Le cri du monde rural : « Sarko m’a tuer » !

Par Johann Cesa (BN, 42)

A l’heure des bilans de cette année 2009, il est instructif de voir comment Sarkozy a tenté de tuer le monde rural, qui constitue pourtant un des piliers de notre « identité nationale », si l’on en croit les idéologues de droite toujours persuadés, peu ou prou, que la terre ne ment pas.

Premier acte, le 5 février 2009 : Sarkozy annonce la suppression de la taxe professionnelle. Tous les élus locaux sont abasourdis. Seul François Fillon était au courant de la manœuvre, mais il ne le fut que 10 minutes seulement avant le discours présidentiel… En gros, ce serait 27 millions d’euros qui passeraient sous les nez des collectivités locales si la taxe professionnelle venait à disparaître. Au-delà de l’impression désagréable d’improvisation totale, cette décision présidentielle prouve le mépris qu’ont les Sarkozy et autres Lagarde pour la démocratie locale, l’égalité  territoriale et l’aménagement.

Très vite, Bercy se rend compte qu’il est impossible de supprimer cette source de revenus cruciale pour de nombreuses communes et met laborieusement en place un système de compensation complexe qui répond au doux nom technocratique de « contribution économique territoriale » (CET). Malgré cette contribution qui camoufle tant bien que mal la remise en cause de l’autonomie fiscale des collectivités locales, le manque à gagner pour les collectivités s’élève 6 à 8 milliards d’euros. En 2010, l’Etat leur versera au centime près l’équivalent de la TP de 2009, qui sera donc financé par les impôts des contribuables. Et c’est en 2011 que la CET verra définitivement le jour. Le problème de cette contribution se situe dans le fait qu’elle est moins dynamique que la TP, puisque celle-ci augmentait tout le temps, en fonction de la hausse des investissements des entreprises, alors que la valeur ajoutée des entreprises, base du calcul de la CET, peut varier. Comment feront les collectivités locales pour fixer leur budget prévisionnel, si leur principale ressource est susceptible de baisser? Or, c’est en grande partie cette manne financière qui a permis aux communes -surtout les plus petites- de se développer depuis 30 ans. Sans cet argent, comment pourront-elles rénover leurs écoles, créer de nouvelles crèches, ouvrir des maisons de retraite municipales ou encore permettre à tous l’accès à la culture ? Cela va sans dire, dans ces temps si difficiles pour des millions de ménages, les cadeaux fiscaux aux entreprises sont, eux, maintenus. Si Sarkozy voulait vraiment faire des remises fiscales aux entreprises -ceci peut se comprendre dans sa logique libérale-, il pouvait très bien baisser l’impôt sur les sociétés, ce qui aurait au moins eu le mérite de ne pas assécher les recettes des collectivités locales. Décidément, le pouvoir actuel ne prête qu’aux riches… et ne prend qu’aux plus pauvres !

Deuxième acte, avant l’été : Sarkozy sort de son chapeau la loi « hôpital, patient, santé, territoire ». Dans ce texte-socle qui sacralise l’idéologie du tiroir-caisse et l’autoritarisme des petits chefs de service, il n’est plus question des maisons de santé qui ont pourtant permis aux petites communes de voir s’installer en leur sein un médecin, un infirmier ou un dentiste. Si une résistance massive ne s’organise pas, nous allons assister dans les mois qui viennent à la fin tragique de la proximité du service public hospitalier avec les Français. Mais que voulez-vous, il paraît que tout est question de rentabilité !

Troisième acte : la réforme des collectivités territoriales. Pour Sarkozy, il y a trop d’élus, il faut les supprimer. Dans sa logique neuillysienne, il est clair qu’un conseiller général, ça ne sert à rien, si ce n’est à conquérir les Hauts-de-Seine, ce véritable marche-pied vers le trône élyséen. Il se trompe lourdement. Dans les cantons ruraux, la présence du conseiller général est essentielle, voire vitale. Il travaille main dans la main avec les maires, mais aussi avec les associations, pour réaliser de multiples projets. Si l’on « rationalise » le maillage administratif en constituant des territoires comprenant 20 000 habitants en moyenne, il faudra réunir quatre à cinq cantons existants. L’homme de cette prétendue rationalisation, le fameux « conseiller territorial », devra à la fois être présent à l’assemblée régionale, à l’assemblée départementale et dans son territoire ! Alors qu’il est de bon ton de fustiger en haut-lieu le cumul des mandats, Sarkozy nous crée là des professionnels de la politique. Méthodiquement, le président des lobbies et des puissants est en train de tuer la proximité du citoyen avec son élu et, plus généralement, avec la politique. Rappelons deux choses pour éclairer la lanterne du président de la « France d’après ». La population rurale connaît mieux son conseiller général qu’en ville où celui-ci est différent dès lors que l’on franchit une rue ou une voie de bus ! C’est souvent un recours pour de nombreux salariés, que ce soit dans le cadre d’une requête individuelle ou d’un combat collectif. En outre, l’argument comptable ne tient pas, puisque la somme totale allouée aux indemnités des conseillers généraux et régionaux ne représente que 0,2 % des budgets totaux de ces collectivités.

Dernier acte : le processus de privatisation de la poste. La forte mobilisation du référendum d’initiative populaire du 3 octobre dernier nous a montré, s’il le fallait encore une nouvelle fois, l’attachement des Français au service public postal. Les usagers habitant en milieu rural sont les premiers concernés. En effet, la poste est souvent le seul service public qui leur reste au sein de leur petite commune. Ils devront maintenant faire plusieurs kilomètres afin d’acheter des timbres, de consulter leurs comptes ou encore d’envoyer un colis.

Si l’on ajoute à ces faits d’arme la crise agricole et la loi LRU, qui réduit le financement des petites et moyennes universités au profit d’une dizaine de campus dits « d’excellence », c’est bien toute une partie de notre identité républicaine que Sarkozy a détruit cette année. Poste, hôpitaux, démocratie locale : tant de semences de socialisme plantées en terre capitaliste qu’il nous faut coûte que coûte préserver !

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One Response to Le cri du monde rural : « Sarko m’a tuer » !

  1. offensivesocialiste says:

    C’est en fait une référence à un fait divers de l’année 1991, plus connu sous le nom d' »affaire Omar Raddad ». Ce jardinier marocain a été accusé du meurtre d’un de ses vieilles clientes, qui avait, dans son agonie, écrit avec son sang sur le mur une phrase dotée d’une faute d’orthographe et qui accusait le jardinier : « Omar m’a tuer ».
    Ce n’est donc pas une faute… Ouf, l’honneur de l’OS est sauf !

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