Un an après son élection : Obama a-t-il vraiment cassé la baraque ?

un an après, l'heure des bilansLe 4 novembre 2008, Barak Obama était le premier président noir de l’histoire élu aux Etats-Unis. Au pays de Martin Luther-King, et 40 ans après l’assassinat du leader de la lutte pour l’égalité civile, cette victoire démocrate était un vrai symbole et même un espoir pour les progressistes du monde entier ! De plus, Obama arrivait en pleine débâcle boursière et au plus fort de la crise économique et sociale ayant éclatée deux mois auparavant dans le pays du capitalisme tout-puissant et arrogant.

Un an après, l’heure des premiers bilans a sonné tant sur le plan de la politique internationale que sur le plan intérieur. Tant au cours du débat interne de désignation au sein du parti démocrate que pendant la campagne présidentielle elle-même, Obama a su s’imposer comme le candidat qui avait eu le courage de s’opposer à la guerre en Irak en 2003. A plusieurs reprises, il avait aussi dénoncé les excès de l’impérialisme américain dans le monde et l’unilatéralisme guerrier cher aux néoconservateurs de Bush. On attendait donc une rupture totale de ce point de vue. Un an après, on peut dire que nous sommes en quelque sorte au milieu du gué. On peut se féliciter du fait  qu’Obama va fermer le centre de Guantanamo, qu’il ait la volonté de refermer la funeste parenthèse du choc des civilisations entre un Occident chrétien paré de toutes les vertus et le monde musulman assimilé au terrorisme fanatique. Ce concept défendu par les bushistes a semé des haines terribles et a guidé la politique étasunienne pendant huit ans. Obama a tourné la page, tant mieux. Il a aussi tenté de renouer le dialogue avec l’Iran alors que les républicains étaient prêts à se lancer dans un nouveau conflit meurtrier et destructeur.  Cependant, le retrait des troupes d’occupation en Irak a été repoussé et l’armée américaine s’enlise dans une guerre sans issue en Afghanistan. De plus, dans le règlement du conflit israélo-palestinien, les premières déclarations positives d’Obama sur le gel de la colonisation israélienne comme préalable à de nouvelles négociations de paix restent  pour le moment lettre morte, faute d’une réelle volonté. Le président des Etats-Unis n’a pas non plus dénoncé comme il aurait fallu le putsch contre le président de gauche démocratiquement élu du Honduras : Manuel Zelaya. Il continue de laisser planer une menace voilée sur les régimes progressistes d’Amérique latine qui tentent de s’émanciper de l’impérialisme de leur voisin yankee. De même, Obama pourrait lever enfin le blocus injuste et illégitime contre Cuba. Sa politique étrangère va donc dans le bon sens mais pour l’instant, selon nous, le compte n’y est pas.

Sur le plan intérieur, des mesures fortes contre la crise étaient attendues. Les salariés et jeunes américains sont pour l’instant restés largement sur leur faim. Obama avait proclamé sa volonté d’instaurer un nouveau New Deal (la politique pourtant déjà bien réformiste du président Roosevelt dans les années 30…), pour l’instant il n’en est rien. Il avait aussi proclamé sa volonté de mettre en place un salaire maximum, cette excellente idée reste malheureusement pour l’instant dans les cartons. Il avait affirmé son souhait de réglementer fortement les activités financières et bancaires pour limiter la spéculation… là aussi, pour le moment, cela est resté un vœu pieu. Paul Krugman, prix Nobel d’économie en 2008 et keynésien de gauche, se montre pour l’instant assez déçu de la politique économique suivie par les démocrates et l’a écrit à plusieurs reprises dans les colonnes du New York Times. De même, toute une partie de la gauche américaine, très enthousiaste il y a un an reste assez circonspecte à ce jour. Obama devrait pourtant veiller à ne pas se couper de sa base militante. On retrouve les mêmes tergiversations au niveau social… le projet de sécurité sociale se heurte pour l’instant aux assurances privées faisant leur miel de ce système injuste qui leur rapporte des milliards mais qui laisse plus de 45 millions de personnes sans couverture-santé… Rien n’est encore joué mais il est temps qu’Obama reprenne la main sur ce dossier et montre sa capacité à affronter les oppositions des libéraux et du patronat.

