En Grèce, c’est reparti !

De nouvelles violences ont eu lieu à Athènes dans le cadre de heurts entre la police et des manifestants souhaitant commémorer la  mort d’un jeune homme de 15 ans, tué le 6 décembre 2008 dernier, lors du mouvement de contestation qui avait failli faire vaciller le pouvoir grec. Comme l’an dernier, une question lancinante se pose : violence désespérée de gauchistes marginaux ou action d’une avant-garde préfigurant un mouvement d’ensemble du salariat ? L’AFP tient sa réponse ou alors un groupe libertaire vient de prendre sa direction en sous-main. Jugez du peu !

« Un premier groupe a jeté des pierres contre un cordon de forces anti-émeute, avant d’être dispersé par une charge. Neuf personnes ont été interpellées tandis que le cortège des manifestants, au nombre d’environ 5.000 selon une source policière, prenait la direction du parlement. D’autres groupes se sont alors faufilés dans le défilé, lançant des projectiles contre des vitrines et les policiers, qui ont tiré des gaz lacrymogènes. […] Plus tôt dans la matinée, une vingtaine de jeunes avaient jeté des pierres sur la façade d’un commissariat de police, dans le centre d’Athènes. Deux adolescents de 15 et 18 ans ont été arrêtés. […] Deux autres commissariats de la banlieue d’Athènes ont également subi des jets de pierres de la part de groupes de jeunes en début d’après-midi, selon la police. Des affrontements sporadiques entre jeunes et forces de l’ordre en marge du cortège organisé dimanche ont fait 30 blessés, dont 28 légèrement atteints, la plupart des policiers »…

Dans cette dépêche, tout est fait pour mettre en avant le goût des Grecs pour l’action directe violente, l’esprit conspirationniste et l’attrait pour les minorités. Pourtant, cette manifestation était également peuplée de salariés en colère, qui n’ont rien vu venir depuis les belles promesses de décembre dernier. La victoire du PASOK aux élections anticipées du printemps n’a pas tellement changer la donne, aux points que les organisations de gauche appelaient elles-aussi à la mobilisation. Ne nous le cachons pas, ce mouvement relativement spontané n’a encore rien d’une mobilisation d’ensemble. Mais les perspectives sont toutefois réelles. Le slogan « tout le monde dans les rues, pas aux balcons », malgré sa tournure ultimatiste et un rien gauchiste, exprime la volonté de construire le « tous ensemble, en même temps » contre les politiques libérales à peine modifiées depuis le début de la crise. C’est ce que veut dire cet enseignant interviewé lorsqu’il affirme, en regardant à quelques mètres des jeunes s’en prendre à un cordon de policiers : « Cela ne changera rien, mais si cinq millions descendent dans la rue, nous aurions une chance ». Il faut en effet que le salariat grec se mobilise dans l’unité, pour faire plier un Etat qui n’a cette fois pas lésiné sur les moyens de répression. La stratégie du pourrissement, qui avait fait ses preuves l’an dernier lorsque des groupes de pillards circulaient librement à Athènes sans que la police intervienne, a été abandonnée au profit d’une stratégie plus offensive. D’après le porte-parole du gouvernement, « le message envoyé [aux manifestants et à l’opinion publique], c’est qu’Athènes et les grandes villes de Grèce ne sont plus vulnérables ». Le pouvoir est donc prêt à l’éventualité d’une épreuve de force. A l’instar de ce pouvoir qui connaît le b.a.-ba de l’affrontement social, il faut centraliser les actions de masse de notre camp afin que les dockers, les employés, les ouvriers, les femmes de ménage, les enseignants, les infirmières, les paysans et la jeunesse scolarisée avance dans le même pas.

Mais, les salariés ont, en plus de ce pouvoir orgueilleux et provocateur, un ennemi qui se cache dans leurs rangs. Il s’agit de ces bandes de gauchistes à moitié lumpen, à moitié intellectuels, 100 % bohême décomposée, qui ne cherchent pas une seule seconde la jonction avec les couches centrales du monde du travail pour lesquelles ces groupes n’ont d’ailleurs que mépris. Il faut à tout prix marginaliser ces apprentis rrrrévolutionnaires qui se complaisent dans la minorité et affirmer le caractère majoritaire d’un mouvement construisant la grève générale interprofessionnelle pour l’emporter.

La Grèce n’en eut plus. Ses classes dirigeantes sont salies par leur incurie, leur manque de vue, mais aussi par la corruption qui est omniprésente au sein de l’appareil d’Etat. En face, la combattivité des salariés montent depuis plusieurs années. Souvenons-nous notamment des manifestations monstres contre l’allongement de la durée de cotisation qui avaient paralysé le pays en 2005 et lors desquelles les travailleurs grecs avaient donné mandat à leurs frères français pour repousser le TCE libéral de Giscard et consort. En bas, on ne peut plus, en haut, on ne veut plus… N’est-ce pas ainsi que commencent traditionnellement les révolutions ?

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