« La première pierre du capitalisme est tombée avec le mur de Berlin »

Sarko à Berlin ? Peut-être intox, mais certainement pas info !Malgré les efforts louables de Carlita, Chouchou n’est pas devenu un bon critique cinéma. Sans conteste, le réactionnaire ultralibéral qu’il reste et qu’il était déjà il y a 20 ans se trompe sur toute la ligne. Le film qu’il voyait défiler sous ses yeux à Berlin, en ce beau jour de novembre 1989, ce n’était pas Good Bye, Lenin !, mais bel et bien Good Bye, Stalin !…. Loin des grandes productions réalisées dans les officines du « monde libre », ce film indépendant était le fait de tout un peuple qui se levait, au nom de son unité, contre le régime issu du partage du monde en 1945 entre impérialistes occidentaux et bureaucrates staliniens. Peu importe, au fond, que le récit et la photo du jeune Sarko soient bidonnés ou non. Ce qui compte vraiment, c’est qu’il est toujours persuadé qu’à l’instar du Mur de Berlin, c’était le socialisme qui s’effondrait pour de bon en 1989. Pour lui, derrière ce mur en ruine s’ouvraient les portes du paradis sur terre, le seul paradis qui vaille : celui des libéraux, des patrons et des actionnaires.

Sarko n’a visiblement toujours pas compris que c’est l’inverse qui s’est passé. Bien sûr, les premiers temps pouvaient lui donner raison. La curée fut courte, mais elle a bel et bien eu lieu. C’était l’époque de la « fin de l’histoire », du libéralisme élevé au rang d’ « horizon indépassable » de l’humanité. Les plus lucides du camp d’en face -ou les plus friables des nôtres- disaient à l’époque, pour pasticher Churchill, « le pire des régimes à l’exception de tous les autres »… Etaient venus les temps bénis de la « désoviétisation » de l’économie. Partout, il fallait privatiser, libéraliser, mettre en concurrence au nom de la sacro-sainte modernité. Mais l’état de grâce des libéraux a fait long feu. Loin de tuer l’espoir, la chute du Mur a en réalité rouvert la voie aux perspectives émancipatrices, bouchées par le poids mort du « socialisme » réellement existant ! Sarko, tout comme ses aînés nourris depuis le berceau à l’anticommunisme primaire des nantis, pense vraiment que l’URSS des files d’attente et de la pénurie faisait rêver ces idiots de salariés… Que l’Etat policier, les cliniques psychiatriques et les sous-sols des assassins du KGB comme seules réponses au débat politique et intellectuel constituaient la panacée pour les peuples du monde… Le stalinisme bouchait en réalité l’horizon pour des milliards de travailleurs qui cherchaient la voie vers la réalisation de leurs aspirations confuses au mieux-être.

Que les récents propos de Sarko soient véridiques ou qu’ils fassent partie de ses bobards censés faire parler de lui, ils prouvent dans tous les cas que le président omniprésent de 2009 n’était pas là où ça se passait en 89. La chute de Mur, ce n’est ni Gorbatchev, ni Reagan, ni Kohl et encore moins Jean-Paul II ! Tous autant qu’ils sont, ils craignaient mortellement un mouvement de réunification qu’ils se savaient incapables de contrôler. Alors que dire du piètre rôle joué par d’obscurs apôtres du « monde libre », s’improvisant chefs de chantier, venus à la dernière minute donner l’ultime coup de pioche, mais qui avaient tant collaboré avec les staliniens contre les peuples d’Europe… Non, la chute du Mur, c’est l’œuvre du peuple allemand qui reprenait enfin son destin en main, lui qui en avait été dépossédé pendant plus de 40 ans ! C’est son œuvre à lui-seul, un travail de sape de plusieurs mois, voire de plusieurs années dans les usines et les établissements, dans les entreprises et dans les facs. Et que demandaient les Allemands de l’Est dans les milliers d’AG et de débats qui se sont déroulés pendant l’année 1989 ? Bien sûr la liberté, mille fois la liberté ; mais sûrement pas des patrons, comme les libéraux essaient de nous le faire croire… Les Allemands de l’Est demandaient la liberté ET le socialisme ! A bas les bureaucrates, les mouchards et les flics de la Stasi, à bas la presse muselée, mais sûrement pas la planification économique, le plein-emploi et les services publics gratuits ! Aux yeux de l’immense majorité de la population, l’effondrement de la dictature et la conquête des libertés démocratiques devaient être associés au maintien des acquis sociaux. Ceux  qui disent le contraire et qui tentent de nous faire croire que les Allemands de l’Est aspiraient du fond de leur être à la libéralisation de l’économie et donc à l’avènement d’une nouvelle classe patronale sont des menteurs. La chute du Mur, c’est l’ultime motif d’une histoire qui tisse sa toile depuis la mort de Staline : celle de la révolution politique contre la bureaucratie, qui avait commencé à Berlin-Est en 1953 pour finir au même point, en passant par Budapest, Varsovie, Prague, Gdansk, puis Bucarest.

Impossible de terminer sans laisser la parole à Tomas Borge, leader sandiniste et ministre du Nicaragua qui, même dans la tourmente des événements, sut trouver les mots justes pour décrire avec enthousiasme ce « droit de recommencer » que notre camp venait de gagner. « Nous sommes gagnants dans les événements à l’Est, il est fini le temps de la bureaucratie et de l’autoritarisme, comme celui de l’absence de liberté d’expression. Les couleurs grises avec lesquelles s’était paré le socialisme ont été incinérées. Il faut commencer à coudre les plus beaux vêtements pour le socialisme, à commencer évidemment par les touches de toutes les couleurs. Il faut faire renaître le socialisme. L’impérialisme est évidemment plus agressif, il croit avoir gagné. Il ne sait pas que la chute du mur de Berlin constitue le début de la destruction de l’impérialisme, même si cela semble une folie aujourd’hui. La première pierre du capitalisme est tombée avec le mur de Berlin ».

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