Il faut aussi souligner l’opposition et les  violentes campagnes de la droite religieuse et rétrograde qui appelle quasiment au meurtre du Président jugé quasi socialiste, en tout cas illégitime. Là aussi, la gauche américaine devrait reprendre la main et  passer à l’offensive, tant sur le terrain politique que social, pour faire reculer cette droite revancharde et réactionnaire, et prouver au peuple américain qu’elle est en réalité son meilleur défenseur !

Au total, un an après sa victoire, le bilan d’Obama est mitigé, il a encore un peu de temps pour réaffirmer que son élection était une avancée pour les peuples et les salariés, lever les obstacles nombreux qui se dressent face à lui et montrer que les Etats-Unis, plus de 230 ans après leur révolution de la liberté, peuvent encore nous surprendre.

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2 Responses to Un an après son élection : Obama a-t-il vraiment cassé la baraque ?

  1. Christophe Martin says:

    Effectivement, je partage assez ces points de vue.
    D’Obama tout le monde a attendu beaucoup. Certaines des difficultés qu’il rencontre nous rappellent qu’être président des Etats-Unis, ce n’est pas tout à fait être « roi du monde », heureusement d’ailleurs.

    Il a parfois déçu. Personnellement, je n’ai pas apprécié qu’il ait fait machine arrière par rapport à la publication de photographies / Guantanamo : il a finalement dit « non », comme l’aurait fait n’importe quel républicain…

    Rapellons aussi que les Etats-Unis ont voté le plus gros budget militaire de l’histoire de la planète Terre, sous la présidence d’Obama.Et oui, forcément…

    Mais B. Obama a aussi de très nombreux point à son crédit. Pour ne prendre qu’un exemple symbolique, il a par exemple accueilli les cercueils des soldats morts sur le sol américain, renouant avec une cérémonie à laquelle non seulement Bush n’assistait pas, mais qu’il avait même interdite de médiatisation.

    Attention donc à ne pas faire non plus de « mauvais procès » à Obama. Obama et Bush, ce n’est pas pareil ! De même que la droite et la gauche en France, ce n’est pas pareil (cf. article sur la politique fiscale depuis 2002, signé Terra Nova et paru dans Libération du 5 octobre dernier). Je me méfie toujours de racourcis et de « rumeurs » de ce type. Comme par hasard, elles ne bénéficient de toute façon jamais ni aux démocrates américains, ni à la gauche française. La question étant : à qui profite l’amalgame ?

    En conclusion, on peut toujours faire mieux. Soit. Mais le bilan d’Obama, même s’il était nul ce qui n’est pas le cas, serait de toute façon largement meilleur que le bilan de son prédécesseur : négatif à tous points de vue, il suffit de voir l’état des relations internationales à l’issue des années G. W. Bush.

    « Le compte n’y est pas » : peut-être, mais le compte y serait encore moins sous une présidence républicaine dans la continuité de Bush, me semble-t-il. Ne l’oublions surtout pas.

  2. julien Guerin says:

    Tout à fait Christophe, je suis d’accord avec toi et merci de ton commentaire.
    Par ailleurs attention non plus à ne pas tout passer à Obama sous prétexte qu’il serait moins pire que Bush (c’est normal…). Je crois que mon article est quand meme assez nuancé, moi je le trouve decevant sur le plan de la politique sociale et économique…aucun Nouveau New Deal à l’horizon pour l’instant…alors qu’il doit en grande partie son élection à la crise et à la confiance accordé par les salariés Obama est pour l’instant pas à la hauteur de cet enjeu majeur. J’espère qu’il va pouvoir avancer sur la Sécu, la ce serait une belle preuve à mon sens…
    a bientôt en tous cas!

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