Salariés et petits patrons, unissez-vous ?

La droite a bien changé depuis les années 1970… La bonne vieille sensibilité réactionnaire de nos grands-parents, teintée de poujadisme et de nationalisme franchouillard, semble vouée à disparaître sous les coups du libéralisme mondialisé triomphant des traders et des communicants. Et surtout de sa traduction politique que constitue la droite paillette atlantiste et « m’as-tu-vu » de Sarko. Pour les jeunes comme pour les vieux cons de droite, le maréchal ou le général doivent laisser la place à Johnny, Jeanne d’Arc doit s’effacer devant Paris Hilton.

Sarko a beau s’exciter en parlant à tout bout de champ de la « valeur travail », la seule véritable « valeur » qui le transporte réellement, c’est bien celle sonnante et trébuchante du fric-roi. Son credo, ce n’est pas « travailler plus pour gagner plus », mais bien « exploiter plus et redistribuer moins pour gagner plus ». La clientèle électorale n° 1 de Sarko, cette droite « terroir » qui ne se lasse pas de regarder le JT de 13 h de Pernaut et qui reste nostalgique du tandem Chirac-Raffarin, est en fait le dindon de la farce que constitue la mutation de la droite française depuis plus de trente ans.

Un chiffre publié par le Canard enchaîné du 16 décembre 2009 est à ce titre éloquent. L’hebdomadaire satirique divulgue en effet une statistique, sortie tout droit du très sérieux Conseil des prélèvements obligatoires, qui prouve clairement que les petites entreprises sont beaucoup plus taxées que les très grandes. En effet, les micro-entreprises de moins de neuf salariés connaissent un taux implicite d’imposition de plus de 30 %, alors que les multinationales du CAC 40 ne sont taxées qu’à hauteur de 8 % de leurs bénéfices… Quel scandale pour les commerçants et les petits entrepreneurs qui croyaient que la « France d’après » était un monde taillé pour eux et qui découvre qu’elle n’est un paradis que pour les gros et les nantis ! C’est à vous dégoûter d’être de droite ! Comment expliquer cette aberration fiscale qui dépasse l’entendement du petit patron moyen, comme celui de tous les citoyens ordinaires ? Comment expliquer que les très grandes entreprises soient taxées deux ou même trois fois moins que le tissu des PME ?

La Tribune du 14 décembre nous donne la réponse. « Cette inégalité de traitement est liée aux formidables opportunités d’optimisation fiscales offertes par les nombreux régimes dérogatoires prévus par la loi française, ainsi que par les paradis fiscaux ». Pas besoin, pour les grands patrons, de s’attaquer à la fiscalité française sur les entreprises, jugée officiellement si contraignante, voire « soviétique ». Il suffit, par le biais de sociétés écrans ou de filiales plus ou moins légales, de faire apparaître les bénéfices de l’entreprises-mère dans des pays à la fiscalité réduite, voir inexistante. Reste ensuite à déclarer les coûts dans les Etats moins accommodants sur le plan fiscal afin de toucher le jackpot des subventions et autres exonérations de « charges ». Les paradis fiscaux et la complexité juridiques propres aux grands groupes industriels permettent de passer à travers les mailles du filet. Pour que ce ne soit plus le cas, il suffirait de rigidifier la réglementation, notamment en traquant tous les paradis fiscaux. Exactement le contraire de ce qu’on a fait lors du « G Vain » de Londres où l’on a finalement donné un blanc-seing à tous ces Etats-voyous…  Mais pouvait-on croire sérieusement que Sarko, l’ami des patrons du CAC 40, allait s’attaquer aux paradis fiscaux qui permettent aux détenteurs du capital d’obtenir des profits beaucoup plus importants que  ce que laisserait prévoir le simple taux de plus-value ?

Une fois remis de leur émotion, les petits patrons floués par celui qu’ils prenaient jusqu’à aujourd’hui pour leur meilleur défenseur en arrivent à se poser une question qui appartient plus au mouvement ouvrier qu’au monde de la boutique : « que faire » ? Notre réponse est simple. Arrêtez de voter à droite ! Plus profondément, arrêtez d’associer la gauche à un pouvoir tentaculaire et impersonnel qui prendrait à l’honnête propriétaire travailleur tout son bien pour le donner, en fonction des goûts, à l’immigré fainéant, à l’ouvrier partageux, à ce salaud de fonctionnaire ou encore à la juiverie internationale ! La droite libérale version Bling-bling, celle du fric-roi, qui a choisi idéologiquement le camp des grands patrons, des actionnaires et leur laquais, a besoin d’une manne beaucoup plus importante que celle dont nous avons besoin pour apporter aux salariés le confort auquel ils ont droit. N’en déplaise aux gauchistes, le socialisme authentique n’est pas l’ennemi de la propriété privée. Il est l’ennemi résolu du capitalisme, c’est-à-dire des féodalités privées monopolistes qui se sont construites et qui se maintiennent grâce aux régulations étatiques, mais qui imposent aux autres, et principalement aux salariés, la dérégulation la plus effrénée et la concurrence généralisée de tous contre tous. En réalité, la petite propriété privée sera beaucoup mieux préservé et étendue sous le socialisme qui distinguera clairement ce qui relève de l’appropriation collective et ce qui est de l’ordre de la production privée.

Nous sommes à une période charnière de l’histoire sociale où les grandes certitudes doivent être réaffirmées sans complexe. Marx avait globalement raison : le capitalisme porte en lui une tendance à la prolétarisation des classes intermédiaires se situant entre la grande bourgeoisie et le salariat. La logique de concentration du capital exclut toujours des couches sociales plus importantes de la propriété privée des moyens de production. Jaurès n’affirmait pas autre chose dans L’armée nouvelle, ouvrage dans lequel il écrivait que, « malgré la poussière de petites industries nouvelles que le capital soulève sur son chemin, la concentration des entreprises dans les branches maîtresses de la production moderne se poursuit inlassablement ». On pourra nous rétorquer que la taille moyenne des entreprises diminue depuis trente ans, que l’innovation se fait souvent dans de toutes petites unités de production. Mais il s’agit de phénomènes empiriques de surface rendus possibles par la sous-traitance et, plus généralement, par les capacités de mutation du capital. On pourra également faire valoir que les couches intermédiaires se sont largement développées pendant les Trente Glorieuses. C’est oublier qu’un « col blanc », qui travaille davantage avec sa tête qu’avec ses mains, n’en reste pas moins un salarié dont le capital extorque de la plus-value.

Les seules données qui important vraiment ne sont pas des faits, mais des rapports sociaux. Or, le salariat n’a jamais été aussi important numériquement aujourd’hui. En France, plus de 90 % des actifs sont des salariés. La force d’attraction potentielle de notre classe n’a jamais été aussi forte. Reste à s’organiser de façon indépendante et à unifier nos revendications ! Nul doute qu’un petit patronat toujours plus fragilisé par l’accumulation frénétique du capital nous rejoindra sans hésiter pour lutter contre son véritable ennemi : l’actionnaire.  N’est-ce pas ce que voulait dire Edouard Vaillant, du haut de la tribune du congrès de la SFIO à Saint-Étienne, en 1907, lorsqu’il affirmait haut et fort que nous, les socialistes, « parti de transformation  et d’évolution comme de révolution sociale, nous avons le même langage à tenir, non seulement aux prolétaires […], mais à ceux qui les avoisinent, que le régime capitaliste est en train de prolétariser et que nous voulons amener à nous, qu’ils soient artisans, qu’ils soient même petits commerçants ou petits industriels » ?

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