Tout ça pour ça ? De Londres à Copenhague, le capitalisme pyromane est un piêtre pompier…

Par Jean-François Claudon (75)

« Pour réduire un peu le[s émissions de] CO2, il faut en brasser de l’air »… Le jeu de mot qui ouvre la 1ère page du Canard enchaîné du 16 décembre n’est pas loin de la vérité quand il résume la conférence sur le climat de Copenhague à la somme des vains discours qui s’y sont succédés. Hugo Chavez a peut-être été encore plus précis. En réponse à l’échec de la conférence, la président vénézuélien a lancé aux dirigeants des grands pays capitalistes cette phrase provocante qui n’en est pas moins pleine de sens : « si le climat était une banque, vous l’auriez déjà sauvé » ! Il est vrai que ces pays, qui ont dépensé, sans contre-partie de la part des banques banqueroutières, des milliers de milliards pour sauver les responsables de la crise financière, semblent bel et bien incapables de faire le moindre effort pour sauver la planète. Sauver les banquiers avant la banquise ? Sauver l’économie mondiale avant la planète elle-même ? Ce sens des priorités laisserait songeur n’importe quel salarié.

Mais précisément, les « dirigeants » réunis à Copenhague n’étaient pas « responsables » dans le sens courant que donne à ces mots les peuples et les travailleurs du monde. N’étaient conviés à la conférence sur le climat que le syndic des intérêts capitalistes et les agences de communication qui lui sont accolées. Ce ne sont pas des dirigeants responsables, puisque les « décisions » prises par les hommes d’Etat présents à la conférence sont elles-mêmes subordonnées à la logique interne de l’accumulation capitaliste. Heureusement que les camardes de l’ALBA étaient présents pour dénoncer la mascarade que constitue le « capitalisme vert », notamment par la bouche d’Hugo Chavez qui a affirmé dans son discours : « le socialisme, c’est ça le cap […] pour le salut de notre planète, je n’en ai pas le moindre doute. Et le capitalisme, c’est le chemin de l’enfer, de la destruction du monde ».

Copenhague est un coup d’épée dans l’eau. Tout le monde le dit. L’accord final, trouvé in extremis, est le prototype de l’accord a minima, puisqu’il n’est pas contraignant et ne contient ni des objectifs précis, ni de mécanisme de contrôle permettant de satisfaire réellement à ces minces et vagues… Ainsi, aucun objectif de réduction des émissions de CO2 n’ont été précisément formulés ! Mais, paraît-il, les désaccords entre grandes puissances étaient tels que « c’était ça ou rien » ! Drôle de « communauté internationale » que cette montagne économique qui accouche d’une souris environnementale et qui parvient à se convaincre qu’il était impossible de faire mieux… Les schémas libéraux  naturalisant les rapports de force sociaux et politiques -pourtant changeants et modulables par définition- sont décidément bien ancrés dans la tête de nos prétendus « dirigeants », notamment ceux de l’Union européenne !

Malgré tout, ce texte étant ce qu’il est, il faut bien le vendre. Et quand les gouvernements tentent de dénicher les points positifs du texte final, afin de justifier aux yeux de leur opinion publique sa ratification, on croit rêver. Dans de nombreux pays, on insiste sur le fait qu’il s’agit du premier accord mondial sur la protection du climat, tout en rappelant que deux tiers des émissions mondiales sont aujourd’hui dues à des pays non-signataires du protocole de Kyoto. C’est un bel argument… à un détail prêt. Le protocole de Kyoto, négocié en 1998, a été ratifié par la quasi-totalité des pays -même la Chine !-, à l’exception notable des Etats-Unis. S’ils sont maintenant prêts à ratifier l’accord de Copenhague, ce n’est pas tant en raison d’une prise de conscience écologique ou d’un quelconque « effet Obama », qu’en raison de l’absence d’objectifs précis et ambitieux quant à la réduction des émissions de gaz carbonique. Les capitalistes étasuniens auraient tort de se priver d’apparaître pour des sauveurs de la planète à si peu de frais ! D’autant plus que le texte de Copenhague n’est pas plus contraignant que le protocole de Kyoto… C’est un mensonge que de prétendre l’inverse. On le voit de nouveau, à Copenhague, tout n’a été que choix de communicants et de laquais, sûrement pas d’hommes d’Etat volontaristes. Et ce des deux côtés de l’Atlantique !

