’une mesure visant à priver les jeunes d’emploi alors que le chômage est endémique dans cette classe d’âge. Une droite qui fonctionne à contre courant sinon qu’elle marche sur la tête ou bien sur l’avenir des jeunes.

Face à une droite qui mène sans vergogne, depuis un demi-siècle, un combat sans merci, de contre-réformes en contre-réformes, contre notre système de sécurité sociale, il faut dire clairement que des solutions existent pour le maintenir et même le renforcer. Nous sommes largement en capacité de pérenniser la retraite par répartition et défendre la retraite à 60 ans instituée par la gauche en 1982 !

Toutes les contre-réformes de la droite ont été menées sur l’autel de postulats purement fantaisistes, faux, manipulés et déformés. Le trou de la sécu par exemple, c’est une volonté politique délibérée. En effet, l’Etat consent chaque année 60 milliards d’euros d’exonération de cotisations sociales, sans contrepartie, qui vont dans les poches du patronat. En dépit de ces cadeaux, il n’y a eu aucune amélioration de la situation de l’emploi. Et cela dure depuis plus de 25 ans !

La droite s’appuie sur le vieillissement de la population et le rapport Charpin pour justifier ses contre-réformes. Mais ce que la bande du Fouquet’s oublie de dire, c’est que ce rapport, rédigé et publié en 96-97, prévoyait 250 000 naissances entre 1999 et 2000. Manque de bol, ce sont 850 000 bambins qui ont vu le jour, soit trois fois plus ! Et depuis 2009, la France est championne d’Europe des naissances devant l’Irlande. En outre, ce rapport décidément ubuesque n’a pas pris en compte dans ces calculs l’augmentation du PNB années après années. Ce n’est pas comme si, en 30 ans, il avait plus que doublé…

Voilà le fond du problème. Vouloir augmenter la durée de cotisations et chercher coûte que coûte à l’allonger à 41, voire 42 annuités, est complètement contraire à la réalité. Deux personnes sur trois ne sont plus au travail après 40 ans de boulot. En France, la durée moyenne de cotisations est de 37, 5 annuités, quand l’âge moyen de prise de la retraite est de 57 ans contre 58 en Europe. Si l’on ajoute aux coups de boutoir de la droite la précarisation des emplois (enchaînement des CDD, recours à l’intérim…) imposée par le patronat depuis trente ans, il devient clair que la sécu ne sera pas mieux financée, mais que le montant des pensions sera, lui, nécessairement amené à baisser. C’est bien là l’objectif des contre-réformes de la droite. Elle ne veut pas « sauver » le système, mais bien le couler ! Elle cherche à décrédibiliser aux yeux des salariés le système par répartition afin qu’ils optent en masse pour la retraite par capitalisation, dont on a pourtant vu la fragilité, et même l’insécurité consubstantielle en période de crise. Chaque recul de la retraite par répartition, ce sont les banques et assureurs privés qui en profitent.

Pourtant, le COR (Conseil d’orientation des retraites), institué par le gouvernement de la gauche plurielle, a calculé qu’avec une augmentation de 0, 36 point par an des cotisations jusqu’en 2030, on pouvait garantir les retraites à 60 ans pour tous et même financer le départ à 55 ans pour les salariés qui occupent des métiers pénibles, notamment dans le BTP.

Une telle augmentation est possible, mais c’est le gouvernement et le patronat qui bloquent toute mesure en ce sens. Ils bloquent aussi les salaires. Ils préfèrent accorder des primes (intéressements, participations, gratifications..) qui ne sont pas soumis aux cotisations sociales plutôt que d’augmenter les salaires. Une augmentation qui permettrait de renflouer les comptes de la sécu. C’est Eric Woerth qui le disait : le trou de la sécu, ce n’est pas une question de dépense ; mais de recette. Alors augmentez les salaires et cessez de donner sans contrepartie de l’argent public au patronat ! Et si vous ne voulez pas le faire -hypothèse la plus probable…-, laissez-nous la place, car, nous, nous le ferons !

Les contre-réformes de la droite n’ont pu atteindre leur but qu’en divisant les salariés. Alors que les salariés n’ont jamais été aussi nombreux et qu’ils représentent 93 % de la population active. Nous constituons une force numérique mais une force, hélas, trop souvent divisée. Pourtant, s’il y a bien une victime de ces réformes scélérates, c’est bien le salariat dans son ensemble, sans distinction et exemption.

La retraite n’est pas une question de pognon, mais de travail. Défendre la retraite à 60 ans pour tous, c’est défendre l’emploi des jeunes. Se battre contre le travail des seniors qui en ont assez de trimer, c’est se battre pour l’emploi des jeunes et pour le bien-être des vieux. Car travailler au-delà de 60 ans, c’est dangereux pour la santé. C’est peut-être bête, mais toutes les études scientifiques le prouvent…

Salariés, jeunes et moins jeunes, pour ne plus nous faire avoir, soyons unis, soyons solidaires et défendons ensemble la retraite à 60 ans. C’est notre droit le plus légitime. C’est une exigence juste et réalisable. A la gauche, comme sur l’imposition des indemnités des accidents de travail, comme contre la privatisation de La Poste, d’aider les salariés à construire leur unité ! Soyons unis pour défendre la retraite à 60 ans pour tous ! Cette fois-ci, ne laissons plus la division faire le jeu de notre adversaire.

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One Response to Tous unis pour défendre la retraite à 60 ans pour tous !

  1. giordano says:

    je suis pour la retraite a 60 ans 170 trimestre c’est trop quant on voie la cadence que les employeurs nous demande la crise a bon dos tous ca pour le profit alors qui y a des jeunes qui n’on pas emplois beaucoup de travailleurs seront bousier avant la retraite .

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