Nous voulons une autre Europe, celle des peuples !

« Cette Europe n’est pas la nôtre ». Ce slogan, que porte notre organisation depuis 1997, n’a peut-être jamais été autant d’actualité. Travailler au-delà de 48 heures par semaine et jusqu’à 67 ans, risquer un lock-out patronal au moindre mouvement de grève, travailler dans un pays riche dans les conditions misérables de son pays d’origine : c’est certes le pire cauchemar de tout salarié, mais c’est également ce que préconise actuellement la commission européenne ! Et il serait faux de croire que la dérive libérale de l’UE n’est que le résultat de l’omnipotence actuelle du Parti Populaire Européen.

Dès le traité de Rome, l’Europe fut conçue comme un moyen de reprendre aux salariés les conquêtes démocratiques et sociales obtenues en 1945 qu’il était impossible de remettre en cause dans un cadre national L’Etat-nation, où le poids de l’opinion publique était déterminant, disposait en effet de garde-fous démocratiques minimaux dont la CEE, puis l’UE, ont su se prémunir. Présenter la construction européenne comme apolitique et nécessaire à la paix fut une trouvaille géniale, qui a permis de dissimuler son orientation libérale, rendant du même coup cette dernière absolument indiscutable. Toute opposition à cette orientation devenait le fait d’extrémistes notoires ou de bellicistes forcenés. Mais en réalité, d’hier à aujourd’hui, l’Europe est éminemment politique, elle qui est marquée du sceau de la « concurrence libre et non-faussée », de l’orthodoxie budgétaire, du cléricalisme et de l’atlantisme.

 

Cette Europe, instance de dérégulation et de libéralisation dans laquelle l’avis des experts se substitue à la souveraineté populaire, n’est pas et ne peut pas être celle des jeunes socialistes. Pourtant, ce serait une erreur terrible que de succomber à la tentation du repli sur soi. L’Etat-nation, sans conteste progressiste aux XIXe et XXe siècles, a fait son temps en tant que cadre des conquêtes démocratiques et sociales, bien qu’il reste incontestablement un cadre de résistance privilégié face aux attaques des libéraux ou des technocrates bruxellois. Mais il faut regarder la vérité en face : il n’est plus un problème socio-économique qui ne mérite d’être posé à l’échelon du continent, que ce soit au niveau de l’investissement, de l’industrie, des services publics ou du système bancaire. En revenir aux vieilles recettes dirigistes et keynésiennes appliquées « dans un seul pays » nous mènerait à des difficultés comparables à celles que connut la France socialiste de 1981 à 1983. Nous condamnons évidemment le souverainisme de droite, chauvin et teinté d’idées xénophobes, comme une position réactionnaire, mais nous considérons également que le souverainisme de « gauche », qu’elles qu’en soient les nuances, se fonde sur un postulat utopique selon lequel il serait possible de construire le socialisme dans le cadre étriqué de l’Etat-Nation. Pour nous, le socialisme sera international ou ne sera pas. Et l’internationalisme passe par la case Europe.

 

En réalité, nous sommes les partisans les plus résolus d’une véritable Europe. Nous en sommes peut-être même les seuls. Face aux libéraux qui ne veulent construire qu’un vaste marché commun permettant aux intérêts des classes dominantes de chaque Etat-membre de cohabiter sans heurts, nous défendons la seule Europe viable : l’Europe démocratique des peuples s’érigeant en nation souveraine. Cette Europe des citoyens commence à émerger, que ce soit lors des forums sociaux, dans les luttes syndicales réalisées au niveau européen, des euro-manifestations et encore plus concrètement dans le réflexe pris par les jeunes générations d’aller étudier ou voyager dans les autres pays européens. Cette Europe réelle, qu’incarnent les salariés et les jeunes européens, est en train de réussir là où les subtiles « solidarités de fait » des « pères fondateurs » ont échoué. Cette Europe sociale en projet esquisse en effet une véritable identité européenne, précisément parce qu’elle s’assume comme fondamentalement politique et qu’elle invente au grand jour une nouvelle citoyenneté. A nous de faire éclore cette Europe vivante en la dotant d’un programme qui corresponde aux aspirations des salariés européens et en portant les mots d’ordre suivants : SMIC européen, plafonnement des salaires supérieurs, mise en place de services publics forts à l’échelle du continent, harmonisation sociale vers le haut, véritable politique industrielle permettant de lutter contre les délocalisations. Il est clair que ces mesures vont à l’encontre des dogmes économiques de l’UE telle qu’elle s’est construite de Rome à Lisbonne, en passant par Maastricht et Amsterdam. L’Europe des peuples, si elle veut passer du stade de projet à celui de réalité de masse, n’a donc pas le choix : il lui faudra vaincre les classes dominantes de chaque pays, dont les intérêts historiques bloquent toute construction européenne authentique. La conclusion est simple, comme tout propos politiquement sensé : la construction de l’Europe des peuples passe irrémédiablement par la rupture avec le libéralisme.

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One Response to Nous voulons une autre Europe, celle des peuples !

  1. Daniel says:

    Un conseil : virez tous les vieux du PS qui pourrissent la gauche et le socialisme par goût du pouvoir et l’empêchent de gagner. Après je vous referai peut-être confiance…

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