Autre grande victoire : l’accord fixe aussi l’objectif de limiter l’augmentation de la température planétaire à 2 degrés Celsius par rapport aux niveaux préindustriels. Les gouvernements ont cette fois fort à faire. Ils doivent expliquer aux citoyens que la tenue d’une conférence contre le réchauffement climatique permettant en fait aux industriels d’augmenter encore la température de quelques degrés était une nécessité, à défaut de constituer une grande victoire… Non, non, ce n’est pas se foutre du monde ; un tel discours, ça s’appelle de la com-mu-ni-ca-tion ! Ultime « gain » de Copenhague : l’accord prévoit des investissements à hauteur de 30 milliards de dollars, entre 2010 et 2012 afin d’aider les pays les plus vulnérables au dérèglement climatique. Ce chiffre minuscule et minable ne mérite même pas d’être commenté, quand on le compare aux 500 milliards de dollars du seul plan bancaire US ou aux 1350 milliards que constitue la dette des pays du Sud, dont on refuse l’annulation  alors qu’elle a déjà été payée 112 fois…

Lénine disait, en son temps, que les capitalistes « vendront la corde pour les pendre ». Mais, il faut maintenant aller plus loin. Au XXIe siècle, les capitalistes sont prêts à vendre la bombe qui détruira toute l’humanité. Le flop qu’a constitué la conférence de Copenhague nous l’a montré avec assez de force. Si les classes dominantes détruisent le monde, ce n’est pas tant par cupidité individuelle qu’en raison de la loi inhérente au capitalisme marchand qu’est l’autovalorisation de la valeur. Les marchandises ne sont en dernière analyse que les porteurs de cette valeur et de la sur-valeur extraite du sur-travail des salariés, tandis que notre planète n’est que le lieu d’où sont extraites les ressources et où se répète sans cesse le cycle de la valorisation. Par essence, le capitalisme est la généralisation à toutes les sociétés, à toutes les activités et à toute la planète du rapport monétaire-marchand, cette forme sociale spécifique qui distingue le capitalisme des modes de production-exploitation antérieurs. C’est pour cette raison que l’on date l’avènement de ce mode de production spécifique des XVIe-XVIIe siècles, c’est-à-dire du moment où la conquête du marché mondial, si elle était loin d’être réalisée, n’en devenait pas moins une perspective réalisable à terme, mais aussi une idée régulatrice pour les manufacturiers, les marchands et les Etats modernes qui étaient en train de se le partager.

Ce n’est pas par accident que le capitalisme a commencé, dès ses origines, à exploiter, en plus du salarié, la nature elle-même. Il en va de la dynamique profonde du capital. Son mouvement de valorisation-acumulation est tel qu’il tend à se subordonner à soi-même la totalité de la réalité, qu’elle soit sociale ou naturelle. A l’issue du XXe siècle, notre civilisation est à un tournant historique, puisque la valorisation du capital, freinée par les concessions qu’il a bien fallu accorder aux salariés depuis deux siècles et par la vigueur de la concurrence inter-impérialiste prend des formes extrêmes qui entrent en contradiction avec la préservation de notre planète et qui posent à terme la question de la survie de notre espèce. La subordination de la nature aux exigences du capital fait que la destruction de la planète ne freinera jamais -bien au contraire- la valorisation de ce dernier. Les capitalistes et les actionnaires ont tellement intégré l’exploitation de la nature comme une composante essentielle de leur activité qu’ils ne se rendent plus compte que la pérennité de notre planète est une condition nécessaire, et surtout préexistante, au mode de production capitaliste.

Pour lutter contre la tendance à la baisse du taux de profit, tout est bon : la destruction des ressources et de la planète, la volonté de détruire des forces productives par la guerre s’il le faut, la tentation d’avilir toujours plus le part variable du capital, c’est-à-dire les salaires versés aux travailleurs… Il est tout de même remarquable que le capitalisme s’en prenne de façon toujours plus centrale aux deux seules sources de la richesse humaine que sont « la terre et le travail », selon Marx. L’humanité est progressivement en train de se rendre comte que le capitalisme crée des contradictions massives qu’il n’est pas de taille à pouvoir résoudre. Seul le socialisme peut permettre à la civilisation humaine, par la planification démocratique et l’entente entre les peuples, de se développer sans détruire ce bien commun que nous possédons tous sans en être propriétaire : notre planète.

On ne peut finir cette étude sans citer un passage de Marx qui, au-delà de tous les clichés productivistes véhiculés par le stalinisme, il n’a cessé d’insister sur l’importance dont relèvera pour l’humanité débarassé du capitalisme la préservation de l’environnement. « Lorsque la société actuelle sera arrivée à un degré d’organisation économique plus élevé, le droit de propriété de quelques individus sur les terres constituant le globe paraîtra aussi absurde que semble insensé, dans la société d’aujourd’hui, le droit de propriété d’un homme sur un autre homme. Ni une nation, ni toutes les nations couvrant le globe ne sont propriétaires de la terre ; elles n’en sont que les possesseurs, les usufruitiers, ayant pour obligation, en bons pères de famille, de la transmettre améliorée aux générations futures » (Le Capital, livre III, section 6 chapitre 46).

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