l’incendie reprend à Dubai… Mais que font les pompiers pyromanes ?

La « reprise lente dans un temps long de croissance molle », belle trouvaille stylistique dégotée par les communicants de Woerth et de Lagarde, est déjà un lointain souvenir. Tout allait mieux, nous disait-on… Puisqu’on vous le dit ! Les banques recommençaient à faire des profits gigantesques, le marché des crédits fleurissait de nouveau et le spectre d’une intervention publique dans le secteur financier s’éloignait jour après jour. Christine Lagarde, au début de l’année, pouvait même affirmer, lors de la discussion sur le budget, attendre en 2010 « une reprise de l’activité qui conduirait à une hausse du PIB de 1% [même si] cette hypothèse est entourée de nombreuses incertitudes, liées à l’environnement international »… Quelle assurance dans l’incertitude ! Car c’est précisément ce « environnement international » qui est déterminant dans une économie globalisée !

La brillante avocate d’affaire qui nous sert de ministre oubliait visiblement que la crise du capitalisme financier est une crise systémique. L’économie mondiale paie actuellement tous les rafistolages de fortune que le capital a  opérés, depuis les années 1970, pour pallier la baisse absolue des profits consécutive à l’avènement d’une phase de croissance modérée. Libéralisation, déréglementation, privatisation, externalisation, explosion des investissements à l’étranger : autant de phénomènes qui ne prouvent pas la victoire des libéraux, mais la lutte sans précédent dans l’histoire lancée par les forces du capital pour écraser le salariat et lui extorquer encore davantage de plus-value. Ce transfert des richesses met à nu les contradictions du capitalisme. Ce système aberrant qui, alors même qu’il cherchait par tous les moyens à sortir de sa propre crise, a créé, en baissant des salaires et en développant le marché du crédit, les conditions d’un futur cataclysme doué d’une intensité bien supérieure.

C’est à Dubaï que le capitalisme craque de nouveau, moins d’un an après le début de la crise économique et moins de deux ans après les premières difficultés liées aux subprimes. Selon le Figaro du 25 novembre, « Dubaï World », le principal holding de l’émirat a demandé « à ses créanciers un sursis pour renégocier l’intégralité de ses dettes, soit 59 milliards de dollars ! Il ne compte plus rien rembourser avant le 30 mai afin de mener à bien cette restructuration, ce qui suppose de ne pas honorer les prochaines échéances (9 milliards de dollars dus dans les quatre mois qui viennent) ». Les difficultés financières de Dubaï étaient un secret de polichinelle depuis bien longtemps pour les capitalistes du monde entier, puisque l’émirat s’était spécialisé dans l’immobilier, la finance de marché et le tourisme de luxe… Autant dire dans les trois secteurs qui battent le plus de l’aile depuis le début de la crise économique ! Les trois secteurs symboles du délabrement du capitalisme financier ! Mais l’opinion publique internationale n’avait pas été avertie du possible effondrement d’un des paradis de la finance mondiale, dont on loue les mérites depuis près de 10 ans. La stupeur qui touche tous les pays occidentaux ressemble à celle qu’avait suscitée l’an dernier le krach islandais, mais à une échelle beaucoup plus massive. Décidément, tous les paradis libéraux ont la vie dure en ce moment… Et comme à chaque fois, l’hypothèse de l’effondrement du système tout entier rejaillit de nouveau.

Les classes dominantes craignent comme la peste un « effet domino » qui aurait plutôt d’un tsunami financier. Elles essaient même d’en minimiser les conséquences tout en le sachant inévitable dans une économie totalement décloisonnée. Le Point dit comme souvent ce que tout le monde tait en affirmant qu’à Londres comme à Paris, les indicateurs boursiers ont chuté drastiquement depuis mercredi dernier. « Les banques ont logiquement beaucoup souffert : Société Générale a cédé 5,48 % à 45,62 euros, BNP Paribas 5,06 % à 53,85 euros et Crédit Agricole 5,19 % à 13,80 euros ». Autre information relayée par Le Point, « une note de la banque Crédit Suisse chiffre à quelques 13 milliards d’euros l’exposition des banques européennes à la dette de Dubaï ». Même des groupes industriels tels que Lafarge, Saint-Gobain, Arcelor Mittal ou encore EADS ont été durement touchés dès l’annonce des difficultés dans lesquelles était empêtrées Dubaï. La crise est d’autant plus profonde que les peuples n’accepteront pas, à quelques mois d’intervalle, des plans de sauvetage du capitalisme, qui sont autant de bras d’honneur aux thèmes politiques actuellement porteurs que sont le développement durable ou l’éthique économique… Enfin, il ne faut pas oublier que les subprimes n’étaient que la première tranche des crédits titrisés. D’autres hypothèques pourris vont bientôt arriver à échéances dans le monde entier.

C’est pour cette crise d’ampleur insoupçonnée qu’il faut  dès maintenant se préparer. Afin que ce soit bel et bien la dernière crise du capitalisme qui montre tous les jours un peu plus qu’il a fait son temps !

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