Aujourd’hui tous unis pour défendre la Sécu ! Et demain, on continue ?

L’actualité de la semaine, ce n’était ni les facéties helvétiques autour de la construction de minarets dans le pays de Guillaume Tell, ni le débat fort opportun sur le port de la burka dans la France de Clovis. Ces attrape-touristes qui faisaient les gros titres de la presse aux ordres n’est que de la poudre aux yeux lancée dans le seul but de cacher l’essentiel. Car la nouvelle politique centrale de la semaine, malgré le silence médiatique qui l’a entourée, c’était la tenue du meeting unitaire de toute la gauche contre la taxation des indemnités versées aux accidentés du travail, le 1er décembre, à Paris. Toute la gauche ? Oui, toute : des Verts à LO, en passant par le PS, le PCF, le PG et le NPA ! Rien que la gauche ? Evidemment, puisque le Modem n’en était pas, bien contraint de rejoindre son camp naturel quand on parle d’intérêt de classe et non de simples enjeux de boutiques ! La photo de famille était d’autant plus belle que, suite au succès du premier meeting de novembre, tous les leaders ont cette fois-ci répondu à l’appel de Gérard Filoche et de la Fondation Copernic, qu’il s’agisse de Benoît Hamon, de Jean-Luc Mélenchon ou encore d’Olivier Besancenot.

Ce mardi soir, rue Léopold Bellan, la salle Jean Damme était pleine, l’auditoire attentif et les orateurs inspirés. Le plus beau dans l’affaire, c’est que les différents intervenants n’ont même pas cherché à tirer la couverture à eux. Pas d’effet de manche démago, pas de polémique inutile. Car l’enjeu était de taille. Les querelles partisanes paraissent bien dérisoires quand un pouvoir pousse le cynisme aussi loin. Quand il n’a pas honte de parler de « courage politique » ou de « rendez-vous de l’équité », alors qu’il ne s’agit de rien d’autre que de faire les poches à des êtres blessés dans leur chair, qui ne reçoivent comme compensation de leur souffrance qu’une somme dérisoire ne dépassant rarement les 60 % du salaire initial… La droite ne nous dit finalement qu’une seule chose quand elle annonce cette mesure inique : « nous irons toujours plus loin. Nous continuerons encore et encore, tant que personne ne nous arrête »… C’est précisément la tâche qu’il nous assigne : il faut les arrêter au plus vite. Que savent les Copé, les Lefebvre et autres Bertrand de la violence du monde économique ! Ils ne la côtoient jamais, eux qui ne risquent comme accident du travail ultime en tout et pour tout que l’indigestion consécutive à un déjeuner de travail trop riche ou un ulcère provoqué par l’angoisse de ne pas se faire réélire… Qui sont-ils pour traiter les salariés de la sorte ? Leur « courage » n’est que l’expression du mépris de classe qu’ils éprouvent pour le monde du travail.

Mais arrivons-en au fait. S’ils s’attaquent aux accidentés du travail, c’est pour des raisons politiques. Ils ne feront croire à personne que les 150 misérables millions d’euros qu’ils espèrent engranger représentent quelque chose face aux milliards perdus en exonérations patronales ou à l’absence de taxation sur les revenus financiers des entreprises ! En s’attaquant aux accidentés du travail, la droite ne fait pas dans le tiroir-caisse, contrairement à ce qu’elle affirme pour caresser la « France qui se lève tôt » dans le sens du poil. En réalité, elle continue de mener la bataille idéologique contre la gauche, puisque cette mesure lui permet d’affirmer haut et fort que les ayant-droit du système de santé ne sont que des privilégiés, qu’il faut taxer au nom de « l’équité », vague palliatif subjectif de l’égalité républicaine. Au-delà, la droite fait passer insidieusement dans l’opinion l’idée que les indemnités constituent un revenu, alors qu’elles sont justement la compensation qu’offre le salariat à ses membres qui en sont privés. Normaliser ce qui doit être exceptionnel, voilà ce que veulent le patronat et son bras armé qu’est l’UMP. Quand le chômage sera considéré comme un statut permanent imposant des devoirs, et non la situation provisoire d’un salarié -et donc d’un ayant droit- privé d’emploi, nul doute que le camp d’en face tiendra le bon bout. C’est devant cette menace imminente que la gauche a serré les rangs, mardi dernier.

Car notre riposte doit être à hauteur de l’agression du pouvoir. On sent que quelque chose se passe dans la société, que le climat social se durcit et que l’explosion est peut-être toute proche. On ne décrète pas un mouvement d’ensemble du salariat, mais il n’est pas interdit de s’y préparer. C’est ce qu’il faut dès maintenant faire en levant bien haut l’étendard de l’unité. Besancenot n’a pas dit le contraire à la tribune du meeting. L’homme de la « théorie » des deux gauches a eu beau passer son temps à expliquer que l’unité, possible et même souhaitable dans les luttes, était impossible sur le terrain électoral, l’honnêteté l’a contraint in fine dans son discours à remarquer que les désaccords entre les intervenants étaient finalement bien peu de chose. Si le leader du NPA a lâché comme par mégarde cette vérité, c’est bien que l’unité de la gauche est décidément en marche…

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